Par Emmanuel Marino Bruno
Washington, 11 février 2026 [AlterPresse] --- Le chargé d’affaires des États-Unis en Haïti, Henry Wooster, exhorte à rétablir la sécurité et à renforcer l’État haïtien, afin de parvenir à une stabilité durable dans un pays assiégé par les gangs armés, lors de son audition devant la commission d’attribution du sénat américain, le mardi 10 février 2026, au sujet de la situation sécuritaire et politique en Haïti, suivie par l’agence en ligne AlterPresse.
« Instaurer les conditions de sécurité nécessaires pour permettre à Haïti d’atteindre un niveau de stabilité minimal constitue un objectif politique réalisable », estime-t-il.
Wooster rappelle que la bonne gestion politique, des dirigeants responsables, la garantie de la sécurité et la fourniture de services, est essentielle à la stabilité, laquelle reste entravée par un dysfonctionnement politique, économique et institutionnel chronique.
Au début de l’année 2026, le nombre de membres de gangs est estimé à environ 12,000, dont près de 3,000 bien armés et expérimentés, alors que la Police nationale d’Haïti (Pnh) ne compte qu’environ 6,000 agentes et agents, selon des chiffres avancés par le diplomate américain.
Parmi eux, seulement 400 policières et policiers au maximum – et souvent moins de la moitié – participent à la majorité des combats contre les gangs, déplore Wooster.
Des efforts des forces de l’ordre salués, mais insuffisants
Il salue néanmoins les efforts conjoints de la Pnh et des Forces armées d’Haïti (Fad’H), qui, pour la première fois depuis 2026, parviennent à mettre les gangs, y compris ceux désignés comme organisations terroristes étrangères, sur la défensive.
Ce résultat est attribué aux actions des forces de sécurité haïtiennes, appuyées par une nouvelle force internationale – la Force de répression des gangs (Frg) -, mandatée par l’Organisation des Nations unies (Onu) ainsi qu’une entreprise militaire privée américaine employée par le gouvernement haïtien.
Depuis fin décembre 2026, les offensives intenses menées par les forces de l’ordre ont,en effet, permis de réduire l’influence des gangs dans plusieurs zones autrefois contrôlées, notamment au centre-ville de Port-au-Prince.
Toutefois, la situation demeure fragile, souligne Wooster, estimant qu’un soutien constant des forces de maintien de la pression est indispensable pour consolider les acquis et garantir un progrès durable.
Il reconnaît que la Pnh ne peut, à elle seule, assurer la sécurité du pays, et salue l’autorisation par le Congrès américain d’un soutien non létal à l’armée naissante d’Haïti.
La sécurité durable est essentielle, insiste-t-il, rappelant combien l’objectif des États-Unis est de consolider ces acquis, afin qu’Haïti n’exporte pas l’instabilité et les menaces terroristes vers les frontières américaines, ni vers le reste du continent.
« Les problèmes d’Haïti sont graves. Mais des progrès sont possibles, à condition de contrer les facteurs de déstabilisation et de déployer une coalition militaire sous l’égide des Nations unies », affirme Wooster.
La résolution 2793 du Conseil de sécurité de l’Onu, adoptée en septembre 2025, a autorisé le déploiement d’une Force de répression des gangs (Frg), composée de 5,500 militaires et policiers en uniforme.
Son objectif : mener des opérations ciblées et fondées sur le renseignement contre les gangs, afin de neutraliser, isoler et dissuader ces derniers ; sécuriser les infrastructures critiques ; et renforcer les capacités opérationnelles des forces de sécurité haïtiennes.
Sécurité et amélioration économique
Wooster avertit que les progrès en matière de sécurité seront éphémères, sans une amélioration des conditions économiques permettant de soutenir la société haïtienne.
Le diplomate appelle les nations et organisations partenaires à contribuer à la solution, en s’impliquant auprès des actrices et acteurs humanitaires et économiques pour créer des emplois, investir dans des entreprises prometteuses et reconstruire Haïti.
Selon lui, des progrès économiques et sécuritaires durables nécessitent un gouvernement choisi par le peuple haïtien et redevable envers lui, conformément au calendrier électoral adopté par le gouvernement de transition.
Il exhorte à œuvrer pour qu’Haïti se dote d’un gouvernement élu, estimant que des politiciens non élus et irresponsables, ainsi que des chefs de gangs, ont trop longtemps compromis la sécurité et la gestion politique du pays.
Entre janvier et décembre 2025, plus de 6,000 personnes ont été tuées et plus de 1,4 million d’autres déplacées en raison des violences des groupes criminels terroristes. [emb rc apr 11/02/2026 10:50]
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