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Haïti-Crise : L’économie nationale au point mort, relève l’économiste Thomas Lalime

Par Charilien Jeanvil

P-au-P, 09 janv. 2024 [AlterPresse] --- Avec une croissance négative sur les cinq (5) dernières années (de 2020 à 2024), l’économie d’Haïti, rudement affectée par la recrudescence des actes criminels des gangs terroristes armés, reste au point mort, analyse l’économiste Thomas Lalime.

La paralysie des activités à l’occasion des « fêtes » de fin d’année 2024 constitue un exemple de l’impact de la criminalité sur l’économie haïtienne, fait remarquer Thomas Laime, lors d’une intervention à l’émission FwoteLide diffusée sur AlterRadio et suivie par AlterPresse.

La chute des activités économiques s’est accélérée depuis l’année 2018, avec une croissance négative sur les 5 dernières années. La population en paie le prix, regrette-t-il.

L’économiste Lalime demande à l’État de rétablir l’ordre et la sécurité dans le pays, en vue d’une redynamisation économique.

« La reprise des activités passera d’abord par l’arrêt de l’hémorragie. L’État doit contrecarrer la criminalité et permettre aux habitantes et habitants de retourner dans leurs maisons ».

Depuis plusieurs années, la crise sécuritaire affecte grandement l’économie nationale.

Les offensives des groupes armés, ces derniers mois, marqués par le déplacement forcé de plusieurs milliers de personnes et l’inaccessibilité des infrastructures routières, ont davantage aggravé la situation.

L’absence d’activités de production rend impossibles les démarches, qui seraient de nature à structurer les activités de tous les jours, les classer et les ordonner, dans l’idée d’une meilleure gestion des ressources par l’Institut haïtien de statistique et d’informatique, note Thomas Lalime.

« L’économie haïtienne a affiché, en 2024, sa sixième année consécutive de contraction. Le Produit intérieur brut (Pib), en valeur constante, est estimé à 568 milliards de gourdes (Ndlr : US $ 1.00 = 131.00 gourdes ; 1 euro = 135.00 gourdes ; 1 dollar canadien = 91.00 gourdes ; 1 peso dominicain = 2.40 gourdes aujourd’hui) pour l’exercice fiscal 2023-2024, contre 592,7 milliards pour l’exercice fiscal antérieur, soit un repli de 4.2%. Cet abaissement constitue le plus fort déclin de l’économie, jamais enregistré, depuis la chute de 5.7% du Pib en 2009-2010, consécutive au tremblement de terre dévastateur du mardi 12 janvier 2010 » a rapporté l’Ihsi le samedi 28 décembre 2024.

Haïti s’est appauvrie, déplore Thomas Lalime, détectant combien les projections pour l’exercice fiscal 2024-2025 (pour le taux de croissance économique) sont fixées à -4%.

« Au cours des six dernières années (2019 à 2024), les taux de croissance économique ont été de -1.7 % en 2018-2019, -3.3 % en 2019-2020, -1.8 % en 2020-2021, -1.7 % en 2021-2022, -1.9 % en 2022-2023 et -4.2 % en 2023-2024. En moyenne, il s’agit d’un taux de croissance économique négatif de -2.4 % sur les six derniers exercices fiscaux », confirme l’Ihsi.

Avec la répétition de ces taux de croissance négative, l’objectif de faire d’Haïti un pays émergent, d’ici l’année 2030, est complètement foiré, estime Thomas Lalime.



La population en paie le prix fort

Le blocage de la circulation des personnes et des biens, en raison de l’occupation des grands axes routiers par de dangereux bandits, entraîne la rareté des produits de première nécessité sur le marché national, signale Thomas Lalime.

Pour accéder à certains endroits, les marchandes et marchands risquent leur vie et dépensent des sommes considérables. Ce qui influence les prix sur les differents marchés en Haïti.

La taxation dans les droits de douanes engrange également la rareté et augmente les valeurs marchandes de tous les produits.

Thomas Lalime suggère une évaluation des pertes et l’accompagnement des victimes de la criminalité.

Le coût des besoins immédiats liés à la crise sécuritaire

« Haïti a besoin de 1,34 milliard de dollars américains, au cours des deux prochaines années, pour répondre aux besoins immédiats liés à la crise sécuritaire, selon l’Évaluation rapide de l’impact de la crise (Rcia) », en regardant « l’impact de la crise pour la période (2021-2024) dans les zones les plus touchées, en particulier dans la zone métropolitaine de la capitale, Port-au-Prince, et dans le département de l’Artibonite, sur la population, l’économie, les infrastructures physiques ainsi que les services et les institutions de base ».

Les besoins dépassent de loin 1,34 milliards de dollars américains pour faire face aux besoins immédiats de la population, qui supposent des investissements financiers conséquents, avance le Dr. Thomas Lalime.

Cette projection ne tient pas, car les dégâts évoluent, fait ressortir Dr. Lalime, insistant sur les interrogations que soulève la méthode utilisée pour aboutir aux projections envisagées.

Considérant combien les habitantes et habitants ont énormément perdu, l’évaluation des pertes n’est pas exhaustive, relève Lalime.

Différents aspects sont ignorés dans ce rapport de la Rcia.

« Ces chiffres doivent forcément être revus à la hausse. La crise progresse et la période de référence est limitée », critique Thomas Lalime, craignant fortement combien la criminalité risque de persister en 2025.

Il évoque également la quantité d’infrastructures détruites par les gangs armés et le coût de reconstruction ainsi que la valeur statistique d’une vie humaine, symbolisant la valeur monétaire de la vie des gens, en termes de dédommagement.

La Rcia ne considère pas les pertes en vies humaines, qui sont aussi importantes que les dégâts matériels, de l’avis de Thomas Lalime.

Il plaide pour un accès au crédit en faveur des entreprises et des milliers de personnes victimes.

Il dit également espérer la mise en place d’une structure de sécurité sociale efficace, au niveau des entreprises et des ménages, car « l’argent n’est pas souvent distribué aux couches les plus nécessiteuses ».

L’économiste Dr. Thomas Lalime fait valoir l’impérieuse nécessité de combattre la corruption et de faire un usage rationnel des fonds à destination de la république d’Haïti. [cj emb rc apr 09/01/2025 13:10]

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