Washington, 05 juin 2025 [AlterPresse] --- Le président américain Donald Trump a signé, le mercredi 4 juin 2025, un décret interdisant l’entrée aux États-Unis d’Amérique à des ressortissantes et ressortissants de 12 pays, dont Haïti, l’Afghanistan et l’Iran, dans le but affiché de « protéger les Américaines et Américains contre des actrices et acteurs étrangers dangereux », rapportent plusieurs médias internationaux consultés par AlterPresse.
Sept (7) autres pays, dont Cuba et le Venezuela, sont également visés par des restrictions partielles.
Certaines exemptions sont toutefois prévues, notamment pour des athlètes participant à de grands événements sportifs, certaines resoortissantes et ressortissants afghan-e-s, ainsi que des personnes disposant d’une double nationalité, incluant un pays non concerné.
La liste complète des 12 pays visés comprend : l’Afghanistan, le Myanmar, le Tchad, la République du Congo, la Guinée équatoriale, l’Érythrée, Haïti, l’Iran, la Libye, la Somalie, le Soudan et le Yémen.
Cette proclamation fait écho à un décret similaire de 2017, durant le premier mandat de Trump, qui avait ciblé plusieurs pays à majorité musulmane.
Elle entrera en vigueur le lundi 9 juin 2025. Elle vient concrétiser une promesse de campagne, formulée lors de l’élection présidentielle de 2024. Elle devrait, néanmoins, faire l’objet de contestations judiciaires rapides, selon la BBC.
Contexte haïtien : Menace sécuritaire et désignation de groupes terroristes
Cette annonce intervient quelques semaines après que le Département d’État américain a officiellement désigné les gangs armés Viv Ansanm et Gran Grif comme organisations terroristes étrangères et terroristes mondiaux, dans une note signée le vendredi 2 mai 2025 par le secrétaire d’État Marco Rubio.
Selon Marco Rubio, ces gangs, qui constituent une menace directe pour la sécurité nationale des États-Unis dans la région, ont « tué et continuent d’attaquer la population haïtienne, les forces de sécurité haïtiennes et le personnel de la Mission multinationale d’appui à la sécurité (Mmas) ».
Haïti est terrassée, depuis quatre ans, par une crise multidimensionnelle, marquée par une insécurité, qui ne fait que s’aggraver, sous la poussée d’une offensive implacable de gangs armés dans plusieurs zones du pays, dont la zone métropolitaine de la capitale, Port-au-Prince, contrôlée à 80 % par les groupes criminels.
Dans ce contexte, la présence d’Haïti sur la liste des pays interdits suscite l’indignation chez de nombreuses Haïtiennes et de nombreux Haïtiens, note le journaliste Will Grant, correspondant de la BBC en Amérique latine.
Sous l’administration Biden, les États-Unis reconnaissaient tacitement leur rôle dans le soutien au leadership politique haïtien et dans les efforts transnationaux, visant à empêcher l’effondrement total de l’État. Les bénéficiaires gaïtiennes et haïtiens du Statut de protection temporaire (Tps) n’étaient alors pas menacés de renvoi vers leur pays en crise.
« Pour beaucoup, cela ressemblera à un coup, porté à un pays déjà à terre, un coup infligé par l’un de ses partenaires supposément les plus proches », écrit Grant.
Réactions politiques et critiques internationales
Plusieurs élus démocrates américains ont dénoncé cette décision.
« Cette interdiction, élargie à partir du Muslim Ban du premier mandat de Trump, ne fera qu’isoler davantage les États-Unis sur la scène internationale », affirme la députée Pramila Jayapal.
« Interdire un groupe entier de personnes, parce que vous êtes en désaccord avec la structure ou le fonctionnement de leur gouvernement, c’est blâmer les mauvaises personnes », poursuit-elle sur les réseaux sociaux.
Le représentant Don Beyer estime, lui, que Trump a « trahi » les idéaux des fondateurs américains : « l’usage par Trump des préjugés et de la bigoterie pour empêcher des personnes d’entrer aux États-Unis ne nous rend pas plus sûrs. Cela nous divise simplement et affaiblit notre leadership mondial ».
Des organisations de défense des droits humains ont également vivement critiqué cette mesure.
Amnesty International USA l’a qualifiée de « discriminatoire, raciste et carrément cruelle ».
« En ciblant des personnes en fonction de leur nationalité, cette interdiction ne fait que propager la désinformation et la haine », a-t-elle dénoncé sur X (anciennement Twitter).
Pour sa part, l’organisation Human Rights First a condamné cette proclamation comme « une nouvelle mesure anti-immigrés et punitive ». [gp apr 05/06/2025 00:40]
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