La capture de Nicolás Maduro à New York et son inculpation pour narcoterrorisme révèlent une bataille géopolitique bien plus vaste que le seul cadre judiciaire, selon Michel Legros, auteur de cette tribune. Derrière les accusations, se joue un affrontement stratégique autour du contrôle du dollar et de la souveraineté financière du Venezuela.
Tribune
Par Michel Legros*
Soumis à AlterPresse le 29 janvier 2026
Nicolás Maduro a franchi la ligne rouge pour Washington en défiant l’hégémonie du dollar. Le Venezuela a cherché à contourner les sanctions et à diversifier ses partenaires, surtout la Chine.
Alors on va l’accuser de narcoterrorisme et de trafic de drogue. Il est présenté comme le chef du Cartel de los Soles. Avec sa femme Cilia Flores, il est capturé le 3 janvier 2026 et transféré à New York. Tous deux ont plaidé non coupables.
Deux neveux de Cilia Flores, condamnés en 2016 pour trafic de drogue, ont servi à renforcer le lien présumé entre le régime et le narcotrafic, même si ces affaires n’ont aucun rapport avec la responsabilité personnelle de Nicolás Maduro et de son épouse.
Delcy Rodríguez, vice-présidente et ancienne ministre du Pétrole et des Finances, a parfaitement compris le message et a engagé des négociations.
Un accord s’est conclu, rappelant le pacte historique de Roosevelt avec Ibn Saoud : à cette différence près que l’un avait négocié en roi, l’autre sous contrainte. Le Venezuela s’insère désormais dans un nouvel ordre pétrolier sous influence américaine, visant à restaurer la production et l’exportation, et à aligner Caracas sur les mécanismes fixés par Washington. Delcy Rodríguez annonce l’ouverture du secteur pétrolier aux investissements étrangers et la signature d’accords énergétiques.
La vraie interrogation n’est pas à qui l’on vend le pétrole, mais dans quelle monnaie il est payé. Chaque baril réglé en yuans affaiblit le dollar, pilier de la puissance américaine. Aujourd’hui, les Américains vendent eux-mêmes le pétrole vénézuélien à la Chine et sont même disposés à en augmenter les volumes.
Les recettes de ces ventes, après prélèvements bien sûr, sont consignées au Qatar au nom de l’État vénézuélien.
Reste la grande question : dans quelle monnaie les Chinois paient-ils la facture - en dollars ou en yuans ?
Le problème avec Maduro n’a jamais été idéologique ni lié aux droits humains, ni à une fraude électorale ; sinon le pouvoir aurait été remis à Edmundo González, candidat reconnu par plusieurs gouvernements, dont celui des Etats-Unis.
Saddam Hussein et Mouammar Kadhafi ont été tués après avoir défié la domination du dollar. L’Irak et la Libye ont été détruits. Le Venezuela, lui, a jusqu’à présent été épargné, en dehors de quelques bombardements ciblés sur Caracas. Nicolás Maduro n’a pas été exécuté : il a été capturé et inculpé aux États-Unis pour trafic de drogue et narcoterrorisme.
La charge de narcotrafic a évolué : le Cartel de los Soles n’est plus présenté comme un cartel structuré, mais comme un réseau de corruption et de clientélisme lié au narcotrafic.
Dommage qu’on ne puisse pas l’inculper pour avoir osé défier le dollar, même si c’est bien là le véritable crime. Imaginez la scène au tribunal : « Votre Honneur, il vendait son pétrole en yuans ! »
Mohammed ben Salmane va-t-il comprendre la leçon ? À plusieurs reprises, l’Arabie saoudite a été tentée d’accepter le yuan pour certaines ventes de pétrole. « Lè bab kamarad ou pran dife, mete pa w a la tranp ». En ďautres termes, lorsque la barbe du voisin brûle, mieux vaut tremper la sienne.
On y reviendra.
*Analyste politique
Contact : sitwayenpourespekonstitisyon@gmail.com
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