Par Emmanuel Marino Bruno
P-au-P, 13 février 2025 [AlterPresse] --- L’organisation de défense des droits humains Amnesty international lance un appel à une aide d’urgence, pour sauver les filles et garçons des horreurs extrêmes des gangs armés en Haïti, dans un nouveau rapport, publié le mercredi 12 février 2025, dont a pris connaissance l’agence en ligne AlterPresse.
Les enfants, filles et garçons, sont victimes de recrutements, d’attaques, de viols et de violences sexuelles incessantes aux mains des gangs armés, decrit le rapport d’Amnesty international, intitulé « je ne suis qu’une enfant, pourquoi cela m’est-il arrivé ? Haïti : l’offensive des gangs contre l’enfance ».
Il faut donner à Haïti une aide de toute urgence pour protéger les filles et garçons et prévenir de nouveaux cycles de violences, préconise-t-elle, signalant combien les droits de nombreux enfants sont violés et leur vie détruite.
Les enfants sont aussi enlevés, tués et blessés, lors d’offensives des gangs armés, ajoute l’organisation Amnesty International, qui veille au respect des droits humains dans le monde.
La secrétaire générale d’Amnesty international, la Française Agnès Callamard, , dénonce une détresse généralisée en Haïti, provoquée par les gangs qui frappent, maltraitent, violent et tuent les enfants.
Elle fait état de nombreuses atteintes aux droits humains des enfants, notamment à leurs droits à la vie, à l’éducation, et de circuler librement.
Ces enfants, qui n’ont personne vers qui se tourner pour obtenir protection ou justice, « sont pourchassés et parfois tués par des groupes d’autodéfense, et placés arbitrairement en détention par les autorités ».
La militante pour les droits de la personne, Agnès Callamard, exhorte les autorités haïtiennes et la communauté internationale, notamment les donateurs, à intensifier leurs efforts pour protéger les enfants, au lieu de manifester uniquement leurs expressions de préoccupation, vides de sens.
Plus d’un million d’enfants vivent dans des zones contrôlées par des gangs armés ou soumises à leur influence en Haïti, d’après des estimations citées par Amnesty international.
De graves violations de droits humains, y compris des violences sexuelles sur de jeunes filles et femmes, se multiplient sur le territoire national, notamment dans la zone métropolitaine de la capitale, Port-au-Prince, a dénoncé le Bureau intégré des Nations unies en Haïti (Binuh), dans un rapport trimestriel, couvrant la période d’octobre à décembre 2024 et publié le lundi 3 février 2025.
Le Binuh relève une situation des droits humains toujours très alarmante en Haïti.
Entre le 1er octobre et le 31 décembre 2024, plus de 1,700 personnes ont été tuées et plus de 400 autres blessées dans les violences des gangs armés et des actions des groupes d’autodéfense, ainsi que dans des opérations de la Police nationale d’Haïti (Pnh), selon l’organisation onusienne.
Viols à répétition sur des filles enlevées par les gangs
« Des membres de gangs ont enlevé, violé et agressé sexuellement des filles, lors d’attaques sur des quartiers ou après avoir pris le contrôle d’une zone (…) Des membres de gangs ont également forcé des filles à entretenir une « relation » avec eux, leur imposant une exploitation, notamment à des fins de commerce du sexe », expose Amnesty international.
Sur 18 filles ayant été violées ou ayant subi d’autres formes de violences sexuelles aux mains de membres de gangs, certaines d’entre elles ont été agressées à plusieurs reprises, selon les informations recueillies par Amnesty international.
Dix (10) des filles ont été soumises à des viols en réunion, et neuf (9) ont été enlevées.
Deux (2) sœurs adolescentes, enlevées par des membres d’un gang, alors qu’elles rentraient de l’école, ont été victimes d’un viol en réunion. L’une d’elles a été violée par cinq (5) hommes et l’autre par six (6).
Des filles tombent enceintes après avoir subi des viols
Plusieurs filles ont déclaré être tombées enceintes après avoir été violées, selon les témoignages recueillis par Amnesty International auprès de ces victimes de viols.
Certaines d’entre elles ont même recouru à des méthodes dangereuses, pour tenter de mettre un terme à leurs grossesses non désirées.
En décembre 2023, une fille de 17 ans, qui vivait à Carrefour Feuilles (Ndlr : banlieue sud-est de Port-au-Prince, sous contrôle des gangs armés depuis 2023), a été enlevée par des membres du gang armé de Johnson André, dénommé Izo 5 segonn, qui l’ont conduite dans une maison, où cinq (5) d’entre eux l’ont violée à tour de rôle.
La victime, qui est tombée enceinte plus tard, n’avait personne pour l’aider avec le bébé, relate Amnesty International.
Plusieurs filles, forcées dans le commerce du sexe, sont victimes d’exploitation et de violences sexuelles par des membres de gangs armés.
L’organisation internationale des droits humains souligne combien ces filles ont besoin de soins de santé spécialisés, pour contribuer à leur rétablissement physique et psychologique, dans un contexte où les services de santé, déjà limités en Haïti, ont été affaiblis par les attaques répétées des gangs.
Absence de justice pour les filles violées
L’absence de personnel d’application des lois, dans les zones contrôlées par les gangs armés, oblige les filles victimes de viols à refuser de signaler aux autorités les attaques subies.
« Il n’y a pas de police… Les seuls chefs en ville sont les membres de gangs », a déclaré une fille, qui a été enlevée et violée en réunion par des membres d’un gang en 2023.
Cette même fille a été agressée sexuellement par un membre d’un gang en 2024, rapporte Amnesty international.
Pas d’autres choix
Onze (11) garçons et trois (3) filles, qui ont été recruté-e-s et utilisé-e-s par des gangs, ont déclaré qu’ils n’avaient pas le choix et que leur implication était principalement motivée par la faim ou la peur, signale Amnesty International.
Elles et ils étaient utilisé-e-s notamment pour surveiller les gangs rivaux et la police, faire des livraisons, des tâches ménagères ou des travaux de construction et réparer des véhicules, selon les propos recueillis.
Amnesty International appelle la communauté internationale, y compris les donateurs, à travailler avec les autorités et la société civile haïtiennes, en vue d’ouvrir la voie au changement, par des solutions axées sur les droits humains, et d’empêcher de nouveaux cycles de violences.
Amnesty international suggère de donner la priorité à des programmes, destinés à la démobilisation et la réintégration des enfants associés aux gangs, et de fournir une assistance sanitaire et juridique aux victimes de violences sexuelles.
Elle invite le gouvernement à lutter contre l’impunité, en accélérant la création de pôles judiciaires spécialisés pour les poursuites engagées pour de graves atteintes aux droits humains. [emb rc apr 13/02/2025 11:00]
Photo : Site de l’organisation des droits humains Amnesty international
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