Par Charilien Jeanvil
P-au-P, 28 janv. 2025 [AlterPresse] --- Le système portuaire en Haïti est grandement affecté par les violences des gangs armés, qui sèment la terreur en divers points du territoire national, particulièrement dans la zone métropolitaine de la capitale, Port-au-Prince, signale le directeur général de l’Autorité portuaire nationale (Apn), Jocelin Villier, lors d’une intervention à l’émission Fwote Lide, diffusée sur AlterRadio 106.1 f.m et suivie par AlterPresse.
De Matissant (périphérie sud de Port-au-Prince) jusqu’à Titanyen (au nord de Port-au-Prince), toute la baie de Port-au-Prince subit les graves conséquences d es actes de terreur et des exactions des membres de groupes armés, engendrant la restriction de la libre circulation des personnes et des marchandises, déplore l’Autorité portuaire nationale.
L’agence privée Caribbean Port Services (Cps), opératrice principale au port de Port-au-Prince, a été souvent victime de pillages, d’actes de vandalisme et de sabotage.
Ces actes ont provoqué son dysfonctionnement à maintes reprises.
Paralysées depuis le jeudi 9 janvier 2025, avec les menaces du chef de gang Micanor Altès au niveau de Wharf Jérémie, à Cité Soleil (nord de la capitale), les activités de Cps à Port-au-Prince ont repris à la mi-janvier 2025.
De meilleures dispositions pour sécuriser les ports de Port-au-Prince
Pour la reprise des activités de Cps, les patrouilles ont augmenté au niveau de la baie de Port-au-Prince, informe Jocelin Villier, insistant sur la nécessité de renforcer les périmètres et les clôtures, afin de protéger les installations portuaires.
Il préconise le renforcement de la sécurité à tous les niveaux des installations portuaires dans la baie de Port-au-Prince, des dispositions fortes, comme le blindage des tours en hauteur, pour pouvoir résister aux assauts des bandits armés.
La présence constante des agents de sécurité de l’Apn, des militaires des Forces armées d’Haïti (Fad’H) et des policiers nationaux, constitue une garantie sécuritaire du port, soutient Jocelyn Villier.
Comme les aéroports, les ports de Port-au-Prince sont pratiquement assiégés.
Il devient donc difficile, voire impossible, pour les commerçantes et commerçants de débarquer leurs conteneurs ainsi que d’acheminer de l’aide humanitaire aux personnes les plus vulnérables.
La branche portuaire est aussi assujettie aux conséquences de la criminalité généralisée. Le fonctionnement régulier et normal des ports passe obligatoirement par la résolution du problème de la criminalité.
Au début du mois de septembre 2024, deux (2) marins de nationalité philippine avaient été enlevés en pleine mer dans le navire Crowley, avant d’être libérés en échange de rançon après environ un mois de séquestration.
La marge de sécurité au niveau de la mer n’est pas du ressort des autorités portuaires, mais plutôt des institutions sécuritaires étatiques et du Service maritime et de navigation d’Haïti (Semanah), fait savoir Villier appelant la Police nationale d’Haïti (Pnh), de concert avec la direction de l’agence Cps, à prendre des mesures pour sécuriser les installations portuaires.
Les installations portuaires en piteux état
Les installations portuaires de 11 villes côtières ont été gravement affectées après le passage du cyclone Matthew, les 3 et 4 octobre 2016, sur Haïti.
6 ports sont devenus dysfonctionnels.
5 autres, qui étaient fonctionnels, ont subi des dommages importants, qui s’élèvent à près de 21 millions de dollars américains (US $ 1.00 = 131.00 gourdes ; 1 euro = 137.00 gourdes ; 1 dollar canadien = 91.00 gourdes ; 1 peso dominicain = 2.40 gourdes aujourd’hui), selon un rapport du Programme des nations unies pour le développement (Pnud) sur l’évaluation des besoins post-cyclone dans la branche transports.
Des capacités limitées ?
Le système portuaire haïtien est très limité en infrastructures, déplore Jocelin Villier.
