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Haïti-40 ans de la Sofa : Instabilité politique et violences entravent la défense des droits des femmes

P-au-P, 24 févr. 2026 [AlterPresse] --- La Solidarite fanm ayisyèn (Sofa) célèbre ses 40 ans dans un contexte national marqué par l’instabilité politique, la paralysie institutionnelle et la recrudescence des violences armées, qui compliquent la lutte pour les droits des femmes.

La secrétaire générale de l’organisation, Berthanie Belony, dénonce l’absence de dirigeants élus et le blocage des mécanismes législatifs, lors d’une interview accordée à l’émission FwoteLide sur AlterRadio, relayée par AlterPresse.

Plusieurs propositions de loi en faveur des droits des femmes demeurent en suspens, faute d’instances légitimes pour les examiner et les adopter.

« Nous exigeons des élections pour que le pays puisse avoir des dirigeants légitimes capables de faire avancer les politiques publiques », affirme-t-elle.

La secrétaire générale de l’organisation, Berthanie Belony, dénonce l’absence de dirigeants élus et le blocage des mécanismes législatifs

Divisions politiques et insécurité persistante

La commémoration de cet anniversaire coïncide avec de nouvelles tensions politiques, après la signature, le 22 février 2026 à Pétionville, du « Pacte national pour la stabilité et l’organisation des élections ».

Des partis politiques, comme Fanmi Lavalas, le Parti haitien tèt kale (Phtk) et Engagés pour le developpement (Ede) figurent parmi les signataires du document proposé par le premier ministre Alix Didier Fils-Aime.

D’autres formations politiques, dont Pitit Dessalines, l’ont rejeté, estimant qu’il ne garantit pas une transition crédible.

Dans un pays sans élections depuis plus de dix ans, ces divergences prolongent l’incertitude institutionnelle.

Parallèlement, la situation sécuritaire demeure alarmante. Selon les Nations unies, environ 6 000 personnes ont été tuées en 2025 dans des violences liées aux gangs armés. Plus de 1,4 million de personnes ont été déplacées depuis 2023.

Pour le dernier trimestre 2025, 156 enlèvements ont été recensés, portant à 647 le nombre total de cas de kidnapping pour l’année.

« Nous évoluons dans un contexte extrêmement difficile. La violence est presque constante, et les femmes sont parmi les plus touchées », souligne Berthanie Belony.

Un mouvement féministe sous pression

Fondée le 22 février 1986, au lendemain de la chute de la dictature, la Solidarite fanm ayisyèn regroupe des femmes issues de divers milieux dans la plupart des départements géographiques du pays.

« 40 ans, c’est 40 ans d’engagement, de solidarité et d’amour. Malgré les obstacles, nous continuons de militer pour le respect des droits des femmes », déclare sa secrétaire générale.

L’insécurité affecte également le fonctionnement interne de l’organisation. La dernière assemblée générale remonte à 2017, les difficultés de déplacement empêchant la tenue régulière des rencontres nationales.

Si des avancées ont été enregistrées en matière de sensibilisation contre les violences faites aux femmes, la Sofa rappelle que les acquis restent fragiles.

« Même lorsque nous gagnons des droits, nous pouvons les perdre si nous ne restons pas en alerte », avertit-elle.

À l’occasion de son 40e anniversaire, l’organisation appelle à renforcer la solidarité féministe et à poursuivre la mobilisation pour des institutions légitimes et des politiques publiques en faveur des femmes. [apr 24/02/2026 07:00]

MÉMOIRE D’ALTERPRESSE


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