Par Charilien Jeanvil
P-au-P., 26 avril 2026 [AlterPresse] — Le Premier ministre, Alix Didier Fils-Aimé, est accusé de recourir à des manœuvres dilatoires afin de se maintenir au pouvoir, selon le parti politique Entente nationale, dirigé par l’ancien député de Cerca-Carvajal (Plateau central), Antoine Rodon Bien-Aimé.
Le différend opposant le gouvernement au Conseil électoral provisoire (Cep) autour du budget destiné à l’organisation des élections traduirait, d’après l’ancien parlementaire, une volonté manifeste de ralentir délibérément le processus électoral.
Cette déclaration a été faite lors de son intervention à l’émission FwoteLide, diffusée sur AlterRadio (106.1 FM et diverses plateformes numériques).
Dans une entrevue accordée au quotidien Le Nouvelliste, le chef du gouvernement a confirmé que le Cep avait soumis un budget de 250 millions de dollars américains pour la tenue des prochaines élections en Haïti.
Il juge ce montant excessif et affirme que cette position est également partagée par les bailleurs de fonds, estimant qu’un tel coût serait disproportionné pour une population d’environ 12 millions d’habitantes et d’habitants.
Toujours selon le journal, le Premier ministre a évoqué la mise en place d’un comité composé de représentants gouvernementaux et de bailleurs, chargé de proposer un budget plus raisonnable.
Le Conseil électoral provisoire (Cep) a annoncé, le 24 avril 2026, une réévaluation du budget des opérations électorales. Il indique également travailler à un calendrier remanié, attendu prochainement, dans un contexte marqué par le report récent de certaines étapes du processus.
À titre de comparaison historique, le budget alloué aux scrutins des 9 octobre 2016 et 8 janvier 2017 s’élevait à 48,438.097.00 dollars américains, contre une estimation initiale de 55 millions proposée par le Cep en fonction à l’époque.
Par ailleurs, les autorités haïtiennes n’avaient pas sollicité de financement extérieur, dans l’objectif affiché de nationaliser le processus électoral. La communauté internationale, notamment les États-Unis, s’était montrée réticente à soutenir financièrement ce processus après les irrégularités ayant entaché le scrutin de 2015.
Pour Antoine Rodon Bien-Aimé, l’étalage public de ce différend budgétaire est difficilement concevable et traduirait une volonté de gagner du temps.
Il déplore, plus largement, l’absence de volonté politique réelle d’organiser des élections crédibles en Haïti ces dernières années.
Il estime que cette posture s’inscrit dans la continuité de la décision gouvernementale de modifier, par arrêté du 24 mars 2026, la mission du Cep.
Selon lui, l’introduction d’un référendum dans le processus électoral pourrait en compromettre le déroulement.
Il accuse le Premier ministre de ne pas respecter son engagement de rétablir l’ordre démocratique, en entravant les actions du Cep.
« Il s’agit d’une équipe qui échoue à ses responsabilités, alors que la situation socio-économique de la population se détériore, notamment en raison de la hausse du prix des carburants et de la cherté de la vie », déplore-t-il.
Plusieurs structures politiques signataires du Pacte national pour la stabilité et l’organisation des élections appellent à une meilleure coordination entre le gouvernement et le Cep, afin de garantir la tenue de scrutins crédibles. C’est notamment le cas du Collectif des acteurs haïtiens pour le développement et l’organisation alternative (Cahdoa), qui rappelle la responsabilité de l’État dans la création de conditions propices à l’organisation des élections.
L’un de ses membres, Raphaël André, intervenant également à l’émission FwoteLide, a plaidé en faveur du rétablissement de la souveraineté nationale à travers un processus électoral permettant à la population de choisir librement et dignement ses représentantrd et représentants.
De son côté, le parti Organisation du peuple en lutte (Opl) appelle au retour des personnes déplacées dans leurs foyers ainsi qu’à la réouverture des axes routiers nationaux, conditions jugées essentielles à la tenue d’élections.
En effet, plus de 1,45 million de personnes sont actuellement déplacées à l’intérieur du pays en raison de la violence des groupes armés, tandis qu’environ 6,4 millions d’Haïtien.ne.s nécessitent une aide humanitaire en 2026.
L’Office national d’identification, une source d’inquiétude supplémentaire ?
Le parti Entente nationale exprime également de vives préoccupations quant à la disponibilité et à l’accessibilité de la carte d’identification nationale (Cin), unique document permettant aux citoyen.ne.s d’exercer leur droit de vote.
Antoine Rodon Bien-Aimé accuse l’Office national d’identification (Oni) de chercher à priver les citoyen.ne.s de ce document, les empêchant ainsi d’accomplir leur devoir civique.
Il dénonce une instrumentalisation politique de l’institution, visant à compromettre la transparence du processus électoral.
Il réclame, en conséquence, la démission du Premier ministre ainsi que celle du directeur général de l’Oni, jugés incapables, selon lui, d’accomplir leurs missions.
Le représentant spécial du Secrétaire général de l’Onu en Haïti et chef du Bureau intégré des Nations unies en Haïti (Binuh), Carlos Gabriel Ruiz Massieu, a souligné que l’organisation d’élections crédibles, le rétablissement de la sécurité et la restauration de l’État de droit constituent des piliers indispensables pour sortir le pays de la crise, lors de son intervention devant le Conseil de sécurité des Nations unies le jeudi 23 avril 2026. [cj gp 24/04/2026 17:50]
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Haïti : Une dynamique de survie dans un cycle de difficultés 10 novembre 2010




