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« Force et dialogue » et/ou mécanismes judiciaires pour limiter les violences des gangs en Haïti ?

Par Charilien Jeanvil

P-au-P., 15 nov. 2024 [AlterPresse] --- Face aux attaques incessantes des gangs armés sur la population dans plusieurs quartiers de la zone métropolitaine de Port-au-Prince, générant le déplacement forcé de plusieurs milliers de personnes et la fermeture de l’aéroport international Toussaint Louverture, Clarens Renois suggère à l’État d’utiliser la stratégie de la force et du dialogue pour résoudre le problème de la criminalité.

Pour le coordonnateur du parti Union nationale pour l’intégrité et la réconciliation (Unir), l’État doit aborder ce problème de deux (2) manières, par la force et le dialogue, par le dialogue et la force.

« C’est un binôme » a assuré Clarens Renois lors d’une intervention a l’émission FwoteLide sur AlterRadio 106.1 FM et en ligne le 12 novembre 2024, suivie par AlterPresse.

« Seuls les commissaires de gouvernement sont habilités à « dialoguer » avec les gangs, a prévenu Me. Camille Leblanc, ancien ministre de la justice et de la sécurité publique en Haïti, à l’émission TiChèzBa d’AlterRadio, citée dans un article paru sur AlterPresse le 15 juillet 2024.

« C’est à eux, jouant le rôle de procureurs, que la société confie cette mission », précise-t-il, soulignant que le ‘dialogue’ dont il s’agit ici constitue une étape initiale de tout processus d’enquête sur les crimes commis par les gangs contre la population au cours des dernières années’ ».

Le juriste Jacques Letang, président de la Fédération des barreaux d’Haïti (Fbh), a pour sa part prôné, en mars dernier, l’approche de la « justice transitionnelle », face aux traumatismes causés par les violences armées qui ont fait des milliers de morts et blessés en Haïti durant les dernières années, à l’émission TiChèzBa d’AlterRadio.

C’est le moment de mettre en place en Haïti des mécanismes de justice transitionnelle en tant que « justice de rupture », car l’État s’est effondré, a soutenu Me. Letang, qui a souligné combien « il est opportun d’établir une Commission de vérité, de réconciliation ou de justice, qui permettra de réparer les torts commis et de châtier les auteurs de crimes, dans un souci de pacification de la société. »



Le climat sécuritaire s’est encore plus détérioré lundi 11 novembre dans la capitale haïtienne, après que le Conseil présidentiel de transition (Cpt) a choisi Alix Didier Fils-Aimé comme Premier ministre, suite à une résolution en date du 8 novembre, publiée dans le journal officiel Le Moniteur.

Port-au-Prince et ses environs sont sous tension. Les bandits lourdement armés de la coalition Viv Ansanm sont déchainés.

Les quartiers de Delmas, Solino, Vivy Mitchell, Tabarre, Pernier ont été la cible de nouvelles attaques. Plusieurs victimes par balles ont été recensées, selon des témoignages parvenus à la rédaction d’AlterPresse.

Des milliers de personnes ont fui leurs domiciles. Les établissements scolaires et de nombreuses institutions ont fermé leurs portes.

Un membre du personnel de bord d’un avion Spirit Airlines a été blessé par balles. L’appareil a reçu plusieurs projectiles. Un avion JetBlue a aussi été attaqué.

Les compagnies aériennes américaines ont, du coup, été interdites de voler vers Haïti par l’administration fédérale de l’Aviation des États-Unis d’Amérique pendant au moins un mois.

De son côté, l’Association internationale du transport aérien a fermement condamné les attaques contre des avions civils en Haïti et recommandé aux autorités haïtiennes d’adopter des mesures urgentes pour rassurer le secteur aérien.

Clarens Renois déplore la fermeture de l’aéroport international Toussaint Louverture.

« C’est un double isolement du pays », a analysé le dirigeant d’Unir, soulignant combien le pays était déjà isolé à l’interne.

« Cela revêt un impact considérable sur l’économie locale et entrave le fonctionnement normal du pays », a-t-il regretté.

Pour Clarens Renois, Haïti doit sortir de cet isolement.

L’État doit reprendre le contrôle des points stratégiques du pays, dans ce contexte de l’arrivée du nouveau premier ministre, qui coïncide avec la résurgence des brutalités des gangs dans les quartiers populaires.

Gouvernement d’union nationale

Face à l’aggravation de la situation sociopolitique, il est difficile d’entrevoir le changement. Le coordonnateur du parti politique Unir (membre du Collectif des partis politiques du 30 janvier 2023) prône une prise de conscience des protagonistes politiques et appelle à un gouvernement d’union nationale, regroupant des techniciens affiliés à des partis politiques.

La solution proposée pour réussir la transition passe, selon lui, par la réduction du Conseil présidentiel de transition de 9 à 3 membres, arguant combien, historiquement, la formule collégiale ne marche pas en Haïti.

Il invite le Cpt à faire le ménage en son sein en écartant les trois conseillers, inculpés dans le scandale de corruption de la Banque nationale de crédit (Bnc), ainsi que les deux observateurs, « qui n’ont jamais produit aucune observation ». C’est important pour le Cpt de soigner son image, de restaurer sa crédibilité et la confiance, auprès de la population. Le responsable politique dénonce également la distorsion entre les membres du Cpt et les partis politiques, souhaitant un rapprochement.

Clarens Renois se dit ouvert à un ajustement de l’accord du 3 avril 2024, régissant la transition, faisant remarquer combien il est impossible d’organiser des élections générales dans le pays aux échéances fixées (fin 2025).

Il appelle à la mise en place de mécanismes permettant au pays de sortir de la tradition de pouvoir de transition. « Mais il faut prendre le temps d’évaluer, d’analyser et de proposer de meilleures solutions pour empêcher les dérives au sein des institutions », a-t-il nuancé. [cj apr 15/11/2024 16:28]

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