P-au-P, 28 août 2026 [AlterPresse] --- Plusieurs organisations nationales et internationales dénoncent la prolifération des armes illicites, l’impunité et l’irresponsabilité des autorités haïtiennes dans le nouveau massacre, perpétré par les gangs terroristes à Kenscoff, dans la nuit du dimanche 23 au lundi 24 août 2026, selon les informations rassemblées par AlterPresse.
Un arsenal meurtrier en expansion
Cette attaque illustre la poursuite des trafics d’armes vers Haïti, malgré l’embargo décrété en 2022 par l’Organisation des Nations unies (Onu), souligne le Haut-Commissariat des Nations unies aux droits humains (Hcdh) dans une déclaration.
Ces flux illicites « renforcent et donnent du pouvoir aux gangs armés », alerte le Hcdh, qui critique l’incapacité des autorités à contenir les violences.
Le 24 août 2026, un des gangs terroristes de Port-au-Prince a diffusé des images montrant une nouvelle livraison d’armes venues de l’étranger, rappelle le Hcdh.
Entre 270,000 et 500,000 armes, majoritairement détenues par les groupes armés, circulent illégalement en Haïti, selon un rapport du Hcdh, publié en mars 2025.
Appels de l’Onu et des Ong
Lors d’un point de presse à Genève, la porte-parole Marta Hurtado a qualifié la nouvelle attaque de gangs terroristes à Kenscoff de « brutalité persistante » et appelé à accélérer le déploiement de la Force de répression des gangs (Frg), dans le respect du droit international.
Les services du haut-commissaire aux droits humains, l’Autrichien Volker Türk, demandent des enquêtes indépendantes et impartiales sur les allégations de violations et d’atteintes aux droits humains.
Tout en qualifiant les faits de « massacre », le secrétaire général de l’Onu, le Portugais António Guterres, a appelé à traduire en justice les responsables de ce nouveau forfait.
Guterres a également exhorté les autorités haïtiennes à mobiliser les unités judiciaires spécialisées dans les enquêtes sur les crimes de masse.
Pour Amnesty International, cette nouvelle tragédie illustre « le coût humain dévastateur de l’absence de politiques efficaces pour protéger la population ».
Amnesty International demande aux autorités haïtiennes et à la communauté internationale de renforcer les mesures de protection et de garantir, dans le cadre de procès équitables, des poursuites judiciaires contre les personnes soupçonnées de crimes graves.
« La population haïtienne a le droit de vivre sans la peur constante d’être tuée, enlevée ou forcée de fuir son foyer », souligne Astrid Valencia, directrice régionale adjointe de la recherche pour les Amériques à Amnesty International.
Elle appelle également les gangs à libérer immédiatement et sans condition les personnes enlevées.
Les civils, notamment les personnes déplacées et blessés, les femmes et les enfants, doivent être protégés en toutes circonstancesL, préconise, de son côté, le Comité international de la Croix-Rouge (Cicr).
« La population civile ne doit pas être l’objet d’attaques, ni de prises d’otages, ni de rétentions arbitraires », insiste Marisela Silva Chau, cheffe de délégation du Cicr en Haïti.
Stratégie des gangs et défis sécuritaires
« La dernière attaque à Kenscoff fait partie des efforts renouvelés de Viv Ansanm pour contrôler la commune, que les gangs désirent encercler, et la riche commune de Pétionville, ainsi que des routes alternatives reliant la capitale aux parties Sud du pays », a déclaré María Fernanda Arocha, analyste du Mexique, d’Amérique centrale et des Caraïbes chez Armed conflict location and event data (Acled).
Acled évoque les défis, auxquels le gouvernement est confronté, pour consolider les résultats des opérations anti-gangs.
« Les attaques récentes soulignent également le besoin pressant de déployer pleinement les 5,500 officiers attendus de la Force de répression des gangs (Frg), soutenue par l’Onu, qui a, jusqu’à présent, déployé environ 1,000 agents ».
La structure Armed conflict location and event data appelle à consolider la présence des forces de sécurité sur l’ensemble du territoire d’Haïti, en particulier dans les zones menacées par les gangs, pour répondre aux conditions de sécurité minimale à l’organisation d’élections, envisagées pour le dimanche 13 décembre 2026.
Tout en condamnant fermement les dernières atrocités commises à Kenscoff, l’organisation Haitian Bridge Alliance plaide pour que les gangs terroristes déposent les armes et à mettent fin aux violences, afin de permettre à Haïti d’emprunter la voie de la reconstruction.
