Par Charilien Jeanvil
P-au-P, 28 avril 2025 [AlterPresse] --- La prolifération des groupes armés continue d’inquiéter en Haïti. L’avancée rapide des gangs dans les départements de l’Ouest, de l’Artibonite (Nord) et du Plateau Central (Nord-Est) fait craindre une extension de la de la terreur et d’autres violences vers d’autres départements géographiques du pays, observe AlterPresse.
Dans plusieurs grandes villes, administrations communales et ministères publics s’activent en prévention. Objectif : freiner l’expansion des gangs et protéger la population.
Cap-Haïtien : Mise en place d’un Conseil de sécurité municipal
Le 8 avril 2025, l’administration communale du Cap-Haïtien (Nord) a lancé un Conseil de sécurité municipal (CsmCap). Cette structure rassemble des représentants de la mairie, du parquet, de la vice-délégation, de la Police nationale, ainsi que des responsables de Conseils et Assemblées de sections communales (Casec, Asec) et des membres de la société civile.
Le CsmCap vise à renforcer la coordination des forces engagées contre l’insécurité. Son rôle : réfléchir, proposer des stratégies et anticiper toute tentative d’attaque sur la ville du Cap-Haïtien et les 18 autres communes du département du Nord, a expliqué Nelson Deshommes, porte-parole de la mairie, lors d’une intervention à l’émission FwoteLide sur la station privée AlterRadio.
Des recommandations ont déjà été formulées. Des cellules de renseignements ont été créées, et des démarches sont en cours pour mieux équiper les agents municipaux, notamment en moyens de mobilité. Ces agents de sécurité, dûment habilités, pourront être armés dans le respect de la loi.
Toutes les actions du Conseil seront menées en accord avec la Police nationale et l’Armée, assure Nelson Deshommes.
Par ailleurs, le CsmCap travaille avec les mairies environnantes pour instaurer un système d’enregistrement obligatoire pour toute nouvelle personne s’installant dans la zone. Les nouveaux arrivants doivent se présenter au Service départemental de la police judiciaire (Sdpj) et obtenir un certificat de provenance à la mairie.
Jacmel sur ses gardes
À Jacmel (Sud-Est) une approche similaire est adoptée. L’agente exécutive intérimaire, Lourdie César, a annoncé la réactivation du Conseil de sécurité municipal, existant depuis plusieurs années, mais resté inactif.
Composé de représentants de la mairie, de la Police nationale, de la justice, de la délégation départementale et d’autres services déconcentrés, ce conseil réfléchit sur les stratégies de défense de la ville contre d’éventuelles attaques, alors que la violence des gangs ravage le département voisin de l’Ouest.
Les dispositifs de sécurité ont été renforcés aux points d’entrée terrestres de Jacmel, notamment à Seguin, Dekouze et Marigot (proches de l’Ouest). Plusieurs opérations ont déjà abouti à des saisies d’armes et d’équipements suspects.
Face à l’arrivée de nombreuses personnes fuyant les violences, la mairie impose l’enregistrement obligatoire des nouveaux venus. Sans certificat de provenance, aucune location de logement n’est autorisée. Ceux qui ne sont pas munis de pièce d’identité doivent faire une déclaration de perte auprès du commissariat.
A rappeler que Jude Édouard Pierre, qui vient de remettre sa démission comme agent exécutif intérimaire de Carrefour (municipalité au sud de Port-au-Prince), a plaidé pour une meilleure intégration des communes dans la lutte contre l’insécurité.
Lors de son passage à FwoteLide, il a dénoncé l’exclusion des pouvoirs locaux par l’État central, affirmant que cet affaiblissement facilite l’infiltration des gangs dans les communautés.
Les Cayes : une réponse judiciaire et policière
Dans le Sud, les autorités passent à l’offensive. Aux Cayes, une vingtaine de suspects ont été arrêtés lors du week-end pascal, dans le cadre d’une opération conjointe entre la Police nationale et le parquet, a confirmé le commissaire du gouvernement, Éliotte Pierre-Paul.
Ces arrestations font suite aux alertes sur la présence de groupes lourdement armés à Tiburon et aux Anglais (extrême sud). Le commissaire affirme disposer d’éléments prouvant l’implication des suspects dans des activités criminelles. Des informations de suivi n’ont pas été communiquées.
Aux Cayes, une cellule de sécurité composée de neuf membres (Casec, Asec et responsables locaux) appuie désormais la police et le parquet dans la lutte contre l’insécurité. La collaboration est aussi renforcée avec d’autres juridictions, comme celles d’Aquin (Sud), Miragoâne (Nippes/Sud-Ouest), Léogâne et Petit-Goâve (Ouest), pour créer une synergie régionale contre les gangs.
Le commissaire Pierre-Paul appelle à une union entre parquet et population pour obtenir des résultats tangibles. « La réussite dépend du soutien citoyen », affirme-t-il.
Dans plusieurs zones du pays, des initiatives locales se multiplient pour tenter de contenir les avancées des gangs.
Mais face à une offensive de plus en plus organisée et violente, ces efforts, n’appelleraient-ils pas une coordination plus large, impliquant fortement l’État central ?
Le Conseil présidentiel de transition (Cpt), qui vient de boucler un an au pouvoir, est jugé totalement inefficace.
« Depuis une année (depuis avril 2024), le Cpt et son gouvernement symbolisent un pouvoir cupide et défaillant, un État en ruine », dénonce, dans un rapport, le Réseau national de défense des droits humains (Rnddh).
L’organisme fait état d’une absence totale de leadership, d’orientation, de vision et de projet de société.
Pendant l’année 2024, les violences de gangs ont fait plus de 5,600 morts en Haïti.
Plus d’un million de personnes sont désormais déplacées à l’intérieur d’Haïti, soit trois fois plus qu’il y a un an, selon l’Organisation des Nations unies (Onu). [cj gp apr 28/04/2025 21:00]
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