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Haïti - Centre-ville de Port-au-Prince : Reprise affichée… Sécurité réelle  ?

P-au-P, 28 mars 2026 [AlterPresse] --- Le gouvernement haïtien met en avant une reprise progressive des activités au centre-ville de Port-au-Prince, tout en réaffirmant sa volonté d’organiser des élections, dans un contexte où les opérations policières se multiplient et où les violences restent élevées, observe l’agence en ligne AlterPresse.

À l’issue du Conseil des ministres du 27 mars 2026, le Premier ministre, Alix Didier Fils-Aimé, s’est rendu au Champ de Mars, à proximité de la Tour 2004, afin de constater « l’évolution de la situation sécuritaire » et la « reprise progressive des activités », selon un communiqué officiel.

Le texte souligne que le retour de citoyens dans cet espace serait un « indicateur significatif » du rétablissement de la sécurité. Mais cette présence ponctuelle peut-elle, à elle seule, traduire une amélioration durable de la situation dans l’ensemble de la zone métropolitaine ?

Cette communication intervient alors que la Police nationale d’Haïti fait état d’une intensification de ses interventions.

Entre janvier et mars 2026, 43 présumés bandits ont été tués lors d’une trentaine d’opérations menées notamment dans l’Ouest, l’Artibonite et le Plateau central. Les autorités évoquent également d’importantes saisies d’armes, de munitions et d’équipements, ainsi que l’arrestation de dizaines de personnes.

Les opérations de la Direction centrale de la police judiciaire (Dcpj), baptisées Goudougoudou, ont, pour leur part, ciblé plusieurs régions du pays. Elles ont permis la confiscation de biens, la libération d’un otage et la saisie de stupéfiants.

Ces résultats traduisent-ils un affaiblissement structurel des groupes armés ou relèvent-ils d’interventions ponctuelles, sans impact durable sur leur capacité de nuisance ?

Par ailleurs, une dizaine de cadres de la Direction de l’immigration et de l’émigration ont été interpellés dans une affaire de délivrance frauduleuse de passeports. Faut-il y voir un signal d’assainissement des institutions ou l’indice de dysfonctionnements plus profonds au sein de l’appareil d’État ?

Les opérations policières se poursuivent dans un contexte marqué par des pertes humaines, y compris au sein des forces de l’ordre. Deux policiers nationaux ont été tués récemment lors d’une intervention à Delmas, rappelant les risques élevés auxquels restent exposés les agents.

Dans le même temps, la situation globale demeure préoccupante.
Selon le Haut-Commissariat des Nations unies aux droits humains, au moins 5,519 personnes ont été tuées et 2,608 blessées entre mars 2025 et janvier 2026. Le rapport souligne non seulement l’ampleur des violences, mais aussi leur extension géographique, au-delà de Port-au-Prince, vers l’Artibonite et le Plateau central.

Dans ce contexte, les avancées évoquées au centre-ville peuvent-elles être dissociées de cette dynamique plus large de violence et d’expansion des groupes armés ?

Au-delà de la sécurité, le gouvernement insiste sur la nécessité de créer les conditions pour des élections « libres, inclusives, transparentes et sécurisées ». Mais dans un environnement encore instable, quels dispositifs concrets permettront de garantir la participation des citoyens et l’intégrité du processus électoral ?

Entre signaux de reprise localisés, intensification des opérations policières et persistance d’une insécurité généralisée, la situation semble osciller entre amélioration annoncée et défis structurels. Une évolution qui continue de soulever des interrogations quant à la portée réelle des progrès mis en avant et à leur capacité à s’inscrire dans la durée. [apr 28/03/2026 13 :00]

MÉMOIRE D’ALTERPRESSE


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