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Genre : 43 organisations du grand Nord d’Haïti dénoncent la nomination d’un homme à la direction générale du Ministère à la condition féminine

La Plateforme genre Nord-Est (Pgne), accompagnée d’organisations féministes et féminines du grand Nord, condamne la nomination d’Hermanex Gonzague Désir comme directeur général du Ministère à la condition féminine et aux droits des femmes, après la révocation de Sandy François. Elles dénoncent une décision contraire aux engagements constitutionnels et internationaux d’Haïti en matière d’égalité de genre et réclament la nomination d’une femme compétente à ce poste stratégique.

Transmis à AlterPresse le 12 mai 2026

Note de dénonciation et de plaidoyer

Ouanaminthe le 12 mai 2026

La Plateforme genre Nord-Est (Pgne), accompagnée des organisations féministes et féminines du grand Nord, dénonce avec la plus grande fermeté la nomination de Hermanex Gonzague Désir au poste de Directeur général du Ministère à la condition féminine et aux droits des femmes (Mcfdf), après la révocation de Sandy François, une femme de carrière, compétente et engagée.

Cette décision, prise sous l’administration du premier ministre Alix Didier Fils-Aimé, avec l’appui de la ministre à la condition féminine, Pedrica Saint-Jean, constitue une profonde contradiction entre les discours officiels sur l’autonomisation des femmes et les actions concrètes posées par les autorités.

Après les multiples slogans tels que : « Il n’y a pas de démocratie sans les femmes », les nombreuses conférences internationales, ateliers, campagnes de sensibilisation et déclarations publiques en faveur de l’égalité de genre, la réalité démontre qu’en pratique, même le quota minimum de femmes dans les espaces de décision n’est pas respecté.

Aujourd’hui encore, les femmes continuent d’être marginalisées dans les sphères de pouvoir et de gouvernance.

Cette décision envoie un signal extrêmement négatif aux femmes haïtiennes et porte atteinte aux luttes historiques, menées depuis des décennies pour une représentation équitable dans l’administration publique.

Nous rappelons que le Ministère à la condition féminine et aux droits des femmes joue un rôle central dans la promotion, la protection et le renforcement de la participation politique, économique et administrative des femmes dans le pays.

Il ne suffit pas de participer à des rencontres nationales ou internationales, ni de publier des photos officielles. Il est essentiel de poser des actions concrètes, qui démontrent un véritable engagement envers les droits des femmes.

Cela inclut :

Vérifier réellement la participation des femmes dans les institutions publiques à tous les niveaux ;

Surveiller strictement l’application du quota minimum et rappeler que ce quota n’est pas un plafond ;

En tant que ministère transversal, mener des études sur les Violences basées sur le genre (Vbg), la pauvreté et la vulnérabilité des femmes ;

Organiser des groupes de discussion avec les organisations de femmes, sans favoritisme ni logique de clan, pour connaître leurs besoins réels ;

Proposer aux autres ministères des mesures concrètes, afin de répondre à ces besoins.

Le véritable engagement ne se mesure pas seulement par des déclarations ou des apparitions publiques, mais par des actions effectives et mesurables, qui améliorent la vie des femmes au quotidien.

Les organisations de femmes, qui travaillent quotidiennement sur le terrain auprès des femmes victimes de violences, des jeunes filles vulnérables, des femmes migrantes déportées /déplacées et des communautés marginalisées, attendent des autorités des décisions cohérentes avec les principes d’égalité et de justice sociale.

Cette nomination constitue également une atteinte grave aux principes consacrés par la Constitution amendée de 1987. En effet, l’article 17.1 stipule clairement que le principe du quota d’au moins trente pour cent (30 %) de femmes doit être appliqué à tous les niveaux de la vie nationale, notamment dans les services publics.

Or, sur dix-huit (18) postes de directions générales dans l’administration publique, seules trois (3) femmes occupent actuellement ces fonctions.

Écarter une femme compétente, au profit d’un homme, dans une institution créée précisément pour défendre les droits des femmes représente un recul majeur pour la démocratie et pour la participation politique des femmes haïtiennes.

Par ailleurs, Haïti est signataire de plusieurs conventions et engagements internationaux relatifs aux droits des femmes et à l’égalité de genre, notamment :

la Convention sur l’élimination de toutes les formes de discrimination à l’égard des femmes (Cedef/Cedaw) ;

la Convention de Belém do Pará sur la prévention et l’élimination des violences faites aux femmes ;

ainsi que les Objectifs de développement durable (Odd), particulièrement l’Odd 5 portant sur l’égalité des sexes et l’autonomisation des femmes.

Ces engagements obligent l’État haïtien à adopter des mesures concrètes garantissant la représentation et la participation effective des femmes dans les espaces de décision.

Face à cette situation, la Plateforme genre Nord-Est (Pgne) et les organisations féministes et féminines du grand Nord demandent officiellement au premier ministre de revenir sur cette décision et de maintenir Sandy François dans son poste ou de de procéder à la nomination d’une autre femme compétente, qualifiée et engagée au poste de Directrice générale du Ministère à la condition féminine et aux droits des femmes.

