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Droits humains : Plusieurs organisations internationales préoccupées par le déploiement imminent de forces sri-lankaises en Haïti

P-au-P., 30 juin 2026 [AlterPresse] --- Plusieurs organisations internationales de défense des droits humains [1] expriment leurs vives inquiétudes face au déploiement imminent de forces sri-lankaises en Haïti, dans une note conjointe en date du 25 juin 2026, transmise à l’agence en ligne AlterPresse.

Elles appellent l’Organisation des Nations unies (Onu), le gouvernement haïtien et le comité permanent de la Force de répression des gangs (Frg) à suspendre immédiatement l’arrivée prévue de 900 soldats et 140 policiers sri-lankais.

Le déploiement d’un important contingent de 1, 132 hommes et femmes issus de l’armée et de la Force de police spéciale du Sri Lanka est annoncé pour août prochain en Haïti pour épauler les forces de l’ordre locales et internationales afin de combattre le terrorisme urbain et rétablir la stabilité sur le territoire national.

Selon ce qu’a rapporté le média en ligne HaitiLibre, ce déploiement, le plus grand de l’histoire militaire sri-lankaise, sera composé de 900 soldats d’infanterie de divers régiments, de 189 officiers de police spécialisés et, pour la première fois, de 43 femmes soldats hautement entraînées dans le déminage et la neutralisation d’explosifs.

« Aucun individu ne devrait être déployé sans une évaluation indépendante de son implication dans des violations passées », soulignent les organisations internationales, dénonçant le fait que la sélection des Casques bleus sri-lankais repose principalement sur les informations fournies par les autorités sri-lankaises, complétées par des vérifications diplomatiques et administratives.

Elles estiment que les critères, la méthodologie, la portée et le degré d’indépendance de ce processus demeurent flous, malgré l’annonce du Haut-commissariat des Nations unies aux droits de l’homme (Hcdh) concernant la mise en œuvre de mesures de vérification.

Elles déplorent l’absence d’un mécanisme indépendant et crédible de vérification, et expriment de sérieuses préoccupations quant au manque de transparence dans la sélection des contingents.

Les organisations rappellent que les forces de sécurité sri-lankaises ont été impliquées à maintes reprises dans de graves violations du droit international humanitaire, du droit international des droits humains et dans des violences sexuelles liées aux conflits.

Entre fin 2004 et octobre 2007, au moins 134 membres de contingents militaires sri-lankais successifs déployés en Haïti sous mandat de l’Onu auraient exploité et abusé sexuellement plusieurs enfants haïtiens, parfois âgés de seulement huit ans, rappellent-elles.

Des garçons et des filles auraient été violés en échange de nourriture ou de sommes dérisoires allant de 3 à 5 dollars américains.

Ces abus étaient « fréquents… dans pratiquement tous les lieux de déploiement », selon une enquête confidentielle de l’Onu (dossier OIOS n° 0881/07).

Un enfant a même déclaré avoir été agressé sexuellement par plus de 100 soldats sri-lankais.

Aucun auteur présumé n’a jamais été emprisonné, et aucune poursuite pénale n’a été engagée, signalent ces organisations.

En 2014, le Sri Lanka a déclaré au Comité des Nations unies contre la torture que l’affaire était « close ».

Aucun organe de l’Onu n’a confirmé que cette affaire avait été résolue de manière satisfaisante.

Les organisations dénoncent l’absence d’enquêtes, de poursuites ou de mesures correctives, ainsi qu’un déni institutionnel marqué par des versions officielles contradictoires et une absence de véritable responsabilisation.

Elles mettent en garde contre le déploiement éventuel d’un autre contingent sri-lankais, qui, sans contrôle indépendant, risque de donner l’impression que les leçons du passé n’ont pas été retenues.

Recommandations

Les organisations de défense des droits humains demandent la suspension immédiate du déploiement de tout personnel militaire et policier sri-lankais en Haïti, jusqu’à la mise en place d’un mécanisme indépendant de contrôle de sécurité, avec la participation effective du Hcdh et l’accès à toutes les informations pertinentes de l’Onu.

Elles exigent l’exclusion des fonctionnaires faisant l’objet d’allégations non résolues ou de conflits d’intérêts du processus de certification, supervision ou approbation ainsi que la publication, avant le déploiement, des noms et photographies de tout le personnel, ainsi que la conservation d’échantillons d’Adn et de documents d’identification pour faciliter les enquêtes.

Elles réclament la diffusion d’un résumé de la méthodologie de contrôle et des garanties suffisantes pour assurer la confiance du public, tout en protégeant les sources et témoins confidentiels ainsi que la mise en place en Haïti d’un mécanisme de plaintes confidentiel et accessible aux victimes, doté d’une véritable indépendance d’enquête et impliquant la société civile.

Elles souhaitent une réponse claire du gouvernement sri-lankais aux questions en suspens du Comité des Nations unies contre la torture, ainsi qu’un compte rendu public et transparent des mesures prises contre les auteurs des crimes commis entre 2004 et 2007.

Les organisations internationales demandent des recours et réparations efficaces pour les victimes, incluant indemnisation, réadaptation et reconnaissance de leurs droits. [emb apr 30/06/2026 11 :40]

Photo : Site de l’armée sri-lankaise


[1Les organisations signataires de la note conjointe sont International truth & justice project (Itjp), Royaume-Uni ; Sri Lanka campaign for peace & justice (Slc), Royaume-Uni ; People for equality & relief in Lanka (Pearl), États-Unis ; British Tamil Conservatives (Btc), Royaume-Uni ; Tamils for Labour, Royaume-Uni ; Australian Tamil Congress (Atc), Australie ; British Tamils Forum (Btf), Royaume-Uni ; Journalists for democracy in Sri Lanka (Jds), Sri Lanka ; North-East Coordinating Committee (Ndecc), Sri Lanka ; Mannar economic & social development organisation (Msedo), Sri Lanka ; United States Tamil Action Group (Ustag), États-Unis ; Australian Centre for international justice (Acij) ; International centre for prevention & prosecution of genocide (Icppg), Royaume-Uni ; Association of exiled relatives of the enforced disappeared in Sri Lanka (Aeredsluk), Royaume-Uni.

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