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Haïti-Crise : Des acteurs politiques alertent sur des dérives du gouvernement d’Alix Didier Fils-Aimé

Par Emmanuel Marino Bruno

P-au-P, 15 juin 2026 [AlterPresse] --- Le comité de pilotage de l’Assemblée des signataires de l’Accord du 30 août 2021, dit Accord de Montana, invite la communauté internationale « à faire preuve de la plus grande vigilance » face aux actes, décisions et engagements pris par les autorités de transition en place, dans une note transmise à l’agence en ligne AlterPresse.

Dans sa note en date du 12 juin, il exprime ses préoccupations quant au risque de voir la communauté internationale cautionner une gestion politique contestée.

Il met en garde contre tout soutien ou toute reconnaissance internationale à des mesures engageant durablement l’État haïtien, sans un examen rigoureux de leur conformité aux principes de légalité, de légitimité et de consensus national.

L’adoption de décrets et d’arrêtés, les nominations administratives ou diplomatiques, les réformes institutionnelles majeures, les modifications du cadre électoral ou encore les engagements politiques structurels engendrent une incertitude juridique croissante, souligne-t-il.

Depuis plusieurs années, Haïti traverse une crise politique, institutionnelle et sécuritaire sans précédent, dans un contexte marqué par l’expansion des actes de terreur et d’autres violences des gangs armés, qui contraint des milliers de personnes à fuir leurs quartiers et résidences pour devenir des milliers de personnes déplacées l’intérieur d’Haïti.

Une gestion politique sans légitimité

Le pouvoir actuel est « dépourvu de base légale, de légitimité politique et de consensus national », insiste l’Assemblée des signataires de l’Accord de Montana.

Elle affirme qu’Alix Didier Fils-Aimé a été limogé de ses fonctions de premier ministre par décision du Conseil présidentiel de transition (Cpt) en date du 21 janvier 2026.

De plus, le mandat politique des institutions issues de la transition, tel que défini par l’accord du 3 avril 2024 ainsi que par les décrets organisant le Cpt, est arrivé à expiration le 7 février 2026.

« Aucune prolongation reposant sur un consensus national large et inclusif n’a été établie depuis cette date. »

Les signataires critiquent « l’invocation abusive » de l’article 149 de la Constitution amendée de 1987, pour justifier la continuité d’un pouvoir exécutif illiégal et llégitime.

Le délai exceptionnel de 120 jours, prévu dans ce cadre, est arrivé à échéance le 7 juin 2026, privant ce mécanisme de toute valeur comme fondement durable de gestion politique, ajoutent-t-ils.

Appel à la prudence des partenaires internationaux

L’Assemblée des signataires de l’Accord de Montana estime indispensable une grande prudence, « afin de préserver la crédibilité des partenaires internationaux et d’éviter toutes contributions involontaires à l’aggravation de la crise institutionnelle. »

Elle appelle ces partenaires « à privilégier leur accompagnement auprès des forces démocratiques, des organisations de la société civile, des institutions républicaines, des actrices nationales et des acteurs nationaux engagé.e.s dans la recherche d’une solution consensuelle et durable. »

« Les solutions imposées et les processus dépourvus de légitimité populaire ne produisent ni stabilité ni renforcement institutionnel » ; ils contribuent plutôt à alimenter les tensions, la méfiance et les crises récurrentes, relève le comité de pilotage de l’Assemblée des signataires de l’Accord de Montana.

Il appelle l’ensemble des partenaires internationaux à adopter une approche fondée sur le respect de la Constitution et de l’État de droit, la recherche d’un consensus politique véritablement inclusif, la défense des principes démocratiques, la protection de la souveraineté du peuple haïtien, et le renforcement des institutions républicaines.

Pour une gestion politique bicéphale de transition

La communauté internationale est également invitée à soutenir tous les processus de dialogue national, devant conduire à la mise en place d’une gestion politique exécutive bicéphale de transition, reposant sur un accord politique inclusif, transparent et consensuel.

L’assemblée des signataires de l’Accord du 30 août 2021 exhorte à confier la direction de cette nouvelle transition à des personnalités, reconnues pour leur intégrité, leur compétence, leur indépendance et leur attachement à l’intérêt supérieur de la Nation.

La mission principale de cette transition devrait être le rétablissement de la sécurité publique sur l’ensemble du territoire national, la lutte contre l’impunité et le démantèlement des réseaux criminels, le retour sécurisé et digne des personnes déplacées internes dans leurs communautés.

Elle doit viser la relance du dialogue national, la restauration de la confiance citoyenne envers les institutions, et l’organisation d’élections libres, crédibles, inclusives et transparentes pour transmettre le pouvoir à des autorités démocratiquement élues.

L’assemblée des signataires de l’Accord du 30 août 2021 encourage la communauté internationale à accompagner Haïti dans la construction d’une transition crédible, fondée sur la légitimité, le consensus, l’intégrité et le respect des normes constitutionnelles, en vue de garantir la stabilité, la paix, la sécurité et la démocratie. [emb rc apr 15/06/2026 11:20]

MÉMOIRE D’ALTERPRESSE


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