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Haïti-39 ans de la Constitution de 1987 : Entre héritage démocratique et acharnement réformateur

Le 29 mars 1987, les Haïtien·ne·s adoptaient, par référendum, une Constitution ambitieuse, fondée sur la démocratie, la participation citoyenne et la décentralisation. Près de quarante ans plus tard, l’histoire constitutionnelle du pays reste marquée par l’échec des réformes et la persistance d’une instabilité chronique. Pourquoi les tentatives de modifier ou d’adapter la Constitution échouent-elles systématiquement ?

Par Gotson Pierre

P-au-P., 29 mars 2026 [AlterPresse] --- Trente-neuf ans après son adoption par référendum, le 29 mars 1987, la Constitution haïtienne demeure au cœur des tensions politiques, entre un idéal démocratique largement salué et une volonté persistante de la modifier, malgré des échecs répétés, observe AlterPresse.

En ce 29 mars 2026, le débat constitutionnel reste d’actualité. La signature, le 21 février 2026, du Pacte national pour la stabilité et l’organisation des élections, sous l’impulsion du Premier ministre Alix Didier Fils-Aimé, relance la perspective de changements ciblés à la loi fondamentale.

Les signataires envisagent, dans une « période d’exception », des modifications limitées, construites sur un consensus et soumises à ratification populaire lors des prochaines élections.

Cette orientation intervient quelques mois après l’abandon, le 9 octobre 2025, du projet de référendum constitutionnel, jugé irréalisable dans un contexte d’insécurité et d’instabilité généralisées.

Ce revirement avait déjà mis en lumière les limites d’un processus engagé sans base légale solide ni conditions démocratiques suffisantes.

Pourtant, au fil des décennies, une constante s’impose : un apparent acharnement des secteurs de pouvoir à vouloir réviser ou remplacer la Constitution de 1987.

De l’amendement controversé engagé sous René Préval et promulgué par Michel Martelly, à la tentative de refonte avortée de Jovenel Moïse, en passant par les initiatives incertaines sous Ariel Henry, les mêmes obstacles ont persisté : absence de consensus, faible participation citoyenne, opacité des démarches et crises politiques récurrentes.

Cette persistance soulève une interrogation majeure : pourquoi cette volonté de changement, malgré les échecs successifs ?

Pour de nombreux observateurs, la Constitution de 1987, conçue après la chute de la dictature des Duvalier, impose des garde-fous stricts contre la concentration du pouvoir, en favorisant la séparation des pouvoirs, la décentralisation et la participation citoyenne. Autant de principes qui entrent souvent en tension avec les pratiques politiques dominantes.

Dans cette perspective, les projets de réforme apparaissent parfois comme des tentatives d’adaptation, voire de contournement d’un cadre jugé contraignant.

D’autres estiment néanmoins que les blocages institutionnels récurrents justifient des ajustements pour améliorer le fonctionnement de l’État.
Mais près de quatre décennies après son adoption, le paradoxe demeure entier : la Constitution de 1987 est à la fois célébrée comme un texte fondateur et critiquée pour son inapplication chronique.

En définitive, l’enjeu dépasse la question du changement ou du maintien du texte.

L’expérience haïtienne montre jusqu’à présent qu’aucune réforme constitutionnelle ne peut aboutir sans légitimité démocratique, sans participation effective des citoyennes et citoyens et sans un minimum de stabilité institutionnelle.

À défaut, le risque est de voir se prolonger indéfiniment le cycle des réformes avortées, tandis que l’esprit même de la Constitution, celui d’un État de droit fondé sur la souveraineté populaire, reste, lui, encore à concrétiser. [gp apr 29/03/2026 17 :00]

MÉMOIRE D’ALTERPRESSE


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