Par Emmanuel Marino Bruno
P-au-P, 12 mars 2025 [AlterPresse] --- L’expert indépendant des Nations unies sur la situation des droits humains en Haïti, l’Américain William O’Neill, alerte la communauté internationale sur l’urgence de la crise dans le pays caribéen. plongé dans une spirale de terreur et d’autres violences des gangs armés, dans une conférence de presse donnée, le mardi 11 mars 2025, à New York (États-Unis d’Amérique), et suivie par l’agence en ligne AlterPresse.
« Il n’y a pas un jour à perdre. Il n’y a pas d’alternative. C’est de la survie d’Haïti, qui est en jeu », prévient-il, après une visite effectuée en Haïti, au début du mois de mars 2025, en vue d’évaluer la crise humanitaire et sécuritaire, qui sévit dans le pays.
William O’Neill demande à la communauté internationale d’ « agir sans délai, et de manière totale et effective, pour mettre en œuvre les engagements pris, notamment en ce qui concerne le régime des sanctions, l’embargo sur les armes, ainsi que le renforcement substantiel du soutien sécuritaire multinational, dans le respect du droit international des droits humains ».
Une Mission multinationale d’appui à la sécurité (Mmas) en Haïti, dirigée par le Kenya, fait face à des défis logistiques et financiers.
Quant aux policiers nationaux, ils se plaignent constamment d’un manque d’effectifs et d’équipements pour lutter efficacement contre les gangs lourdement armés, qui continuent de forcer violemment des milliers de personnes à abandonner leurs maisons et quartiers.
Marquée par une criminalité extrême généralisée et une détérioration des conditions de vie de la population, la crise humanitaire et sécuritaire a atteint des niveaux alarmants en Haïti, notamment dans la zone métropolitaine de la capitale, Port-au-Prince, occupée à environ 90 % par les gangs armés, qui ne cessent point d’étendre leur influence.
De janvier 2023 à janvier 2024, plus d’un million de personnes ont été contraintes de se déplacer dans le pays à cause de ces violences.
Beaucoup d’entre elles vivent dans des conditions précaires dans des camps de fortune.
De nombreuses familles ont fui de nouveau, le mardi 11 mars 2025, le quartier de Carrefour Feuilles (secteur sud-est de la capitale, Port-au-Prince) face à l’avancée des membres de la coalition criminelle des gangs armés Viv ansanm, qui tentent d’en prendre le contrôle, selon les témoignages recueillis par AlterPresse.
Les bandits armés auraient étendu leurs influences non loin de l’hôtel Olofson et à Campêche, forçant beaucoup de familles résidentes à chercher refuge ailleurs.
Plusieurs maisons ont été incendiées par les malfrats.
Le spectre d’une prise de contrôle de la capitale, Port-au-Prince, par les gangs armés
« Le risque de voir la capitale tomber sous le contrôle des gangs est palpable », malgré les efforts déployés par la Police nationale d’Haïti (Pnh) et la Mmas en Haïti, craint William O’Neill.
Les gangs armés pourraient « s’emparer de l’ensemble de la zone métropolitaine (de la capitale, Port-au-Prince). Ce qui entraînerait l’effondrement complet de l’autorité de l’État et rendrait impossibles les opérations internationales dans le pays, y compris celles visant à aider les communautes dans le besoin », avait aussi alerté le secrétaire général de l’Organisation des Nations unies (Onu), le Portugais Antonio Guterres, dans un rapport daté du 13 janvier 2025, rendu public à l’occasion d’une réunion de l’Onu sur la crise en Haïti, le mercredi 22 janvier 2025.
Ces groupes criminels violents étendent et renforcent leur contrôle bien au-delà de la capitale, tout en commettant, en toute impunité et avec la complicité d’acteurs puissants, des meurtres, des viols, des actes de terreur, dénonce William O’Neill.
Ils ont également incendié des habitations, des orphelinats, des écoles, des hôpitaux et des lieux de culte.
« Les violences ont créé plus d’un million de personnes déplacées internes, et encore des milliers ont été déplacées ces dernières semaines. Elles n’ont nulle part où aller », note l’expert onusien sur la situation des droits humains en Haïti, rappelant combien des élèves ont récemment attaqué, à coups de pierres, des personnes déplacées, qui occupaient leur école pour les faire partir, de peur de ne pouvoir y retourner.
Dans les camps de fortune, la faim et les violences sexuelles sont fréquentes, faisant de la survie une lutte quotidienne pour de nombreuses personnes, déplore William O’Neill.
Il appelle à l’unité et la solidarité pour guider l’action politique à tous les niveaux, afin d’assurer la sécurité, la primauté de la justice et la survie de l’Etat, dans l’intérêt de la population.
« La lutte contre l’impunité et la corruption est un des obstacles majeurs au démantèlement des gangs. Il faut donc que l’Etat haïtien fasse de la lutte contre ces deux fléaux une priorité absolue ».
La lutte contre les gangs armés doit s’inscrire dans le strict respect du droit international des droits humains en particulier, du droit à la vie, avance William O’Neill, ajoutant combien aucune circonstance, aussi exceptionnelle soit-elle, ne doit justifier la violation de ce droit fondamental. [emb rc apr 12/03/2025 12 =:50]
Suivez-nous – Abonnez-vous
MÉMOIRE D’ALTERPRESSE
Depuis 2001
