P-au-P, 26 février 2025 [AlterPresse] --- Beaucoup d’avocats ne partagent pas la même opinion sur la décision de la Direction centrale de la police judiciaire (Dcpj) d’émettre des avis de recherche contre 16 personnes, dont l’ancien sénateur des Nippes (2016 - 2022) Nènel Cassy et l’ancien député de Kenscoff (2016 - 2020) Alfredo Junior Antoine, pour leur implication présumée dans l’escalade de violences dans la commune de Kenscoff et d’autres zones en Haïti.
Certains y voient une initiative à encourager dans le cadre de la lutte contre l’impunité. D’autres y décèlent des vices de forme, suspectant des manœuvres visant à créer un tollé.
Le président du conseil d’administration de l’organisme de droits humains Fondasyon je klere (Fjkl), Me. Samuel Madistin, estime légitime l’approche de la police judiciaire d’émettre des avis de recherche contre les personnes suspectées d’implication dans ces atrocités inédites, peu importe leur statut, lors d’une intervention à l’émission FwoteLide sur AlterRadio, suivie par AlterPresse.
Les faits sont assez suffisants pour interpeller les ex-parlementaires Nènel Cassy et Alfredo Antoine, argue-t-il, saluant une décision correcte de la Direction centrale de la police judiciaire.
La flagrance peut être interprétée en fonction des crimes commis et des dénonciations des auteurs, fait remarquer Me. Samuel Madistin, avant de souligner combien l’ancien sénateur et l’ancien député sont des gens au passé douteux et sulfureux, dont les noms ont déjà été cités dans des actes sordides.
« Il faut encourager les sanctions contre celles et ceux, qui commettent des crimes », soutient l’avocat, déplorant, en outre, une culture de l’impunité, qui s’installe en Haïti.
Un avis de recherche n’est pas un ordre de justice. Il n’est pas politiquement motivé, selon le responsable de la Fjkl.
Les concernés ont intérêt à se présenter devant la police judiciaire pour répondre des accusations, recommande Me. Samuel Madistin, enthousiaste à l’idée que ce qui se passe à Kenscoff pourrait déboucher sur un procès.
Des avis de recherche sont décernés contre 16 personnes, dont deux anciens parlementaires, quelques jours après une déclaration du président du Conseil présidentiel de transition (Cpt), Leslie Voltaire, qui fait état des poursuites contre les personnes sanctionnées par l’Organisation des nations unies (Onu), les gouvernements des États-Unis d’Amérique et du Canada.
Ces avis de recherche font suite à l’arrestation, le lundi 17 février 2025, à Delmas, du nommé Lubens Roland alias « Ti Laroche », qui aurait joué un rôle prépondérant dans les attaques à répétition des gangs lourdement armés dans la commune de Kenscoff et ses environs, a expliqué Lionel Lazarre, porte-parole de la Pnh, en conférence de presse le mardi 18 février 2025.
La Dcpj a découvert que l’ancien sénateur Nènèl Cassy nouerait des relations avec des groupes armés, alors que l’ancien député de Kenscoff, Alfredo Junior Antoine, serait impliqué dans les attaques armées dans ladite commune.
C’est un sujet délicat. Le mode de procédé prête à équivoque. Un avis de recherche doit émaner d’une enquête approfondie, conclue et dûment signée, avance, pour sa part, Me. Arnel Rémy, coordonnateur général du Collectif des avocats pour la défense des droits humains (Caddho), qui intervenait également à l’émission FwoteLide sur AlterRadio.
La Dcpj a l’habitude de se contredire dans ses rapports, rappelle-t-il.
La logique serait d’abord de lancer une invitation à destination des suspects, les auditionner, puis de dresser le rapport d’une enquête minutieuse, dans le respect des droits humains, défend l’homme de loi Arnel Rémy.
Il en a profité pour critiquer la Pnh d’avoir décidé, sur de simples témoignages, sans vérifications et contre-vérifications, d’émettre des avis de recherche contre les deux anciens parlementaires.
Me. Arnel Rémy y voit une transgression de l’état de droit.
Il dénonce une logique visant à provoquer de la panique et à susciter un tollé, dans un contexte où les autorités policières se retrouvent au pied du mur et sont sévèrement critiquées pour le manque de résultats dans la lutte contre la criminalité.
Il a tout de même félicité l’inspecteur général à la tête de la Dcpj, Pierre René François, pour sa volonté manifeste de combattre le phénomène du banditisme.
Par ailleurs, « le Cpt a instruit le premier ministre Alix Didier Fils-Aimé pour recueillir et examiner toutes les preuves disponibles contre les personnes sanctionnées par le Canada, les États-Unis et les Nations unies, pour leur rôle présumé dans la déstabilisation d’Haïti », a écrit, le 10 février 2025, le coordonnateur des actions au Cpt, Leslie Voltaire, sur son compte X consulté par AlterPresse.
Le coordonnateur général du Collectif des avocats pour les droits humains s’élève contre la sortie du coordonnateur du Cpt, Leslie Voltaire.
« C’est une déclaration irresponsable », peste Me, Arnel Rémy sur AlterRadio, dénonçant un possible trafic d’influence, arguant combien l’exécutif ou la politique ne devrait pas influencer la justice.
L’ancien président Michel Martelly et deux anciens premiers ministres, Laurent Salvador Lamothe et Jean Henry Céant ont été sanctionnés par le gouvernement canadien pour leur rôle dans la prolifération des gangs en Haïti.
L’Onu a également sanctionné l’ancien président Martelly, d’anciens parlementaires, comme Youri Latortue et Prophane Victor, ainsi que l’homme d’affaires Reynold Deeb.
L’ancien député Prophane Victor a été mis sous les verrous après son arrestation, le 12 janvier 2025, par des agents de la Dcpj, pour son implication présumée dans les actes de violences des gangs armés dans l’Artibonite. [cj emb rc apr 26/02/2025 10:50]
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