Signalant combien Haïti ne fabrique pas d’armes, l’organisation Haitian Bridge Alliance invite le gouvernement des États-Unis d’Amérique et la communauté internationale à renforcer les mesures, visant à stopper l’afflux d’armes à feu illégales vers Haïti.
« Personne ne devrait avoir à vivre dans la peur d’être tuée ou contrainte de fuir son foyer. Les Haïtiennes et Haïtiens méritent de vivre en sécurité dans leurs communautés et de pouvoir construire leur avenir dans leur pays », insiste l’organisation communautaire.
Condamnations nationales
La Conférence des pasteurs haïtiens (Copah) condamne avec fermeté les assassinats, enlèvements et autres actes de terreur, perpétrés à Kenscoff.
Dans une note, l’organisation religieuse dénonce l’inaction des autorités haïtiennes et de la communauté internationale face à la dégradation de la situation sécuritaire.
Le gouvernement et la Police nationale d’Haïti (Pnh) ont failli à leur responsabilité de protéger la population, estime la Copah.
Elle reproche aux autorités de multiplier les promesses vaines, sans parvenir à produire des résultats concrets sur le terrain.
Aucun véhicule blindé de la Police nationale d’Haïti (Pnh) n’était présent à Kenscoff, lors de l’attaque des gangs dans la nuit du 23 au 24 août 2026, fait savoir le Réseau national de défense des droits humains (Rnddh), interrogé dans les médias.
Un des véhicules blindés, qui était affecté aux environs du commissariat de police à Kenscoff, aurait été retiré environ une semaine avant l’’attaque des gangs terroristes, malgré des menaces publiques annonçant une offensive.
Les véhicules blindés présents sur place serviraient principalement à la protection de certains responsables gouvernementaux, poursuit le Rnddh.
De son côté, Mgr. Pierre André Dumas, évêque du diocèse catholique romain d’Anse-à-Veau et Miragoâne (département des Nippes, une partie du Sud-Ouest d’Haïti, demande une intervention urgente de l’État pour protéger les communautés, combattre les gangs armés, mettre fin à l’impunité et empêcher de nouvelles attaques meurtrières.
Réactions des autorités haïtiennes
Face à la gravité de la situation, le premier ministre Alix Didier Fils-Aimé, également président du Conseil supérieur de la Police nationale (Cspn), a annoncé une intensification des opérations de sécurité dans la zone métropolitaine de Port-au-Prince et ses environs.
Lors d’une réunion d’urgence du Cspn, le mercredi 26 août 2026, le chef du gouvernement a indiqué avoir ordonné des mesures destinées à traquer les responsables des attaques, démanteler les réseaux criminels et reprendre le contrôle des zones occupées par les gangs.
Le directeur général intérimaire de la Pnh, André Jonas Vladimir Paraison, a demandé à la Direction centrale de la police judiciaire (Dcpj) d’ouvrir une enquête approfondie sur les attaques meurtrières à Kenscoff.
Selon une note de la Pnh, l’enquête devra notamment déterminer comment des individus lourdement armés ont pu pénétrer dans la commune.
Les enquêteurs devront également vérifier l’existence d’éventuelles complicités ou négligences, identifier toutes les personnes impliquées et établir les responsabilités, afin que les mesures légales appropriées soient prises.
Cette demande d’enquête intervient après une visite, effectuée le lundi 24 août 2026, par le commandant en chef de la Pnh, accompagné de plusieurs membres du haut commandement, afin d’évaluer la situation après l’attaque.
Violences généralisées
Environ 50 personnes ont été assassinées à Kenscoff, une cinquantaine d’autres kidnappées et 25 maisons incendiées par des gangs, forçant 2,600 personnes à fuir leurs foyers, selon un premier décompte de l’Organisation internationale pour les migrations (Oim).
Entre-temps, les Haïtiennes et Haïtiens continuent de subir de graves violations des droits humains et des exactions commises dans le contexte de la terreur et d’autres violences des gangs.
Entre le 1er avril et le 30 juin 2026, le Service des droits humains du Bureau intégré des Nations unies en Haïti (Binuh) a recensé 1,408 personnes tuées et 656 blessées dans des violences liées aux gangs.
Au cours de cette même période, 326 personnes ont été victimes de violences sexuelles, un chiffre qui, selon l’Onu, pourrait être largement sous-estimé. [mff emb rc apr 28/08/2026 13:00]
Photo : Site Onu Info
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