Español English French Kreyòl

Español English French Kreyòl

Haïti-Criminalité : Plaidoyer en faveur de la protection des filles et des femmes déplacées dans les camps

Par Charilien Jeanvil

P-au-P, 16 mai 2025 [AlterPresse] --- L’organisation de défense des droits des enfants en Haïti, Fondation Zanmi Timoun, réclame des mesures concrètes et urgentes pour protéger les enfants, les filles et les femmes déplacées dans les camps, à cause des violences des gangs dans le pays.

Les adolescentes et les femmes dans les camps de déplacés.es sont exposées et subissent à longueur de journée, des agressions sexuelles et physiques et des viols, dénonce-t-elle, à l’émission FwoteLide sur AlterRadio 106.1 fm, suivie par AlterPresse.

La manière, dont les camps sont organisés, facilite ces genres de pratiques, fait remarquer, à l’émission FwoteLide, Manoach Presna, responsable des programmes à la Fondation Zanmi Timoun.

« Les femmes, les adolescentes et les petites filles n’ont aucune intimité dans les espaces des camps de personnes déplacées. Dépourvues de tout et dans des situations extrêmement difficiles, elles sont devenues la proie des individus mal intentionnés, qui profitent de leur vulnérabilité. Nombreuses d’entre elles sont tombées enceintes dans les camps », signale Manoach Presna.

Arguant combien le travail des comités de gestion des camps n’est pas efficace, le défenseur des droits des enfants s’inquiète grandement de la sécurité dans les camps de personnes déplacées.

« Des hommes armés font parfois irruption dans les camps. La présence d’agents de l’ordre et de sécurité formés, à proximité des espaces des camps de personnes déplacées, est fortement encouragée, en attendant que les autorités reconquièrent les territoires occupés par les groupes armés ».

Pour limiter le viols et les autres formes de violences dans les camps de personnes déplacées, la Fondation Zanmi Timoun plaide pour « des patrouilles fixes non loin des camps, couplées avec la volonté des citoyennes et citoyens, ainsi que pour le renforcement des infrastructures dans les camps.

La Fondation Zanmi Timoun encourage également les actrices et acteurs humanitaires à jouer un rôle en ce sens, en sensibilisant, par exemple, les communautés aux droits des enfants ainsi que sur les mesures à prendre pour prévenir les risques et les violences.

Elle recommande la prise en charge des victimes, en mettant à disposition des programmes d’accompagnement psychosocial, médical et juridique.

« Les conditions sont tellement épouvantables dans les camps de personnes déplacées. L’État doit œuvrer pour favoriser le retour des victimes dans leurs quartiers », avance Manoach Presna.

Aucun suivi après le viol et la mort d’une fillette de 6 ans

Le viol, suivi du meurtre d’une fillette de 6 ans, dans un camp de fortune à Port-au-Prince, a révolté plus d’un.

« C’est un cas de trop, inimaginable », déplore la Fondation Zanmi Timoun, qui appelle à prévenir ces actes effroyables et à garantir la sécurité des personnes déplacées dans les camps.

Le responsable des programmes de la Fondation Zanmi Timoun informe avoir échangé avec le médecin, qui était au chevet de la fillette.

« Une telle atrocité n’a pas provoqué suffisamment d’indignation. Si on en parle aujourd’hui, c’est uniquement parce que la fillette est décédée. Sans ce drame, l’affaire serait probablement passée sous silence », déclare Manoach Presna, soulignant combien l’identité du violeur ou des violeurs n’a toujours pas été révélée.

La Fondation Zanmi Timoun affirme pressentir qu’il s’agit d’hommes armés, en considérant le silence et l’inquiétude de la mère de l’enfant, qui s’est mise à couvert.

Même l’endroit, où le crime a été commis, est gardé secret.

« Il n’y a aucune procédure judiciaire en cours pour l’instant. L’Institut du bien-être social et de recherces (Ibesr), organe par excellence de la protection de l’enfant, ne s’est pas encore saisi du dossier, le mMnistère à la condition féminine et aux droits des femmes (Mcfdf) non plus ».

L’action publique n’est pas encore mise en mouvement contre ce ou ces malfrat.s, indique Zanmi Timoun, qui alerte l’État et l’opinion publique.

Les interventions des organisations sur le terrain se limitent aux plaidoyers, signale Manoach Presna, espérant des actions de l’État pour éviter d’autres agressions criminelles sur les enfants.

Toute intervention étatique passe notamment par le combat contre l’impunité, estime Presna, qui exige des autorités une enquête sur ce crime ignoble, afin de traduire en justice et punir le ou les coupable.s.

La situation des femmes et des filles a empiré

La situation de crise exacerbée en Haïti affecte davantage les femmes et les filles, en proie au viol, à l’exploitation et à diverses formes de violences, regrette la militante Pascale Solages, coordonnatrice de l’organisation féministe Nègès Mawon, au cours de l’émission FwoteLide sur AlterRadio, à l’occasion de la journée internationale des droits des femmes, le 8 mars 2025.

Nègès Mawon s’indigne les conditions de vie atroces des femmes et des petites filles dans les camps de fortune.

Les avancées sur la question des droits des femmes en Haïti ont été compromises, dans un contexte de recul général des droits civils et politiques, relève Nègès Mawon.

« Maintenant, les droits des femmes n’existent tout simplement pas en Haïti ».

Sur plus d’un million de personnes déplacées dans les départements de l’Artibonite et de l’Ouest, où se trouve la zone métropolitaine de la capitale, Port-au-Prince, plus de la moitié sont des femmes, note Nègès Mawon, tout en soulignant combiem en situation de conflits, les femmes et les enfants sont les plus affectés.

Dans la plupart des camps, les femmes et les filles déplacées subissent des violences

En début d’année 2025, le Réseau national de défense des droits humains (Rnddh) a alerté sur les conditions de vie inhumaines et préoccupantes de milliers de personnes déplacées dans de nombreux sites, situés dans les départements de l’Ouest et de l’Artibonite.

Des actes de violences, comme bagarres suivies de coups et blessures, vols, injures, troubles à l’ordre public, violences sexuelles, violences physiques et sexistes à l’égard des femmes et des filles, ont été enregistrés dans 73% des espaces monitorés contre 27% qui n’en ont jamais connus, a rapporté l’organisme de défense des droits humains.

Début 2025, le Rnddh recensait en Haïti au moins 117 sites d’accueil de personnes déplacées, localisés dans huit (8) communes des départements de l’Ouest et de l’Artibonite.

De nouveaux sites ont vu le jour depuis, avec le déplacement forcé de plusieurs milliers de personnes à Kenscoff, dans le département de l’Ouest, à Mirebalais et Saut-d’Eau, dans le département du Plateau central, et Petite-Rivière de l’Artibonite dans le département de l’Artibonite.

Plus de 20% des personnes déplacées sont des mineurs.es, d’après le Rnddh. [cj emb rc apr 16/05/2025 12:40]

Photo : Site du Fonds des Nations unies pour la population (Unfpa)

MÉMOIRE D’ALTERPRESSE


Depuis 2001

Explorer toutes les archives