P-au-P. 15 juillet 2025 [AlterPresse] — L’ambassadeur de France en Haïti, Antoine Michon, estime que l’appui international pour restaurer la sécurité ne pourra produire de résultats durables que s’il s’accompagne d’un renforcement significatif des forces nationales, de la mise en place d’un service de renseignement et d’un meilleur contrôle des frontières, dans un discours prononcé à Port-au-Prince à l’occasion de la fête nationale française, dont a pris connaissance l’agence en ligne AlterPresse.
« L’appui international pour restaurer la sécurité ne sera efficace que s’il est accompagné d’une augmentation significative des forces de sécurité nationale, de la mise en place d’un service national de renseignements, et d’un contrôle strict des frontières pour lutter contre les trafics d’armes et de drogue », a déclaré le diplomate.
La cérémonie officielle s’est tenue en présence du président du Conseil présidentiel de transition (Cpt), Fritz Alphonse Jean, de plusieurs conseillers-présidents, membres du gouvernement, responsables de la Police nationale d’Haïti (Pmh) et des Forces armées d’Haïti (FAd’H), ainsi que de représentants du corps diplomatique, d’organisations internationales et de la Mission multinationale d’appui à la sécurité (Mmas).
Antoine Michon a appelé à une lutte déterminée contre les maux structurels qui affaiblissent l’État haïtien, citant notamment « la corruption, la fraude fiscale, la contrebande et le trafic de drogue ».
Il a salué, à ce titre, la saisie record de drogue, effectuée la veille par la Pnh à l’Île de la Tortue, qu’il a qualifiée de « coup dur porté à ce trafic d’ampleur, qui finance largement l’activité des gangs criminels ».
Il a également plaidé pour une justice indépendante, capable de sanctionner tous les crimes, « y compris ceux des plus puissants », et affirmé que la France suivra « avec attention la mise en œuvre des pôles judiciaires spécialisés contre les crimes financiers et contre les crimes de masse ».
Le diplomate a rappelé que la France soutient déjà les institutions régaliennes haïtiennes – « des douanes à la justice, en passant par la police et les forces armées » – dans le respect de la souveraineté nationale, mais avec une « exigence de résultats concrets, pour que l’État retrouve sa légitimité et sa capacité à agir ».
Il a évoqué les 16 millions d’euros, mobilisés en 2024 par la France, pour répondre à l’urgence humanitaire, soutenir les cantines scolaires, les structures de santé et la Mission multinationale dirigée par le Kenya.
Sur le plan historique, l’ambassadeur a souligné l’annonce faite par le président Emmanuel Macron, le 17 avril 2025, de la création d’une commission mixte franco-haïtienne sur l’histoire de la dette imposée par l’ordonnance de 1825, par laquelle la France exigeait une indemnité d’Haïti en échange de la reconnaissance de son indépendance.
Dans une tonalité culturelle, Antoine Michon a cité l’écrivain Dany Laferrière :
« Ce qui lie Haïti et la France est d’un autre ordre. Ce n’est pas simplement historique, c’est littéraire, affectif, langagier… ».
Il s’est également réjoui des efforts récents visant à sécuriser les collections du Centre d’art et du Musée d’art haïtien, menacées par les violences armées, et a salué la poursuite des activités des Alliances françaises, de l’Institut français d’Haïti et du Lycée français, malgré les difficultés actuelles.
« Le 14 juillet est une fête nationale. Mais, ici à Port-au-Prince, c’est aussi une fête du lien : entre deux révolutions et entre deux peuples », a conclu l’ambassadeur. [gp apr 15/07/2025 05 :00]
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