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Haïti / À Delmas, des Personnes déplacées internes livrées à elles-mêmes : Défenseurs Plus appelle à une réponse publique durable

P-au-P, 18 déc. 2025 [AlterPresse] --- En Haïti, la migration ne se limite plus aux routes de l’exil international. Dans la zone métropolitaine de la capitale, Port-au-Prince, et plus particulièrement à Delmas, des milliers de personnes sont devenues des personnes migrantes internes, contraintes de fuir leurs quartiers sous la pression de la terreur et d’autres violences des gangs armés et de survivre dans des camps de fortune, sans protection institutionnelle effective.

À Delmas, plusieurs bâtiments publics et espaces scolaires ont été transformés en sites d’hébergement improvisés, selon un rapport d’enquête du Collectif Défenseurs Plus intitulé « les conditions de vie des Personnes déplacées internes dans quatre camps de Delmas » et rendu public à l’occasion de la Journée internationale des migrantes et migrants, ce 18 décembre 2025.

L’étude, transmise à AlterPresse, porte sur les camps dits de Médecins sans frontères (Msf), du Ministère des affaires sociales et du travail (Mast), du Ministère des travaux publics, transports et communications (Mtptc) et de l’école République de l’Équateur, où des familles déplacées vivent depuis des mois, parfois plus d’un an, sans perspectives claires de relogement ni de réinsertion.

Cette situation s’inscrit dans un contexte d’insécurité généralisée, alimentée par l’emprise croissante des gangs armés et les dynamiques de criminalité transnationale. Enlèvements, assassinats, pillages et agressions rythment le quotidien de larges portions du territoire.

Entre janvier et juin 2025, plus de 3,100 personnes ont été tuées et environ 1,4 million ont été déplacées à l’intérieur du pays, selon l’Organisation internationale pour les migrations (Oim).

Solidarité humanitaire fragmentée, État peu présent

Le rapport dresse le constat d’une précarité généralisée. Les personnes déplacées vivent sous des abris exigus et insalubres, souvent exposés aux intempéries, avec un accès limité à l’eau potable, à une alimentation suffisante, aux soins de santé et à l’assainissement. La scolarisation des enfants reste marginale, faute de moyens et de dispositifs publics adaptés.

Selon Défenseurs Plus, ces conditions constituent des violations graves des droits fondamentaux garantis par la Constitution haïtienne de 1987 et par les instruments internationaux ratifiés par Haïti, notamment le droit à la vie, à la santé, à l’alimentation, à l’éducation et à un logement décent.

Si certains camps bénéficient d’un appui humanitaire ponctuel : distributions de kits, cliniques mobiles ou interventions sporadiques, le rapport souligne l’absence de coordination nationale et la faible présence institutionnelle de l’État. Les interventions publiques demeurent insuffisantes et discontinues, laissant les déplacés dépendre largement des Organisations non gouvernementales (Ong) et des initiatives communautaires limitées.

En mars 2025, le premier ministre Alix Didier Fils-Aimé s’est rendu au camp École République de l’Équateur, accompagné de plusieurs ministres, pour une visite symbolique, offrant kits hygiéniques, eau potable et soutien moral aux familles déplacées. Ce geste, rapporté dans un communiqué officiel, visait à rappeler combien la dignité des enfants et des familles reste une priorité gouvernementale.

Toutefois, l’enquête du Collectif Défenseurs Plus montre que ces initiatives ponctuelles n’ont pas suffi à assurer une présence continue de l’État ni à garantir des conditions de vie décentes. La précarité, le manque de services essentiels et l’absence de relogement durable persistent, illustrant l’écart entre gestes ponctuels et politique publique structurée.

Cette défaillance institutionnelle accentue la vulnérabilité des familles déplacées et renforce le sentiment d’abandon. L’enquête met également en évidence une détresse psychosociale largement partagée, marquée par le stress, la tristesse et l’isolement émotionnel. Les femmes et les enfants figurent parmi les personnes les plus exposées, notamment aux Violences basées sur le genre (Vbg), aux abus et à la déscolarisation prolongée.

Le Collectif Défenseurs Plus alerte sur le risque de voir émerger une génération d’enfants déplacés privés d’éducation et de perspectives, dans un contexte de pauvreté extrême et d’insécurité persistante.

Passer de l’urgence humanitaire à une politique publique

À l’occasion de cette journée internationale des migrantes et migrants, le Collectif Défenseurs Plus appelle les autorités haïtiennes à changer de paradigme. Il exhorte l’État à reconnaître officiellement la vulnérabilité des migrants internes et à respecter ses obligations découlant des Principes directeurs des Nations unies, relatifs au déplacement interne.

L’organisation plaide pour un passage de l’aide humanitaire d’urgence à une véritable politique publique de réinsertion sociale et de relogement digne. Elle insiste également sur la nécessité d’assurer une présence permanente de services de santé et d’éducation au sein des sites d’hébergement, tout en soulignant l’urgence de renforcer la coordination interinstitutionnelle et d’affirmer un leadership public clair dans la gestion des déplacements internes.

Pour Défenseurs Plus, la situation des déplacés internes à Delmas illustre une crise qui dépasse l’urgence humanitaire.

« La migration forcée, qu’elle mène vers l’étranger ou vers un camp de fortune à quelques kilomètres de chez soi, est toujours le symptôme d’un État qui échoue », souligne l’organisation.

Le Collectif Défenseurs Plus appelle la société civile, les médias et les partenaires internationaux à s’appuyer sur les conclusions du rapport, afin d’exiger que la dignité humaine, la protection des droits et la reconstruction sociale des personnes déplacées soient replacées au cœur des priorités nationales. [apr 18/12/2025 05:00]

Photo / Primature : Le Premier ministre Alix Didier Fils-Aimé visite le camp École République de l’Équateur à Delmas en mars 2025.

MÉMOIRE D’ALTERPRESSE


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