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Cité Soleil : Des dizaines de morts, des quartiers paralysés et une crise humanitaire grandissante

De violents affrontements entre groupes armés à Cité Soleil ont fait des dizaines de morts, provoqué le déplacement de plus de 5 300 personnes et paralysé écoles, commerces et services de santé dans plusieurs quartiers de la périphérie nord de Port-au-Prince.

Par Gotson Pierre

P-au-P., 14 mai 2026 [AlterPresse] --- De violents affrontements entre gangs à Cité Soleil et dans plusieurs quartiers de la périphérie nord de Port-au-Prince auraient fait plus de 80 morts et provoqué le déplacement de plus de 5 300 personnes, selon Fritznel Pierre, responsable de l’organisme d’intervention communautaire et de défense des droits humains « Konbit pou lapè ak devlopman », interrogé sur AlterRadio.

Les violences ont paralysé écoles, commerces et services de santé dans plusieurs zones affectées.

Plus de 5 300 personnes ont déjà fui leurs domiciles depuis le dimanche 10 mai 2026, d’après les premières données de l’Organisation internationale pour les migrations (Oim), consultées par AlterPresse. Plus de la moitié des déplacées et déplacés ont trouvé refuge dans 12 sites d’accueil, tandis que d’autres sont hébergés par des familles et des communautés déjà fortement fragilisées.

Cité Soleil : Fritznel Pierre décrit une situation “extrêmement inquiétante”

Les affrontements opposent principalement des groupes armés qui cohabitaient jusque-là dans certaines zones de la commune. Parmi eux figurent notamment des factions liées aux gangs « 400 Mawozo », « Taliban », « Chyen Méchan » ainsi que d’autres groupes armés opérant à Cité Soleil.

« Les violences ont atteint un niveau extrêmement inquiétant. La majorité des victimes sont des civils. Beaucoup de personnes meurent à cause des explosions, du stress extrême ou de problèmes médicaux aggravés par les violences », déplore Fritznel Pierre, lors d’une interview accordée à l’émission FwoteLide sur AlterRadio.

Des quartiers paralysés et une crise humanitaire grandissante

Après plusieurs semaines d’un relatif calme, les affrontements ont repris avec intensité. Cette accalmie apparente aurait surtout correspondu à une phase de repositionnement stratégique des groupes armés.

Dans plusieurs quartiers, notamment Aral, rue Germain, Sarthe 40, Route 9, Blanchard, Pierre 6, Fourgy, Terre Noire, Nérette et Malo, les activités scolaires, commerciales et sanitaires sont complètement paralysées.

Des centaines de maisons ont été détruites ou incendiées. Des familles entières ont fui dans la précipitation, abandonnant tous leurs biens derrière elles.

« Des panneaux solaires, des batteries, des réfrigérateurs et d’autres équipements ont été pillés. Les gens partent sans rien pouvoir sauver », rapporte Fritznel Pierre.

Des milliers de déplacées et déplacés vivent désormais dans des espaces improvisés et surpeuplés, souvent hébergés chez des proches ou dans des familles d’accueil.

Des témoignages recueillis par l’organisation font également état de nourrissons tombés malades après plusieurs jours de fuite et d’angoisse, ainsi que de cas de violences sexuelles commises lors des attaques armées.

Selon l’organisation Combite pour la paix et le développement (Cpd), plusieurs personnes ont également succombé à des crises cardiaques ou à des épisodes d’hypertension provoqués par les détonations d’armes automatiques.

La paralysie affecte aussi gravement les services essentiels, notamment l’accès aux soins de santé.

L’Organisation des Nations unies (Onu) souligne que l’ampleur de la violence a des conséquences immédiates sur l’accès des communautés aux soins vitaux à Cité Soleil.

Le porte-parole adjoint du secrétaire général des Nations unies, Farhan Haq, rappelle que Médecins Sans Frontières (MSF) a été contraint, le 11 mai, d’évacuer et de suspendre ses opérations à l’hôpital de Cité Soleil, après avoir soigné plus de 40 patients blessés par balles en moins de 12 heures et hébergé plus de 800 personnes.

