Par Charilien Jeanvil
P-au-P, 20 janv. 2025 [AlterPresse] --- Alors que des structures et des protagonistes dans le paysage politique haïtien s’écartent d’une possible alliance entre des regroupements politiques et la coalition criminelle Viv Ansanm, dans la recherche d’une solution à la crise haïtienne, le coordonnateur du parti politique Mouvement patriotique populaire dessalinien (Mopod), l’ingénieur-agronome Jean André Victor, défend avec force une proposition de sortie de crise proposée par le Collectif des partis politiques du 30 janvier 2023, le parti politique Engagés pour le développement (Ede) et l’accord du 21 décembre 2022.
Le dirigeant du Collectif des partis politiques du 30 janvier 2023 dément les allégations, selon lesquelles la coalition criminelle Viv Ansanm ferait partie des négociations politiques, lors de son intervention à l’émission FwoteLide sur AlterRadio, (106.1 Fm à Port-au-Prince et en ligne www.alterradio.org), suivie par AlterPresse.
Cette entité a été mentionnée dans la description du diagnostic dans le document, souligne l’ingénieur-agronome Jean André Victor, disant ne pas vouloir s’éterniser là-dessus, préférant axer sur la nécessité pour les protagonistes politiques de trouver un consensus sur la gestion politique en Haïti.
Les vrais problèmes, auxquels fait face la population haïtienne, ne sont pas posés, déplore le parti politique Mopod, dénonçant une approche futile.
Les interprétations, dans l’espace public, sur la mention de Viv Ansanm dans le document de propositions de sortie de crise, constitueraient un prétexte de certains protagonistes pour avancer vers d’autres objectifs, insiste le parti politique Mopod, tout en se démarquant de toute association avec des bandits criminels armés.
Ce serait une diversion pour éviter d’aborder les vrais problèmes, estime le parti politique Mopod, qui invite les protagonistes à s’asseoir sur leurs interprétations et assumer leurs responsabilités, en soumettant des propositions de préférence.
Les gens feraient mieux de se focaliser sur les problèmes de la population et les éléments de solution, proposés dans le document, au lieu de se centrer sur la mention du nom de Viv Ansanm, suggère-t-il.
Les options de la nouvelle proposition de sortie de crise
La proposition de sortie de crise du parti politique Ede, du Collectif des partis politiques du 30 janvier 2023 et de l’accord du 21 décembre 2022 fait suite à une réunion de la Communauté des Caraïbes (Caricom), tenue le 16 décembre 2024, en présence de protagonistes politiques, y compris des signataires et des non-signataires de l’accord du 3 avril 2024, qui a accouché de l’actuelle transition politique en Haïti depuis le jeudi 25 avril 2024.
La première méthode consistait à regrouper des entités, ayant des positions communes, explique le parti politique Mopod, signalant combien il faudrait une mise en commun des ressources, des signataires et des non-signataires de l’accord du 3 avril 2024, pour une solution à la crise.
Le document préconiserait une ouverture de la gouvernance de la transition à toutes et tous, face à la division régnant au sein et autour du Conseil présidentiel de transition (Cpt).
Toutes les options, dégagées et envisagées jusqu’à date (janvier 2025), prônent une réduction de l’effectif du Cpt, dans un souci d’économie, insiste le parti politique Mopod, qui appelle à concentrer les ressources vers la sécurité.
Dans la foulée, le parti politique Mopod encourage une véritable mobilisation systématique de la population pour trouver une réponse au fléau de la criminalité et des actes terroristes.
Il n’y a aucune proposition prioritaire. Les scénarios reflètent ce qui se passe dans la réalité. C’est un document de travail. Les éléments peuvent être rejetés ou modifiés, avance le parti politique Mopod.
La méthodologie pour une sortie de crise implique le départ et le remplacement du Cpt dans sa version actuelle, peut-on lire dans le document.
Tout en rendant justice aux milliers de victimes des gangs armés, le document de proposition de sortie de crise de 3 structures politiques contiendrait des objectifs, qui tableraient sur le renforcement de la souveraineté nationale, le redressement de la situation sécuritaire pour la libre circulation des personnes et des biens, la tenue d’élections.
Trois scénarios pourraient être considérés, selon le document proposé par le Collectif des partis politiques du 30 janvier 2023, le parti politique Ede et l’accord du 21 décembre 2022.
En premier lieu, il faudrait une « présidence collégiale » de trois membres, issus de la Cour de cassation, de la société civile élargie et du secteur politique.
En second lieu, un Conseil presidentiel de transition Cpt devrait comprendre trois (3) nouvelles personnalités, qui seraient proposées par un collège constitué des neuf entités signataires de l’accord du 3 avril 2024.
« Les neuf secteurs se répartissent en trois sous-groupes de trois entités. Chaque sous-groupe choisit une personnalité pour intégrer le Cpt. La personne désignée dans ces conditions ne représente pas un secteur ».
