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Haïti – Audiovisuel : Promesse de modernisation et choc des réalités avec la Tnt

Le passage d’Haïti à la Télévision numérique terrestre (Tnt) s’inscrit dans une réforme structurelle du paysage audiovisuel. Entre cadre réglementaire, contraintes d’infrastructures et enjeux d’accès, la transition suscite des attentes, mais surtout de nombreuses interrogations.

Par Gotson Pierre

P-au-P, 15 avril 2026 [AlterPresse] --- La migration de la télévision analogique vers la Télévision numérique terrestre (Tnt) en Haïti ouvre des opportunités de modernisation du secteur audiovisuel, mais pose également de gros défis à une société en crise, marquée par de fortes contraintes institutionnelles, énergétiques et économiques, notamment en matière d’accès, d’équipement et de capacité d’accompagnement de la transition technologique, observe l’agence en ligne AlterPresse.

La Tnt est un système de diffusion hertzienne de chaînes de télévision en format numérique, transmis par ondes terrestres et reçu via une antenne classique. Elle repose sur des technologies de codage numérique permettant une transmission plus efficace du signal et une meilleure exploitation du spectre radioélectrique.

Cette évolution permet de recevoir un nombre élargi de chaînes par rapport au système analogique, avec une qualité d’image et de son nettement améliorée, ainsi qu’une plus grande capacité de diffusion.

Un paysage médiatique dense, mais marqué par de fortes fragilités structurelles

Le paysage audiovisuel haïtien reste déjà caractérisé par une forte densité d’acteurs. Environ 150 chaînes de télévisionfonctionnent dans le pays, dont 107 autorisées à émettre sur des ondes claires dans différentes zones géographiques, offrant un accès gratuit à une partie de la population, selon une enquête réalisée en 2023.

À l’inverse, le secteur radiophonique apparaît encore plus vaste et largement informel, avec environ 700 stations de radio sur la bande FM, dont près de la moitié fonctionnerait sans autorisation légale, traduisant une faiblesse structurelle de la régulation et de la gouvernance du spectre hertzien.

Dans ce contexte, la Tnt s’inscrit comme une tentative de réorganisation et de modernisation du système de diffusion. Elle implique toutefois des investissements techniques importants de la part des opérateurs, notamment pour l’adaptation des équipements de transmission et des réseaux.

Sa mise en œuvre requiert également des interventions étatiques appropriées, en particulier en matière de régulation, de planification du basculement technologique, d’accompagnement du public et de modernisation des infrastructures de diffusion.

Ces ambitions se heurtent à une contrainte structurelle majeure : la question énergétique. Le secteur de l’électricité constitue l’un des principaux freins au développement économique en Haïti. Selon la Banque mondiale, il est fragilisé par des pénuries récurrentes de carburant et par la faible performance de l’entreprise publique Électricité d’Haïti (EdH).

En 2021, le taux d’accès à l’électricité était estimé à environ 47.1 %, avec un réseau national ne desservant qu’environ un tiers de la population.

Face à ces déficits, de nombreux ménages et entreprises se tournent vers des solutions alternatives, notamment les systèmes solaires individuels, les générateurs et les batteries. L’énergie solaire connaît par ailleurs une expansion rapide, portée par un ensoleillement favorable, et constitue une réponse partielle à la défaillance structurelle du réseau électrique, y compris pour environ 45 % des Petites et moyennes entreprises (Pme), situées dans des zones non électrifiées.

Dans cet environnement, la transition vers la Tnt soulève des défis supplémentaires de faisabilité et d’accès. La réception du signal nécessite des téléviseurs ou des décodeurs compatibles avec les standards de diffusion numérique terrestre. En cas d’incompatibilité, des récepteurs externes peuvent être utilisés pour éviter une rupture d’accès, mais leur coût et leur disponibilité constituent des facteurs limitants dans un contexte de faible pouvoir d’achat et d’accès inégal à l’énergie.

Incertitudes dans un processus de transformation audiovisuelle complexe

Pour le Conseil national des télécommunications (Conatel), la publication du décret officialisant cette transition constitue une étape décisive dans la modernisation du paysage audiovisuel haïtien. Dans un communiqué transmis à AlterPresse, l’institution qualifie cette réforme d’« avancée majeure », inscrite dans un processus engagé depuis 2012 à travers des consultations techniques et institutionnelles.

Sur le plan international, cette transition s’inscrit dans les engagements d’Haïti auprès de l’Union internationale des télécommunications (Uit), qui encourage ses États membres à moderniser leurs infrastructures de communication par l’adoption des normes numériques.

Cependant, cette évolution suscite des préoccupations au sein des opérateurs médiatiques.

Selon des réactions rapportées par AlterPresse, plusieurs paramètres essentiels restent insuffisamment définis. Certains acteurs estiment que l’annonce pourrait s’apparenter à une fuite en avant, dans un contexte où la préparation technique, institutionnelle et opérationnelle demeure jugée insuffisante.

Le Conatel, pour sa part, défend une transition progressive, avec un calendrier d’extinction du signal analogique permettant l’adaptation des opérateurs et des ménages. Des mesures d’accompagnement techniques, réglementaires et institutionnelles sont annoncées, afin de garantir une transition inclusive et équitable, appuyée par des campagnes nationales de sensibilisation.

Le décret, adopté en Conseil des ministres dans un contexte d’absence de pouvoir législatif, s’appuie sur plusieurs textes juridiques encadrant les télécommunications.

Dans cette perspective, la Tnt apparaît à la fois comme une réforme structurante porteuse d’opportunités de modernisation et de rationalisation du paysage audiovisuel haïtien, mais également comme une transformation complexe, dont les défis sont amplifiés par une société en crise multidimensionnelle, marquée par la fragilité énergétique, les déséquilibres du secteur médiatique et les fortes inégalités d’accès aux infrastructures de base. [apr 15/04/2026 16:00]

MÉMOIRE D’ALTERPRESSE


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