L’hôpital Fontaine, présenté comme l’une des rares structures médicales encore opérationnelles dans la zone, a également dû fermer ses portes en raison des violences.

La commune de Cité Soleil avait déjà connu des épisodes de violences armées en mars et avril 2026, entraînant le déplacement de près de 8 000 personnes et aggravant la pression sur des services publics déjà extrêmement fragiles.

Les Nations unies indiquent que leurs partenaires procèdent actuellement à des évaluations dans les zones où se sont installées les personnes déplacées, afin de préparer une réponse humanitaire collective dans un environnement jugé « hautement volatile ».

Luttes de contrôle territorial et faiblesse de la réponse sécuritaire

Derrière cette flambée de violences se trouvent également des enjeux économiques et territoriaux, estime Fritznel Pierre.

« Certains axes et certaines zones représentent des espaces lucratifs pour les groupes armés, notamment autour des activités portuaires et commerciales », explique-t-il.

Selon lui, les groupes armés imposent une « politique de la terre brûlée » depuis plusieurs mois, détruisant systématiquement les zones disputées afin d’étendre leur contrôle.

Malgré l’annonce récente de déploiements policiers et d’unités spécialisées, les résultats restent limités sur le terrain.

Certaines interventions ont permis d’évacuer des personnes bloquées chez elles, mais plusieurs routes demeurent impraticables et de vastes portions de territoire restent sous le contrôle des groupes armés.

« Les habitants n’ont parfois pas d’autre choix que de rester dans des zones contrôlées par les gangs », indique Fritznel Pierre.

De retour au pays le mardi 12 mai après une mission officielle en Europe, notamment à Rome, le premier ministre Alix Didier Fils-Aimé a annoncé avoir donné « des instructions claires » et pris « des dispositions concrètes » pour renforcer immédiatement les capacités opérationnelles des forces de l’ordre.

Lors d’un Conseil des ministres extraordinaire tenu à l’aéroport international Toussaint Louverture, il a affirmé que « toutes les ressources nécessaires » seraient mobilisées pour « mettre les bandits hors d’état de nuire, démanteler les réseaux criminels et restaurer durablement la paix publique ».

Une crise sociale profonde et des appels urgents à l’aide

Fritznel Pierre appelle à une réponse humanitaire urgente ainsi qu’à un renforcement durable des dispositifs de sécurité.

« Les déplacés vivent dans une détresse extrême, tant matériellement que psychologiquement. Ils ont besoin de nourriture, d’abris, de soins médicaux et d’un accompagnement psychologique », insiste-t-il.

Le responsable de « Konbit pou lapè ak devlopman » estime également que la crise actuelle révèle l’échec prolongé des politiques publiques dans les quartiers populaires.

« Depuis des décennies, les politiques publiques ne répondent pas réellement aux besoins des jeunes. L’État s’est progressivement retiré de Cité Soleil », affirme-t-il.

Il rappelle que des commissariats, des tribunaux et d’autres infrastructures publiques ont été attaqués ou détruits au cours des dernières années, laissant place à une domination quasi totale des groupes armés.

Selon ses estimations, près de 95 % du territoire de la commune serait aujourd’hui sous le contrôle de groupes armés.

Au-delà de l’urgence humanitaire, Fritznel Pierre s’inquiète aussi des conséquences sociales et politiques de cette situation, notamment sur le processus électoral.

« Comment organiser des élections crédibles avec autant de déplacés ayant perdu leurs pièces d’identité ? », questionne-t-il.

Il plaide pour une présence « forte, constante et efficace » de la Police nationale d’Haïti (PNH), tout en appelant la mission multinationale autorisée par la résolution 2793 à jouer un rôle plus actif face à l’ampleur de la crise.

Malgré la gravité de la situation, Fritznel Pierre lance un message de solidarité et de résilience à la population de Cité Soleil.

« La vie ne s’arrête pas malgré les épreuves. Même si la situation semble très difficile aujourd’hui, il faut continuer à croire dans la capacité de résistance et de résistance des communautés », déclare-t-il. [emb gp apr 14/05/2026 00:30]

MÉMOIRE D’ALTERPRESSE


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