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Crise : Le chef de l’Onu Antonio Guterres appelle à un « plein » appui de la communauté internationale à Haïti

P-au-P, 03 juil. 2023 [AlterPresse] --- Le secrétaire général de l’Organisation des Nations unies (Onu), le Portugais Antonio Guterres, souhaite un « plein » appui de la communauté internationale à Haïti en proie à une crise multidimensionnelle, en conférence de presse, le samedi 1er juillet 2023, au salon diplomatique de l’aéroport international Toussaint Louverture, à laquelle a assisté l’agence en ligne AlterPresse.

« Ma solidarité va au peuple haïtien, qui fait face à un terrible cycle de crises sécuritaires, politiques et humanitaires qui s’exacerbent mutuellement », déclare Antonio Guterres, qui demande à la communauté internationale de venir en aide aux communautés dans le besoin.

« C’est une question de solidarité, mais c’est aussi une question de justice morale ».

Antonio Guterres signale combien le soutien international n’est – une fois de plus – pas à la hauteur des espérances, alors que, sur le plan humanitaire, les besoins continuent d’augmenter.

Une situation humanitaire insoutenable

Le chef de l’Onu fait état d’une population haïtienne faisant face, depuis trop longtemps, à une cascade de crises et à des conditions de vie insoutenables.

« Une personne sur deux en Haïti vit dans l’extrême pauvreté, est confrontée à la faim et n’a pas d’accès régulier à l’eau potable ».

L’Onu condamne les attaques, qui doivent cesser immédiatement, à l’encontre des travailleuses et travailleurs humanitaires.

Elle demande aux parties prenantes de veiller au respect des droits humains et du droit international, et de garantir un accès humanitaire sûr et sans entraves.

Au terme de leur visite en Haïti, le mardi 20 juin 2023, les directrices exécutives du Programme alimentaire mondial (Pam) et du Fonds des Nations unies pour l’enfance (Unicef), les Américaines Cindy Lou Hensley McCain et Catherine Mary Russell, avaient signalé des niveaux inédits de faim et de malnutrition en Haïti.

Elles ont appelé la communauté internationale à apporter un soutien beaucoup plus important aux enfants et aux familles très vulnérables, confrontés à une violence endémique, à des catastrophes naturelles meurtrières et à une résurgence du choléra.

Les membres du Conseil économique et social (Ecosoc) de l’Onu ont souhaité des mesures concrètes et urgentes, visant à combattre la faim en Haïti, lors d’une réunion spéciale, le vendredi 16 juin 2023, sur la sécurité alimentaire dans le pays.

Des États membres de l’Onu, des agences des Nations unies, des observatrices et observateurs ainsi que des partenaires des Nations unies, la société civile, le secteur privé et les institutions financières institutionnelles ont pris part à cette réunion spéciale, intitulée « Sauver des vies : Répondre aux besoins urgents de sécurité alimentaire d’Haïti ».

Demande renouvelée de l’Onu pour l’envoi d’une force internationale en Haïti

Le secrétaire général de l’Onu appelle la communauté internationale à être prête à donner suivi à la décision du Conseil de sécurité, consistant à autoriser le déploiement immédiat d’une force de sécurité internationale robuste, qui viendrait assister la Police nationale d’Haïti (Pnh) dans la lutte contre les gangs armés.

« Ce n’est pas le moment d’oublier Haïti ou d’affaiblir notre solidarité envers son peuple ».

Il faut, de toute urgence, déployer une force armée spécialisée internationale en Haïti, avait réaffirmé António Guterres, dans un rapport en date du 17 janvier 2023.

Le 7 octobre 2022, le gouvernement de facto avait également sollicité, auprès des Nations unies, le déploiement d’urgence d’une force armée spécialisée internationale, pour aider la Pnh à lutter contre l’insécurité, liée aux actes criminels des bandes armées.

Cette demande a été vivement critiquée par divers secteurs de la société.

« Nous avons des signaux clairs, qui nous montrent que le soutien robuste, que nous attendons pour combattre l’insécurité, n’est pas trop loin », avait déclaré le premier ministre de facto Ariel Henry, lors d’un point de presse, le lundi 25 juin 2023, à l’aéroport international Toussaint Louverture, pour présenter un bilan de sa participation, les jeudi 22 et vendredi 23 juin 2023, au sommet intitulé « Pour un nouveau pacte financier mondial », à Paris (France).

