P-au-P., 04 oct. 2024 [AlterPresse] --- Une formule aurait été concoctée pour débloquer la situation au Conseil présidentiel de transition (Cpt) après le rapport de l’Unité de lutte contre la corruption (Ulcc) épinglant trois de ses membres pour réception de pots-de-vin, apprend AlterPresse.
Suite à une « résolution » qui aurait été paraphée ce 4 octobre par cinq conseillers-présidents, Leslie Voltaire (représentant de Fanmi Lavalas) devrait à partir du lundi 7 octobre assuré la présidence du Cpt en remplacement d’Edgar Leblanc Fils (Collectif 30 janvier), dont le mandat de 5 mois arrive à terme.
Selon un haut fonctionnaire du Cpt contacté par AlterPresse, les signataires de la « résolution » seraient Leslie Voltaire, Fritz Jean (groupe de Montana), Laurent Saint-Cyr (secteur privé), Emmanuel Vertilaire (Pitit Dessalines) et Louis Gérald Gilles (21 décembre). Ces deux derniers sont incriminés dans le rapport de l’Ulcc, qui recommande la mise en branle de l’action publique contre eux.
Edgar Leblanc Fils et Smith Augustin, lui aussi accusé de corruption, n’auraient pas signé la « résolution ».
Dans le cadre de la « présidence tournante », actée par une résolution en date du 7 mai 2024, c’est à Smith Augustin que le président sortant avait à passer le maillet.
Pour certains secteurs sollicités par AlterPresse sur la question, la formule trouvée aurait certaine faiblesse du fait de la signature de membres qui auraient du être écartés, selon eux.
Pour d’autres, il n’y aurait aucune autre porte de sortie, car sans un quorum de cinq membres, impossible à trouver en dehors de la participation des conseillers-présidents incriminés, aucune décision n’est possible.
La résolution du 7 mai stipule qu’ « à défaut de consensus, toutes les grandes décisions du Conseil seront prises par une majorité qualifiée de ses membres, soit cinq sur sept votants... ».
Le Cpt compte 9 membres, dont deux non-votants.
Depuis plusieurs jours, les membres du Cpt sont en réunion pour rechercher une sortie à cette crise, tandis que, l’Ulcc a demandé, le 2 octobre, la mise en mouvement de l’action publique contre Smith Augustin, Emmanuel Vertilaire et Louis Gérald Gilles, pour abus de fonction, versement de pot-de-vin et corruption passive. De tels faits sont prévus et punis par la loi sur la prévention et la répression de la corruption.
Selon une source du Cpt, les Conseillers n’ont pas pu obtenir un consensus sur la mise à l’écart des trois conseillers épinglés et les échanges avec les parties prenantes n’auraient pas permis de trouver une issue.
Une baisse du quorum à quatre serait maintenant à l’étude avant de pouvoir « légitimement » prendre la décision d’écarter Smith Augustin, Emmanuel Vertilaire et Louis Gérald Gilles, qui devraient rendre compte à la justice.
Pour le moment, il n’est pas clair si leurs secteurs d’origine auraient à les remplacer.
Pour un dirigeant d’un des secteurs interrogés par AlterPresse, les parties prenantes seraient tellement « divisées » aujourd’hui, qu’ils éprouveraient beaucoup de difficultés à parler d’une seule voix.
Voilà pourquoi, estime-t-il, il faut attendre la mise en œuvre de la formule envisagée pour vérifier si véritablement « un rapport de forces » favorable pourrait « en faire une réelle décision ».
Des appréhensions s’expriment par rapport à la situation politique en Haïti, qui pourrait revenir à une période d’incertitudes, alors que la situation générale ne cesse de se détériorer.
Au moins 70 personnes, dont environ 10 femmes et trois nourrissons, ont été tuées dans l’attaque armée, du jeudi 3 octobre 2024, à Pont Sondé (département de l’Artibonite), indique le Haut-commissariat des Nations unies aux droits humains (Hcdh), dans une déclaration dont a pris connaissance l’agence en ligne AlterPresse.
L’attaque a été perpétrée par des membres du gang armé Gran grif de Savien (Petite Rivière de l’Artibonite) contre la localité de Pont Sondé, entre les communes de Saint-Marc et de l’Estère.
Un massacre qui suscite beaucoup de questionnements sur la capacité de cette transition, minée par des luttes internes, à s’occuper des vrais enjeux du moment.
3,638 homicides au cours du premier semestre 2024, soit une augmentation de près de 74 % par rapport à 2023, 703,000 personnes déplacées en raison des violences armées et plus de 5 millions de personnes en situation d’insécurité alimentaire, soit près de la moitié de la population : ces chiffres de l’Onu en disent long sur l’état de la crise. [gp apr 04/10/2024 22 :00]
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