Par Marie Farah Fortuné et Charilien Jeanvil
P-au-P, 10 août 2025 [AlterPresse] — La footballeuse internationale haïtienne de l’OL Lyonnes, Melchie Daëlle Dumornay, 21 ans (elle naquit le 17 août 2003 à Mirebalais / Plateau central, Haïti) figure parmi les 30 joueuses nommées pour le Ballon d’or féminin 2025, devenant ainsi la première Haïtienne à être nominée pour ce prestigieux prix, selon les informations rassemblées par l’agence en ligne AlterPresse.
La distinction sera remise à la lauréate le 22 septembre 2025, au cours d’une cérémonie prévue au Théâtre du Châtelet, à Paris, en France, apprend AlterPresse.
Championne de France, Melchie a brillé lors de la saison 2024-2025, cumulant 26 buts et 9 passes décisives en 36 rencontres.
Jusqu’ici, aucun.e athlète d’origine haïtienne, homme ou femme, n’avait été désigné.e pour la plus grande distinction individuelle de l’histoire du ballon rond, décernée par le magazine France Football.
Une trajectoire éclatante
Melchie Dumornay est née à Mirebalais, dans le département du Plateau central, en Haïti, le 17 août 2003.
Très vite, sa passion pour le football s’est révélée, en jouant avec des garçons de son quartier. Elle a été repérée par la Fédération haïtienne de football (Fhf) lors d’un stage, tapant dans l’œil des détecteurs de talents grâce à ses prouesses techniques et à son endurance, malgré sa petite taille.
De l’Académie Camp Nou au ranch de la Croix-des-Bouquets (municipalité située au nord-est de Port-au-Prince), Melchie Dumornay, surnommée Corventina, a intégré l’équipe première de l’AS Tigresses à seulement 14 ans.
Elle a surclassé ses concurrentes — bien plus âgées qu’elle — dans le championnat national féminin de D1, en étant sacrée meilleure joueuse et meilleure buteuse à 15 ans.
Avec l’équipe nationale U15, elle a survolé le championnat de la Conédération de football d’Amérique du Nord, d’Amérique centrale et des Caraïbes (Concacaf), remportant le Ballon d’or de ce tournoi juvénile.
Elle a poursuivi sa trajectoire remarquable dans les autres catégories de la sélection.
Après une qualification historique pour une nation caribéenne — héroïque victoire d’Haïti face au Canada pour la Coupe du monde Fifa U20 — elle a marqué de son empreinte la phase finale de la compétition en France en 2018.
Cinq ans plus tard, elle a qualifié Haïti pour sa première Coupe du monde Fifa dames (catégorie senior), en inscrivant un superbe doublé face à la sélection du Chili (2-1).
Entre-temps, elle gravit avec brio les échelons en club, en s’engageant avec le Stade de Reims, avant de rejoindre l’Olympique Lyonnais (actuelle OL Lyonnes), grâce à des performances extraordinaires.
Melchie Dumornay n’a pas eu besoin de temps d’adaptation au club rhodanien, devenant rapidement une pièce maîtresse des succès de ses coéquipières, au point d’être désignée meilleure jeune joueuse de la Ligue des championnes de l’Union des associations européennes de football (Uefa) après avoir atteint la finale.
Sa nomination parmi les postulantes pour le Ballon d’or féminin 2025, aux côtés notamment de la légende brésilienne Marta, six fois élue meilleure joueuse de la Fifa, sonne comme une consécration au plus haut niveau.
Melchie Daëlle Dumornay a également été élue, le 24 octobre 2024, Joueuse de l’année 2023/2024 de la Concacaf, l’entité organisant le football en Amérique du Nord, Amérique centrale et Caraïbes.
Bien que freinée par une blessure, qui l’a éloignée des terrains plusieurs mois, elle avait inscrit 9 buts en 20 matches, remporté deux trophées nationaux avec l’équipe lyonnaise et atteint la finale de la Ligue des championnes féminine de l’Uefa, perdue face à l’équipe barcelonaise.
Elle est devenue la première Haïtienne à remporter le prix de Joueuse féminine de l’année de la Concacaf et la deuxième joueuse caribéenne à l’obtenir, après la Jamaïcaine Khadija Shaw, pensionnaire de Manchester City.
Ce sacre, couronnant sa magnifique ascension, provient de sa détermination et de son talent inné, avait salué l’ancien sénateur Patrice Dumont, lors d’une intervention à l’émission FwoteLide sur AlterRadio, suivie par AlterPresse.
« Ce résultat est la combinaison du talent, de l’effort et de la conscience professionnelle », avait renchéri l’ancien chroniqueur sportif chevronné, admiratif de l’intelligence, du sens de la responsabilité et de la reconnaissance dont fait preuve la jeune joueuse.
L’ancien chroniqueur sportif adoube la jeune crack, non seulement pour son génie, mais aussi pour son engagement concret en faveur du développement du football en Haïti.
« Le défunt coach Wilner Lamarre serait fier de Corventina, qu’il a dirigée à ses débuts », avait déclaré Patrice Dumont, qui, en 2018, avait reçu Melchie Dumornay et l’équipe nationale U20 au sénat de la république.
Patrice Dumont, également entraîneur de sport, avait foi en Melchie, confiant qu’elle dispose du potentiel pour se classer parmi les cinq meilleures joueuses mondiales, se basant sur sa qualité naturelle exceptionnelle et son esprit de sacrifice.
Le symbole d’une politique sportive à poursuivre ?
Melchie Daëlle Dumornay incarne l’espoir du football haïtien. Toutefois, l’ancien parlementaire reste perplexe quant à la possibilité de dénicher d’autres talents dans d’autres domaines, tant qu’Haïti ne met pas en place de véritable politique d’encadrement des enfants et de la jeunesse.
Il réclame des mesures favorisant le développement socio-économique du pays, rappelant combien Haïti a la mauvaise réputation de ne pas assez valoriser, gérer ou encore découvrir ses potentialités et ses ressources.
Patrice Dumont déplore un manque de méthode et d’engagement du gouvernement et du secteur privé, prônant un partenariat Société–État.
Il insiste sur la nécessité d’une politique nationale du sport, encourageant un soutien efficace aux fédérations sportives, pour permettre la pratique du sport, dont le football.
Il plaide pour une utilisation efficace et rationnelle des fonds publics, qui doivent, selon lui, être investis dans des projets sérieux et bénéfiques pour la jeunesse.
Le développement du sport, souligne-t-il, passe par les fédérations, les écoles et les centres de formation.
Il appelle au retour des manifestations sportives avec une forte participation des jeunes.
« Il faut des activités dans toutes les villes du pays, à l’intention des petites filles et des petits garçons », suggère le professeur Patrice Dumont.
Il reconnaît toutefois combien la crise multidimensionnelle que traverse Haïti — marquée par les violences des gangs, la mauvaise gouvernance et l’instabilité institutionnelle — affecte gravement la pratique du football et des autres disciplines sportives dans le pays. [cj mff gp 08/08/2025 18:10]
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