Jusqu’au début de l’année 2025, seuls deux ports internationaux existent (Port-au-Prince et Cap-Haïtien).
Le directeur général de l’Apn déplore l’état actuel de plusieurs ports de cabotage en Haïti.
Le port de Port-au-Prince est constitué d’un ensemble d’installations publiques, s’étendant de Léogane, avec le grand port de Port-au-Prince, jusqu’à la ville de l’Arcahaie, avec la Cimenterie nationale (Cina), le port de Laffiteau, Les moulins d’Haïti, entre autres.
Sources de partenariats public-privé, ces ports ne peuvent accueillir que des chargements en vrac liquide (le vrac désigne des marchandises qui ne sont pas emballées ou arrimées), des chargements en vrac solide ou encore des conteneurs.
Ouverture du port de Saint-Louis du Sud, une aubaine pour la branche portuaire ?
L’ouverture officielle, le vendredi 17 janvier 2025, du port international de Saint-Louis du Sud représente une bouffée d’oxygène pour la branche portuaire en Haïti et pour l’économie en général, se félicite le directeur général de l’Apn, Jocelin Villier.
Cette déconcentration de l’offre portuaire pourrait favoriser la circulation des marchandises et tous types d’investissements.
Des emplois seront créés, anticipe Jocelin Villier, qui s’attend également à la stimulation de la production agricole dans le département du Sud.
Pour une meilleure efficacité, il sollicite une collaboration dynamique entre divers organismes indépendants, signalant combien tout port représente une plateforme logistique, offrant des opportunités de travailler au bénéfice de la population.
Le port offre une plateforme de sécurité à la Police nationale d’Haïti (Pnh), pour pouvoir contrôler les entrées et sorties, à la douane pour inspecter les marchandises, au Service maritime et de navigation d’Haïti (Semanah) pour s’assurer de l’application des codes internationaux.
L’exploitation de ces avantages constitue un plus pour le pays, fait remarquer Jocelin Villier.
Il conditionne parallèlement le bon fonctionnement du port à ce qu’il reçoit en retour, à savoir des services comme la construction et l’aménagement d’infrastructures routières et les garanties sécuritaire.
Tout en interpellant les autorités locales sur leurs responsabilités, l’Autorité portuaire nationale plaide pour davantage d’investissements, en termes de sécurité, en ce qui concerne les menaces des narco-trafiquants, généralement fréquents dans les ports.
Les services offerts au port international de Saint-Louis du Sud ?
Doté du code international pour la sûreté des navires et des installations portuaires (Isps) de l’International Ship and Port Facility, permettant la réglementation des opérations maritimes, en vue de la sécurité des ports, des cargaisons, des navires et de l’équipage à bord des navires, le port de Saint-Louis du Sud est certifié internationalement.
Cependant, ce processus, entamé il y a quelques années, n’a pas encore abouti.
Une partie du projet a été inaugurée, mais tous les services ne sont pas (encore) disponibles.
Pour l’instant, le port de Sait-Louis du Sud peut accueillir des chargements en vrac solide (transports de céréales et de voitures d’occasion), ainsi que l’accostage des bateaux transportant des marchandises et les activités de cabotage, informe Jocelin Villier, directeur général de l’Apn.
Le port n’est pas encore aménagé pour les croisières au niveau local et international, lors même que la tranquillité de la baie, étalée sur 50X20 mètres, et la disponibilité du quai peuvent le permettre, selon les précisions du directeur général de l’Apn.
Comment renforcer la branche portuaire en Haïti ?
L’ouverture du port de Saint-Louis du Sud entre dans le cadre d’un projet de renforcement de la branche portuaire en Haïti.
Le directeur général de l’Apn appelle à plus d’investissements et de partenariats, notamment dans les installations existantes.
Il invite à explorer les opportunités pour des investissements ciblés, susceptibles de déboucher réellement sur le développement des ports.
Jocelin Villier insiste sur la sécurité au niveau des ports. Il encourage, en outre, une connexion entre les ports et les aéroports. [cj emb rc apr 10/01/2025 10:40]
Photo : page Facebook de l’Autorité portuaire nationale (Apn)
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