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Haïti – Chronique de sang à Jean-Denis : Au moins 70 morts, la population prise au piège des gangs

Une nouvelle flambée de violences secoue l’Artibonite, où des gangs armés ont semé la terreur dans la localité de Jean-Denis. La population, prise au piège, fait face à des attaques meurtrières et des incendies, tandis que les autorités sont appelées à intervenir rapidement pour protéger les habitantes et habitants et rétablir l’ordre.

Par Gotson Pierre

P-au-P, 31 mars 2026 [AlterPresse] — Au moins 70 cadavres ont été recensés, selon un bilan provisoire établi à partir de témoignages recueillis par le Réseau national de défense des droits humains (Rnddh), après l’attaque armée survenue dans la nuit du samedi 28 au dimanche 29 mars 2026 à Jean-Denis, dans la commune de Petite-Rivière de l’Artibonite (Nord).

Certaines victimes ont été enterrées par leurs familles, tandis que d’autres ont été transportées à la morgue, et plusieurs personnes restent portées disparues, a indiqué l’organisation contactée par AlterPresse.

Plus d’une trentaine de blessés ont également été signalés, dont certains reçoivent des soins à l’hôpital. Le centre de santé de Jean-Denis, bien que non incendié, n’est pas en mesure de prendre en charge les victimes. Parmi les personnes tuées, figurent des hommes, des femmes, des enfants, des nourrissons et des femmes enceintes.

Nuit d’horreur : l’État sommé d’agir

André Saint-Louis, coordonnateur du Comité initiative pour la paix dans le Bas Artibonite (Cipba), a décrit l’attaque sur l’émission FwoteLide (AlterRadio 106.1 f.m.) : «  Les membres du gang Gran Grif nous ont attaqués vers 2 h du matin. Il y a eu beaucoup de dégâts collatéraux  ».

Il appelle à une collaboration étroite entre la police et la population pour contrer les gangs et reproche à l’État son inaction ainsi que son refus de fournir des équipements adaptés aux forces de l’ordre. Il a lancé un appel direct au Premier ministre Alix Didier Fils-Aimé pour ordonner des actions contre les gangs et doter les forces d’intervention de drones kamikazes.

L’Office de la protection de la citoyenne et du citoyen (Opc) souligne, dans une note, que l’accès aux zones touchées reste extrêmement difficile en raison de la présence des gangs Gran Grif et Kokorat San Ras, compliquant les opérations d’assistance et de vérification.

L’institution déplore l’insuffisance des interventions des autorités et appelle à activer le Conseil supérieur de la police nationale (Cspn) pour une réponse coordonnée, à renforcer les dispositifs de sécurité et à mobiliser les ressources nécessaires pour neutraliser les groupes armés.

L’organisation Collectif Défenseurs Plus rapporte un bilan encore plus lourd dans certaines zones, avec plus de 80 tués, 90 blessés par balles et 70 maisons incendiées lors d’une attaque menée par les hommes de Gran Grif à Savien.

Le fil d’une histoire macabre

L’attaque a commencé vers 2:00 am (6:00 gmt) à Pon Benwa (2ᵉ section de Bas Coursin II) avant de se propager à Jean-Denis (1ʳᵉ section de Bas Coursin I).

La coalition d’autodéfense locale, dirigée par Francky Pierre alias Ti Mepri, a tenté de résister, mais a été rapidement submergée par les assaillants, selon les informations recueillies par le Rnddh.

Entre 3:00 am et 6:00 am, les hommes armés ont ouvert le feu à l’arme de gros calibre et incendié des maisons, piégeant habitantes et habitants à l’intérieur et semant la panique.

Dans la 2ᵉ section de Bas Coursin II, les localités de Pont Benoît, Bois Lavil en Haut et Descordes ont été frappées.

Les habitantes et habitants, désarmé.e.s et surpris.es, ont subi des tirs meurtriers et la destruction de leurs habitations, provoquant blessures et pertes matérielles considérables.

À Bas Coursin I / Jean-Denis, plusieurs quartiers ont été particulièrement touchés, notamment Koutèt, Ti Tray, Akasya, Megiyèl, Bofò, Remousen, Sedrèn et Blain.

Dans ce dernier secteur, les assaillants ont causé de lourdes pertes, dont la mort de trois frères de la famille Théophile. Les habitantes et habitants ont fui pour sauver leur vie, cherchant refuge dans les communes voisines, principalement à Bokozèl (5ᵉ section de Saint-Marc) et à Chawon (Marchand Dessalines).

Ces déplacements massifs révèlent l’ampleur de la panique et de l’impuissance des résidents face à la violence des gangs. L’attaque s’inscrit dans un contexte de menace persistante dans l’Artibonite, où, selon le Bureau intégré des Nations unies en Haïti (Binuh), entre octobre et décembre 2025, au moins 148 personnes ont été tuées et 127 blessées lors d’attaques des gangs. [gp apr 31/03/2026 08 :00]

MÉMOIRE D’ALTERPRESSE


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