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Haïti – 1er mai : Célébration officielle et crispations sociales autour des salaires et du coût de la vie

Entre reconnaissance officielle et montée des revendications sociales, la fête du travail met en relief les fractures économiques et sociales qui traversent Haïti, sur fond de crise prolongée.

Par Gotson Pierre

P-au-P., 1er mai 2026 [AlterPresse] --- La célébration de la Fête nationale de l’agriculture et du travail s’est déroulée, ce vendredi 1er mai 2026, dans un contexte de fortes tensions sociales en Haïti, marqué par une intensification des mobilisations ouvrières et une dégradation continue des conditions de vie, observe AlterPresse.

Lors de la cérémonie officielle, organisée sous l’autorité du Premier ministre Alix Didier Fils-Aimé, le gouvernement a réaffirmé son engagement en faveur de la souveraineté nationale, de la valorisation du travail et de la relance de la production locale.

Des plaques d’honneur et de mérite ont été décernées à des agriculteurs venus de différentes régions du pays, en reconnaissance de leur contribution à la sécurité alimentaire et à la résilience de l’économie nationale.

Dans la même dynamique, deux artisans ainsi qu’une entreprise du secteur artisanal ont été distingués, sur désignation du Ministère des affaires sociales et du travail (Mast).

Les interventions des récipiendaires ont mis en avant la nécessité d’un accompagnement soutenu de l’État, afin de transformer les secteurs agricole et artisanal en moteurs durables de croissance.

Le gouvernement a, pour sa part, évoqué un « signal clair » en faveur d’un redressement national fondé sur le travail, la production et le savoir-faire local, appelant à une mobilisation collective autour d’un nouveau pacte social.

Une cérémonie officielle sur fond de revendications sociales

Cette séquence institutionnelle intervient toutefois dans un climat de contestation persistante, alimentée par la cherté de la vie et l’insuffisance des revenus.

Depuis la mi-avril 2026, plusieurs mouvements de grève et de protestation ont été enregistrés, notamment dans le secteur industriel.

À Ouanaminthe, la Compagnie de développement industriel (Codevi), qui emploie environ 18,000 ouvrières et ouvriers dans la sous-traitance textile, a suspendu temporairement ses activités après des mobilisations syndicales réclamant un salaire minimum journalier de 3,000.00 gourdes (Ndlr : US $ 1.00 = 135.00 gourdes ; 1 euro = 154.00 gourdes ; 1 dollar canadien = 97.00 ourdes ; 1 peso dominicain = 2.40 gourdes aujourd’hui).

Les syndicats soulignent que le salaire actuel, estimé en moyenne à 685 gourdes par jour, reste inférieur au prix d’un gallon de carburant, désormais compris entre 725.00 et 950.00 gourdes selon les régions, illustrant une perte significative du pouvoir d’achat.

À Port-au-Prince, des ouvrières et ouvriers de la Société nationale des parcs industriels (Sonapi) ont manifesté, le 29 avril, 2026 pour exiger une revalorisation salariale et des mesures sociales concrètes.

Ces revendications prolongent les mobilisations engagées depuis 2025, restées sans réponse effective, malgré la transmission d’un rapport du Conseil supérieur des salaires (Css) aux autorités.

La contestation touche également d’autres secteurs. Au Cap-Haïtien, des employés contractuels de l’hôpital Justinien ont bloqué l’accès à l’établissement le 27 avril 2026, pour exiger le paiement de quinze mois d’arriérés de salaire.

Hausse du carburant et pression accrue sur les ménages

Ces tensions sociales font suite à une augmentation significative des prix des produits pétroliers, entrée en vigueur au début du mois d’avril 2026. Le gallon de gazoline est passé de 560.00 à 725.00 gourdes, celui du diesel de 620.00 à 850.00 gourdes, et celui du kérosène de 615.00 à 845.00 gourdes.

Cette décision suscite de vives critiques des organisations syndicales, qui y voient un facteur aggravant de la précarité et de l’inflation.

Plusieurs centrales, dont la Centrale nationale des ouvrières et ouvriers haïtiens (Cnoha) et la Centrale autonome des travailleuses et travailleurs haïtiens (Cath), appellent à une révision de la politique économique.

Elles réclament notamment une augmentation substantielle du salaire minimum, la mise en place de subventions sociales durables, ainsi qu’une réduction des coûts liés au transport, au logement et aux services de santé.

Elles dénoncent également l’absence de suivi des recommandations du Conseil supérieur des salaires, près d’un an après leur transmission au gouvernement.

Dans ce contexte, la commémoration du 1er mai met en évidence un décalage marqué entre les discours officiels axés sur la valorisation du travail et les réalités économiques auxquelles font face la majorité des travailleuses et travailleurs en Haïti.

Ces derniers sont confrontés à une érosion continue de leurs conditions de vie, sur fond de crise humanitaire et sécuritaire sans précédent, alors que plus de la moitié de la population demeure en situation d’insécurité alimentaire. [gp apr 01/05/2026 13 :00]

MÉMOIRE D’ALTERPRESSE


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