Cette institution doit être dirigée dans le respect des revendications historiques des femmes haïtiennes, des principes d’égalité, ainsi que des engagements constitutionnels et internationaux de l’État haïtien. Les femmes réclament, non seulement des discours de soutien, mais des actions concrètes démontrant une réelle volonté politique de renforcer leur participation dans les espaces de décision.

La Plateforme genre Nord-Est (Pgne), aux côtés des organisations féministes et féminines du grand Nord, continuera à élever la voix pour exiger :

- le respect du quota constitutionnel des femmes ;

- une représentation réelle des femmes dans les espaces décisionnels ;

- des politiques publiques cohérentes avec les engagements nationaux et internationaux d’Haïti ;

- et une autre manière de gouverner le pays, à l’image des sociétés où l’égalité de genre et la participation des femmes sont véritablement prises au sérieux.

Les femmes restent mobilisées. Cette décision ne passera pas sous silence.

Signataires :

1. Sophia Lynn Calixte, Plateforme genre du Centre (Pgc)
2- Mosielle Petit Homme, Fédération des femmes solidaires du Centre (Fofsoc)
3- Louisette Vertilus, Plateforme des femmes organisées pour le développement de l’Artibonite (Plafoda)
4- Sylvanie Bureau, Rezo Fanm Momben Kwochi (Refamok)
5- Eunide Innocent, Plateforme des organisations de femmes haïtiennes pour le développement (Pophad), ancienne titulaire du Mcfdf
6- Edwine Blaise, AJIFEMMES
7- Mombetha Cherenfant, Association citoyenne pour la défense des droits des femmes (Acddf)
8- Fania Finfin, Groupe féministe Revolte d’Haiti (Gfrd)
9- Wideline Cameus, Rasanbleman Madan Sara (Ramsa Nord-Est)
10- Darline Cap, Asosyasyon Fanm Solèy d Ayiti (Afasda Fort-Liberté)
11- Roselène Pierre, Rassemblement des femmes engagées de Ouanaminthe (Rfeo)
12- Patricia Paul, Asosiyasyon Fanm Guiya (Afg)
13- Stecie Guerrier, Entr’Elles Haití
14- Wulande Dieudonné, Fanm An Rejyon
15- Solange Saturne, Mouvement des femmes pour le progrès et l’avancement du Nord-Ouest (Mofapno)
16- Joseph Marie Ronie, Rasanbleman Fanm Angaje Wanament (Rfaw)
17- Liza Delien, Solidarité pour l’éducation et la sante des enfants du Nord Est (Sesene)
18- Mimose Meus Gaston, Rasambleman Fanm Riral Sant (Rafaris)
19- Kendie Charles, Association des jeunes filles entrepreneures des petites et moyennes entreprises du Centre (Ajefepmec)
20- Eliana Lafleur, Organisation Fanm Solèy Dos Palais (Ofsdp)
21- Marieline Edouard, Gwoupman Fanm Peyizan Gascogne
22- Fredeline Dorival, Femmes en action pour le développement de Port Margot (Fadep)
23- Berlissa Charles, Réseau des femmes organisées d’Haïti (Refoha)
24- Judith Pierre, Réseau des cadres professionnelles d’Haïti (Recaph)
25- Ritha Louis, Rasanbleman Fanm Haut-du Cap (Rfha)
26- Judette Semeha, Asosyasyon Fanm Gwayal (Afg)
27- Elvire Louis, Asosyasyon Fanm Lascahobas (Afl)
28- Solange Charles, Mouvman Fanm Peyizàn Moren (Mfpm)
29- Danise Sinelong, Gwoupman Fanm Savanèt (Gfs)
30- Dieumathe Morange, Mouvman Fanm Lonsy (Mfl)
31- Maguy Joseph, Réseau des femmes actives pour le développement de Trou du Nord (Refadet)
32- Rosenie Jean-Marie, Oganizasyon fanm Peyizan Minyè (Ofpm)
33- Marie Lourdes Charles, Mouvman Fanm Mengo (Mfm)
34- Marie Thérèse Joacinvil, Oganizasyon Fanm Gaya (Ofg)
35- Rose Carmelle Feurant, Réseau des femmes frontalières de Ouanaminthe (Rffo) 36- Alta Prophète, Oganizasyon Fanm Peyizan Wanament (Ofpw)
37- Nathalie Jean Simon, Rasanbleman fanm solidè pou pwomosyon dwa fanm ak ti fi (Rasfanm Prodffa)
38- Renette Calixte, Organisation Femmes en Lutte Ouanaminthe (Oflco)
39- Venise Phanor, Asosyasyon Fanm Gwoswòch (Afag)
40- Mariette Bazile, Kowòdinasyon òganizasyon ak devlopman ekonomik dirab Valyè (Kodev)
41- Hermelyne Pierre, Tèt Kole fanm Wanament (Tkfw)
42- Nadège Joachim, Rezo fanm ak ti fi Kapoti (Refak)
43- Faleine Mondésir, Groupe de Femmes Espoir de Baie de Henne (Gfebh)

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