Par Emmanuel Marino Bruno
Washington, 02 mai 2025 [AlterPresse] --- Gregory W. Meeks et Sheila Cherfilus-McCormick, membres du comité des affaires étrangères de la chambre des représentantes et représentants aux Etats-Unis, expriment leurs préoccupations quant à l’intention affichée du département d’État des Etats-Unis d’Amérique de qualifier les gangs en Haïti d’ « organisations terroristes étrangères », sans avoir, au préalable, défini une stratégie globale pour soutenir les capacités des autorités haïtiennes à les contrecarrer, dans une correspondance adressée au secrétaire d’État des États-Unis, Marco Rubio, dont a pris connaissance l’agence en ligne AlterPresse.
Meeks et Cherfilus McCormick exhortent à reconsidérer toute désignation, qui s’avérerait contre-productive, dans la lutte contre les gangs et aggraverait encore les souffrances d’Haïtiennes innocentes et d’Haïtiens innocents.
Ils appellent à élaborer une stratégie concrète, qui répond aux besoins urgents du peuple haïtien, à soutenir la stabilisation de la situation sécuritaire et à mettre en œuvre des politiques favorisant de meilleures opportunités économiques, notamment l’accord commercial préférentiel Hope Help pour les Haïtiennes et Haïtiens.
L’administration du président Donald Trump a désigné comme « organisations terroristes étrangères et mondiales » la coalition Viv Ansanm et le gang Gran Grif, qui sèment la terreur en Haïti, où plus de 1, 600 personnes ont été tuées et 580 autres blessées, du 1er janvier au 31 mars 2025, dans les violences.
Cette désignation a été faite, ce vendredi 2 mai 2025, par le secrétaire d’Etat des Etats-Unis, Marco Rubio, qui considère les gangs, leurs actes de violences, et leur influence croissantes comme une menace directe pour la sécurité nationale des États-Unis, selon un article publié par le journal Miami Herald.
Les gangs en Haïti rejoignent huit (8) autres organisations criminelles latino-américaines, qui ont également été qualifiées de groupes terroristes par le Département d’État en février 2025.
Cette liste comprend les cartels mexicains ainsi que l’organisation criminelle « Tren de Aragua » au Venezuela.
En l’absence d’une stratégie américaine claire et globale, pour vaincre les gangs et leurs complices, une désignation des gangs en Haïti comme « organisations terroristes » serait contre-productive. Elle ne ferait qu’aggraver les souffrances des Haïtiennes et Haïtiens, craignent ces deux membres du Congrès américain, affiliés au parti démocrate, tout en soutenant les efforts, visant à cibler le soutien financier des gangs violents, qui tuent des Haïtiennes innocentes et Haïtiens innocents.
« Une désignation comme organisations terroristes impose de lourdes sanctions juridiques et financières, qui dissuadent les organisations non gouvernementales (Ong) et les agences internationales d’agir, par crainte d’être exposées en justice, même lorsque leur travail est purement humanitaire », avertissent-ils.
Elle risque de paralyser l’acheminement de l’aide humanitaire indispensable, qui constitue un rempart essentiel contre les gangs et leur contrôle de l’activité économique locale en Haïti, déclarent Gregory W. Meeks et Sheila Cherfilus-McCormick.
« Si une désignation des gangs en Haïts comme organisations terroristes compromet l’acheminement de l’aide dans 85 % de Port-au-Prince ou dans le département de l’Artibonite en Haïti, ce sont les Haïtiennes et Haïtiens, et non les gangs, qui seront puni-e-s ».
Gregory W. Meeks et Sheila Cherfilus-McCormick invitent le département d’État des Etats-Unis à mieux utiliser ses pouvoirs, pour imposer des sanctions ciblées contre les individus, qui facilitent et profitent de l’instabilité alimentée par les gangs en Haïti.
Le 20 août 2004, le Département du Trésor a sanctionné l’ancien président Michel Martelly pour avoir perpétué la crise actuelle en Haïti, rappellent-ils, souhaitant collaborer pour l’adoption de la loi H.R. 2643, la loi de 2025 sur la transparence en matière de collusion criminelle en Haïti.
Déjà déposé au Congrès, « ce projet de loi vise à imposer des sanctions aux élites politiques et économiques haïtiennes, qui financent, arment et profitent des violences et de la crise humanitaire en cours en Haïti. Cette législation permettrait des actions concertées contre les gangs, tout en préservant l’aide humanitaire aux Haïtiennes et Haïtiens », indiquent les députés Gregory W. Meeks et Sheila Cherfilus-McCormick.
Accorder la priorité à la désignation d’ « organisations terroristes », avant de tirer pleinement parti des autres outils disponibles pour lutter contre les violences des gangs, comme le recours à des sanctions supplémentaires, ou l’élaboration d’une stratégie pour rendre la Mission multilatérale de soutien efficace, relève d’une vision à court terme, estiment-ils. [emb rc apr 02/05/2025 13:25]
Suivez-nous – Abonnez-vous
MÉMOIRE D’ALTERPRESSE
Depuis 2001




