Dans une déclaration soumise à AlterPresse, le Mouvement haïtien de sauvetage national (Mohsana) estime que l’année 2026 sera décisive pour Haïti. Le mouvement y critique la gestion de la transition politique, souligne l’ampleur de l’insécurité et des déplacements internes, et plaide pour une refondation de l’État-nation à travers une transition technocratique.
Déclaration du Mouvement haïtien de sauvetage national (Mohsana)
Soumise à AlterPressele 29 décembre 2025
L’année 2025 touche à sa fin, mais elle n’emportera pas avec elle les calamités que la classe politique, les oligarques, les terroristes et une frange de la communauté internationale infligent encore au peuple haïtien. Les villes, bourgs et quartiers continuent d’être mis à sac ; les incendies criminels, les meurtres, les massacres, les viols et les kidnappings se poursuivent impunément, même durant la Mission multinationale d’appui à la sécurité (Mmas) dont le mandat s’achève sans résultat décisif.
Face à la détresse des populations livrées à elles-mêmes, l’indifférence odieuse des dirigeants de facto sonne comme un glas. L’impunité et la corruption généralisée consacrent la cristallisation du triomphe de la kleptocratie sous le Conseil présidentiel de transition (Cpt) et le gouvernement d’Alix Didier Fils-Aimé. Le processus d’effondrement sociétal ayant atteint sa phase finale, nous devons admettre, même à contrecœur, qu’Haïti est un pays naufragé, un État effondré, une société complètement désarticulée.
Le déploiement de la Force de répression des gangs (FRG) en 2026 ne résoudra pas les problèmes structurels qui affectent Haïti depuis plusieurs décennies. Comme en 1802, notre destinée manifeste nous replace devant un dilemme : prouver qu’impossible n’est pas haïtien ou périr.
La crise de l’État, sur fond de crise sociétale, exige néanmoins une approche holistique devant conduire à la refondation de l’État-nation. En d’autres termes, les Haïtiennes et Haïtiens de l’intérieur et de la diaspora sont condamnés à reconstituer les appareils répressifs et administratifs de l’État, tout en dotant cette macrostructure d’une base matérielle solide, en termes d’infrastructures socioéconomiques larges et robustes.
Dans ce processus de refondation, l’État devra faire des quartiers considérés comme « territoires perdus » et de la situation des 1,5 million de déplacés internes, majoritairement des femmes et des enfants, une priorité nationale absolue. À court terme, il devra les reconnaître comme des victimes majeures de l’effondrement sécuritaire et institutionnel, leur garantir protection et réparation, à l’aide d’un statut juridique particulier, un mécanisme d’indemnisation financé en partie par la saisie des avoirs des gangs et des personnes sanctionnées, et un programme de réinstallation dans des environnements sécuritaires, tout en respectant la dignité des bénéficiaires. À long terme, l’État devra reconstruire les quartiers et les villes ravagés par les assauts et les sièges des gangs armés, à travers un chantier national basé sur une replanification urbaine, un resserrement du cadastre, de nouvelles règles de construction, la fourniture de services publics essentiels et des infrastructures urbaines soutenables, tout en mobilisant massivement les jeunes et les déplacés dans la conception et la mise en œuvre des travaux publics.
Comment y parvenir dans un monde en pleine ébullition, où les grandes puissances contemporaines s’affrontent violemment pour le contrôle des ressources et la redistribution du pouvoir, parfois en violant les principes et valeurs qu’elles ont longtemps promus comme universels ? Comment réaliser un tel exploit dans un monde dominé par le crime organisé transnational, le marché de l’insécurité approvisionné par le complexe militaro-industriel, le business de l’humanitaire, le trafic de stupéfiants, la traite et le commerce d’organes humains ? Ce défi de taille ressemble étrangement à celui auquel ont été confrontés nos ancêtres en 1802-1803.
L’année 2026 sera celle de tous les dangers, mais aussi de toutes les opportunités. Face aux pays les plus puissants qui continueront de concevoir la politique en termes de rapport de force, les plus faibles comme Haïti seront condamnés à l’appréhender sous l’angle de rapport d’intelligence impliquant imagination et créativité. En publiant le Manifeste de la refondation de l’État-nation (Marena), le Mouvement haïtien de sauvetage national (Mohsana) s’inscrit dans la logique du combat asymétrique pouvant permettre à des pays périphériques comme le nôtre de ne pas être balayés par le déplacement des plaques tectoniques engendré par la lutte entre l’Ancien Ordre mondial moribond et le Nouvel Ordre mondial en gestation.
Dans cette optique, le Mohsana réitère son appel général à la mobilisation collective pour transcender les différences de classe sociale, de couleur et de genre, de même que les clivages religieux, idéologiques et politiques, pour relever, collectivement, le défi de la refondation de l’État-nation. D’où la proposition de solutions concrètes pour un sauvetage national fondé sur la prospérité pour tous, la souveraineté, la solidarité, l’État de droit, la bonne gouvernance et la participation citoyenne. Ce dénouement passe obligatoirement par le renvoi de l’administration CPT-Fils-Aimé et son remplacement par une administration technocratique, politiquement neutre, intègre et patriotique, placée sous la surveillance d’un comité de contrôle et de suivi, représentatif des dix départements géographiques du pays et de la diaspora. Tels sont les vœux du Mohsana au peuple haïtien pour l’année 2026.
Bon combat aux Haïtiennes et aux Haïtiens de l’intérieur et de la diaspora !
Bonne Coupe du monde !
Pour le Comité exécutif du Mohsana
Francklin Benjamin
Nancy Edouard
Roberson Edouard
Sauveur Pierre Étienne
Jean-Hérald Legagneur
Gepsie Metellus
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