Le président du Brésil, Luiz Inacio Lula da Silva, « est en parfaite collaboration avec nous sur l’urgence de rétablir la sécurité et sur le fait que ces actions doivent être accompagnées de projets d’investissements pour combattre la pauvreté et la misère, qui touchent des millions de compatriotes », fait savoir Ariel Henry.

Le secrétaire général de l’Onu déclare réitérer son appel envers tous les partenaires pour renforcer le soutien à la Pnh en matière de financements, de formation ou d’équipements.

Tout en remerciant les bailleurs qui ont déjà pris des engagements en faveur du programme conjoint d’appui à la Police nationale haïtienne, il estime que « nous avons besoin de beaucoup plus pour restaurer l’autorité de l’État ».

Il dénonce la violence brutale des gangs armés « qui bloquent les principales routes menant aux départements du Nord et du Sud, contrôlent l’accès à l’eau et à la nourriture, aux soins de santé »...

Il se dit profondément préoccupé par l’extrême vulnérabilité des communautés face à ces gangs prédateurs – notamment par l’impact disproportionné de cette violence sur les femmes et les filles.

Antonio Guterres déclare condamner, avec la plus grande fermeté, les violences sexuelles généralisées, utilisées par les gangs armés comme arme pour installer la peur.

« La gravité de la situation exige une attention urgente et soutenue, qui place les victimes et les populations civiles au centre de nos préoccupations et de nos priorités ».

Il plaide en faveur « d’approches nouvelles et intégrées, alliant enjeux sécuritaires et politiques, État de droit, questions humanitaires et de développement ».

« Il ne peut y avoir de sécurité durable sans un rétablissement des institutions démocratiques – et il est impossible de parvenir à des solutions politiques pérennes et pleinement représentatives sans une amélioration drastique de la situation sécuritaire ».

Antonio Guterres appelle à agir maintenant, pour éviter que l’instabilité et la violence aient un impact durable sur des générations d’Haïtiennes et d’Haïtiens.

Au total 531 personnes ont été tuées et 277 autres kidnappées, de janvier à mars 2023, dans un contexte de violences armées entre gangs rivaux, dans la zone métropolitaine de la capitale, Port-au-Prince, a indiqué, le mardi 21 mars 2023, le Haut commissariat de l’Organisation des Nations unies (Onu) aux droits humains (Hcdh), dans une déclaration.

« Tous les droits humains sont bafoués en Haïti », a déclaré l’expert indépendant des Nations unies sur la situation des droits humains en Haïti, l’Américain William O’Neill, en conférence de presse, à Port-au-Prince, à la fin de sa première mission de 10 jours (du lundi 19 au jeudi 29 juin 2023) en Haïti.

« Les gangs continuent de faire régner la terreur, notamment dans la capitale, Port-au-Prince, devenue une zone de non-droit. Les femmes et les jeunes filles continuent d’être victimes de viols par les gangs pour asseoir leur contrôle sur la population, déplore-t-il.

William O’Neill estime que le mouvement de résistance populaire Bwa Kale représente un symptôme de la faillite du système judiciaire en Haïti.

Nécessité d’une entente politique entre les protagonistes

Le chef de l’Onu enjoint les protagonistes impliqués dans la crise à dépasser leurs intérêts personnels et faire des concessions, afin de faciliter l’émergence d’une vision commune et d’un chemin électoral viable et crédible.

« Seul un dialogue national inclusif, haïtien – avec une pleine participation des femmes et des jeunes – permettra de mettre fin à l’insécurité et de trouver des solutions politiques pérennes ».

Il a tenu à saluer les récents pourparlers inter-haïtiens, et aussi ceux facilités par le Groupe de personnalités éminentes de la Communauté des Caraïbes (Caricom), en vue d’un consensus pour former un gouvernement d’unité nationale et élargir le Haut conseil de transition (Hct).

Guterres rappelle avoir eu des échanges francs avec le premier ministre de facto Ariel Henry, le Hct, la société civile et les partis politiques, sur le besoin d’une entente politique pour mettre fin à la crise.

Plusieurs rencontres ont eu lieu entre les protagonistes haïtiens, tant à l’intérieur qu’a l’extérieur du pays, sans pouvoir parvenir, jusqu’à date (juillet 2023), à trouver une issue à la crise actuelle. [emb rc apr 03/07/2023 11:10]

Photo : Site Onu info Haïti

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