En troisième lieu, il faudrait un « Cpt corrigé, réduit, après la mise à l’écart des trois inculpés ».
« Confirmation/infirmation des 4 membres votants par leur secteur. En cas de non-confirmation d’un des quatre membres, le Cpt devient caduc. Un calendrier du processus de remplacement du Cpt sera établi », stipule ce document de sortie de crise, présenté après la réunion entre la Caricom et les parties prenantes.
La mise en œuvre concerne les entités signataires de l’accord du 3 avril 2024, ayant désigné des représentants au Cpt, à travers plusieurs étapes.
« Si le représentant, membre du Cpt, persiste à garder son poste, les contacts seront coupés entre l’autorité de désignation et la personne désignée » relate le document.
Plus loin, il est écrit que « les sanctions internationales pourront être prises contre certains membres du Cpt ».
Quid de l’irritant ?
L’irritant concerne la mention de la coalition de gangs lourdement armés Viv Ansanm, parmi les protagonistes non-signataires de l’accord du 3 avril 2024, favorables à l’option Cour de cassation.
La coalition Viv Ansanm est placée dans la même lignée que des partis politiques Force louverturienne réformiste, Alliance pour une société sans exclusion (Ase) et une organisation de la société civile, le Collectif du 4 décembre 2013.
Me. Samuel Madistin, président de l’organisme de droits humains Fondasyon je klere (Fjkl), a dénoncé une alliance « indécente » et « malsaine » de groupements politiques avec des criminels qui menace le fondement même de l’État.
Ces structures politiques ont profané la mémoire des milliers de victimes de la terreur et d’autres violences des gangs armés, estime, choqué et révolté, Me. Madistin.
L’organisme de droits humains Fjkl décèle également une démarche malsaine pour discréditer la proposition de la Cour de Cassation.
Pour lui, une coalition criminelle ne saurait, en aucun cas, être considérée comme une force politique appuyant une solution politique.
« Le seul dialogue avec les groupes armés en Haïti doit passer par la force », a-t-il insisté.
Le problème concernant Viv Ansanm doit être résolu par la force, défend, sur son compte X, le coordonnateur du parti politique Union nationale pour l’intégration et la réconciliation (Unir), affilié au Collectif des partis politiques du 30 janvier 2023.
Jean Clarens Renois qualifie d’inacceptable le fait par ce Collectif du 30 janvier 2023, le parti politique Ede et l’accord du 21 décembre 2022 d’adjoindre la coalition de gangs Viv Ansanm aux propositions transmises à la Caricom.
Intervenant comme Me. Samuel Madistin, à l’émission FwoteLide, diffusée sur AlterRadio et suivie par AlterPresse, le coordonnateur général du Collectif du 4 décembre 2013, Jean Robert Argant, a écarté tout éventuel accord avec des regroupements à moralité douteuse, disant qu’il préconise le respect des principes de non-violence et la défense des droits fondamentaux des Haïtiennes et Haïtiens.
Le parti politique Organisation du peuple en lutte (Opl) décide de se retirer officiellement du Collectif des partis politiques du 30 janvier 2023, après l’alliance déclarée de ce regroupement politique après la divulgation du document de sortie de crise mentionnant Viv Ansanm parmi les acteurs.
Cette alliance « constitue un acte politique honteux et une atteinte à la dignité et à l’honneur des communautés victimes des exactions de ladite coalition Viv Ansanm », a fustigé le parti politique Opl dans une note.
Dr. Emmanuel Ménard du parti politique Force louverturienne réformiste, qui participait également à l’émission FwoteLide sur AlterRadio, a rejeté une possible entente avec les groupes armés, en vue d’une solution à la crise, arguant que son parti politique n’a aucun rapport avec les secteurs, qui ont désigné des personnalités dans le Conseil présidentiel de transition (Cpt).
Vive réprobation du Cpt
Le Conseil présidentiel de transition (Cpt) condamne l’alliance « inacceptable » entre des partis politiques et la coalition criminelle des gangs armés Viv Ansanm, dans une déclaration de son coordonnateur Leslie Voltaire, publiée sur son compte X, à l’occasion du 15e anniversaire du tremblement de terre dévastateur du 12 janvier 2010.
Le Cpt critique cet acte « grave », qui menace la république d’Haïti, une décision qui trahit la mémoire des milliers de victimes des actes criminels et porte atteinte à la souveraineté d’Haïti.
« En agissant ainsi, ces partis politiques se sont écartés des principes républicains. Ils devront en répondre devant la justice et nos concitoyennes et concitoyens », affirme-t-il, tout en appelant également les forces vives de la nation à soutenir les efforts du Cpt face à ces dérives. [cj emb rc apr 20/01/2025 11:30]
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