P-au-P., 02 juillet 2026 [AlterPresse] ---Le Réseau Éducation Pour Tous (Rept) appelle l’État haïtien à engager des réformes structurelles pour garantir effectivement le droit à une éducation gratuite, conformément à la Constitution de 1987 et aux engagements internationaux du pays.
Cet appel est lancé à l’occasion de la présentation, le mardi 30 juin, du rapport de l’étude sur le droit et la gratuité de l’éducation en Haïti (2020-2024), à laquelle a assisté l’agence en ligne AlterPresse.
Présentant les résultats de cette recherche, le professeur Manejacques Dodat, co-auteur de l’étude, a dressé le portrait d’un système éducatif profondément fragilisé par la dégradation de la situation économique et sécuritaire.
Avec un produit intérieur brut (Pib) par habitant évalué à 1 693 dollars américains en 2024, Haïti fait face à une crise multidimensionnelle qui affecte directement l’accès à l’éducation.
Selon les données du rapport, plus de 1 000 établissements scolaires ont dû fermer leurs portes sous l’effet de l’insécurité, compromettant la scolarité de plus de 300 000 élèves.
Entre 2023 et 2024, plus de 17 % des enfants étaient privés d’école, une proportion qui atteint 31 % dans certains départements, illustrant les fortes disparités territoriales, poursuit le document.
Il met également en évidence la place prépondérante du secteur privé dans le système éducatif haïtien qui représente 82.25 % des établissements scolaires et accueille 80.16 % des élèves.
À l’inverse, le secteur public demeure marginal et confronté à d’importantes contraintes financières, à un déficit d’infrastructures ainsi qu’à des inégalités persistantes entre les départements, entre les filles et les garçons et entre les différentes catégories sociales.
L’étude relève que les coûts liés à la scolarisation demeurent l’un des principaux obstacles à l’exercice du droit à l’éducation.
Près de 78 % des enfants non scolarisés le seraient en raison des frais que les familles ne sont pas en mesure d’assumer, explique-t-elle.
Malgré une progression des taux d’accès à l’enseignement préscolaire (88.1 %) et fondamental (76.7 %), environ 1,2 million d’enfants restaient encore exclus du système scolaire en 2024, signale-t-elle.
Les enfants vivant dans les zones sous l’emprise de l’insécurité, ceux en situation de handicap ainsi que les filles issues des milieux les plus défavorisés figurent parmi les plus touchés, toujours selon l’étude.
Pour le Rept , cette réalité constitue une violation de l’article 32 de la Constitution ainsi que des conventions internationales relatives au droit à l’éducation ratifiées par Haïti.
Au regard de ces constats, le Rept formule une série de recommandations destinées à renforcer les responsabilités de l’État.
L’organisation demande que le droit à l’éducation soit reconnu comme une obligation constitutionnelle et juridique devant se traduire par des politiques publiques effectives et par l’adoption des instruments législatifs nécessaires à la mise en œuvre de la gratuité scolaire.
Elle recommande également d’élargir la notion de gratuité en intégrant l’ensemble des dépenses assumées par les ménages, notamment les frais de scolarité, les manuels et matériels pédagogiques, les fournitures scolaires, les repas, le transport, les uniformes, les examens, les activités parascolaires ainsi que des mécanismes d’appui financier destinés aux familles les plus vulnérables.
Parmi les autres propositions figurent la construction de nouvelles écoles publiques, l’identification et l’enregistrement des enfants non scolarisés ainsi que des jeunes et adultes analphabètes dans le Système d’information pour la gestion de l’éducation (Sige), de même que la transformation progressive des établissements communément appelés « écoles borlettes » afin d’améliorer la qualité des apprentissages.
Le Rept recommande une augmentation substantielle du financement public de l’éducation grâce à une mobilisation accrue des ressources fiscales et à une plus grande justice fiscale.
L’objectif proposé consiste à porter les dépenses publiques consacrées à l’éducation à 6 à 8 % du Pib, ou à 33,3 % du budget national à l’horizon 2030.
Pour les responsables de l’étude, ces mesures constituent des conditions essentielles pour transformer le droit à une éducation gratuite en une réalité effective pour tous les enfants haïtiens, dans un contexte où les crises sécuritaire, économique et sociale continuent d’aggraver les inégalités d’accès à l’école. [mff emb apr 02/07/2026 10 : 50]
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