Les enjeux sont élevés pour Haïti qui participe à la COP30 au Brésil. Le pays fortement affecté par le changement climatique défend les principes de l’équité et de la justice climatique, base des revendications des principaux états vulnérables présents à l’événement.
Par Charilien Jeanvil
P-au-P, 18 nov. 2025 [AlterPresse] — Surnommée par la présidence brésilienne la « COP de la vérité », la 30ᵉ Conférence des Parties à la Convention-cadre des Nations Unies sur les changements climatiques (COP30) se tient cette année à Belém, au Brésil, du 6 au 21 novembre, dans un contexte environnemental mondial de plus en plus préoccupant, observe AlterPresse.
Inquiets des conséquences grandissantes du dérèglement climatique, plusieurs analystes considèrent cette COP30 comme l’une des plus déterminantes depuis la COP21 de Paris, laquelle avait abouti à l’historique Accord international sur le climat.
Les enjeux sont particulièrement cruciaux pour Haïti, comme pour l’ensemble des petits États insulaires fortement vulnérables aux impacts du changement climatique, souligne Patrick Saint-Pré lors de sa participation à l’émission FwoteLide sur AlterRadio, suivie par AlterPresse. Deux principes fondamentaux guident ces pays au cours de la COP30 : l’équité et la justice climatique, insiste le responsable de l’organisme Haïti Climat.
La justice climatique, un impératif vital pour Haïti
La justice climatique est particulièrement cruciale pour un pays comme Haïti. Elle se traduit notamment par l’article 9 de l’Accord de Paris, qui oblige les nations industrialisées, principales responsables des émissions de gaz à effet de serre, à fournir aux pays moins avancés les ressources financières nécessaires à leur adaptation, souligne Patrick Saint-Pré.
L’adaptation constitue en effet l’un des volets essentiels de la lutte contre les effets dévastateurs du changement climatique. Il revient donc aux principaux émetteurs de gaz à effet de serre de réduire substantiellement leurs émissions afin de limiter les dommages causés à l’atmosphère et à la couche d’ozone. La décarbonation doit devenir une norme, et les industries polluantes sont appelées à engager leur transition écologique par une transformation de leurs sources d’énergie et de leurs modes de production.
L’Accord de Paris prévoit, à ce titre, divers mécanismes financiers, dont le Fonds vert pour le climat et le Fonds de réponse aux catastrophes, destinés à accompagner la transition écologique des pays les plus vulnérables.
Par ailleurs, Saint-Pré rappelle une autre obligation majeure inscrite dans l’Accord : le transfert de compétences et de technologies. Les pays développés doivent fournir savoir-faire et innovations techniques afin d’aider les nations moins avancées à réduire leurs vulnérabilités, renforcer leur résilience et anticiper les risques.
Le fondateur de l’Association pour le climat, l’environnement et le développement durable (Acledd) mise d’ailleurs sur la nécessité d’investir dans la résilience. « Il faut investir dans la résilience, prévoir les catastrophes en amont et limiter les dépenses », souligne-t-il, rappelant l’extrême fragilité d’Haïti par rapport aux autres pays de la région caribéenne.
Refonder les pratiques en Haïti ?
Pour Patrick Saint-Pré, un profond changement des habitudes s’impose en Haïti, notamment face au problème alarmant de la construction anarchique. Il appelle à repenser les normes de construction et de logement.
Une étude de la Banque mondiale indique que 96 % du territoire haïtien est exposé aux risques. Avec l’élévation du niveau de la mer, 75 % des villes du pays sont menacées. « Il devient indispensable de reloger les populations des zones côtières », argue-t-il.
Il encourage également la mise en œuvre d’une véritable éducation environnementale dès le plus jeune âge, afin de former des écocitoyennes et écocitoyens conscients des défis climatiques. Cet effort de sensibilisation doit s’accompagner notamment d’exercices de simulation et d’une prise en compte prioritaire des situations d’urgence.
Haïti alerte la communauté internationale
Lors de son intervention à la tribune de Belém, le conseiller-président Smith Augustin a mis en exergue les impacts dévastateurs du réchauffement planétaire sur les petits États insulaires tels qu’Haïti, bien qu’ils ne figurent pas parmi les principaux émetteurs de gaz à effet de serre.
Il a averti du risque réel de disparition de portions entières du territoire national, évoquant la menace directe pesant sur les zones côtières. « Perdre son territoire, c’est perdre son identité, son histoire et sa culture. C’est tout perdre », a-t-il déclaré.
Le conseiller président est également revenu sur le passage dramatique de l’ouragan Mélissa dans les départements de l’Ouest et du Sud, laissant un bilan lourd de près de cinquante morts, une vingtaine de disparus, et d’immenses dégâts matériels.
Smith Augustin a, dans la foulée, exhorté les pays industrialisés à respecter leurs engagements en soutenant les nations les plus exposées. « Les pays du Sud ne pourront réussir leur adaptation sans une solidarité internationale sincère et effective », a-t-il affirmé.
Un fonds international pour lutter contre la déforestation ?
Le président brésilien Luiz Inácio Lula da Silva a profité de ce sommet pour annoncer la création d’un fonds international, le Tropical Forests Forever Facility, destiné à soutenir les pays engagés dans la lutte contre la déforestation. Selon l’ONU, près de 4 milliards de dollars pourraient y être consacrés annuellement. L’initiative bénéficie déjà du soutien de plusieurs nations forestières, dont la Colombie, le Ghana, la République démocratique du Congo, l’Indonésie et la Malaisie.
Réticences et absence remarquée
Un absent de taille a marqué ce sommet : le président des États-Unis, Donald Trump, l’un des climatosceptiques les plus connus. Cette absence a été interprétée comme un signe de désintérêt pour les préoccupations environnementales, notamment par le président colombien Gustavo Petro, qui a rappelé la responsabilité historique des États-Unis, premier émetteur mondial de gaz à effet de serre.
Toutefois, douze pays ont pris un engagement fort en signant la première Déclaration sur l’intégrité de l’information relative au changement climatique, soutenue par l’ONU et l’UNESCO. Il s’agit de l’Allemagne, la Belgique, le Brésil, le Canada, le Chili, l’Espagne, la France, la Finlande, les Pays-Bas, la Suède et l’Uruguay.
Une COP30 marquée par la mobilisation populaire
Plus de 70 000 personnes ont participé à une marche pour la justice climatique à Belém, dans le cadre du Sommet des peuples tenu du 12 au 16 novembre. Une délégation haïtienne y a pris part, notamment avec la présence de Pierre-Mary Louis, représentant de l’organisation Tèt Kole Ti Peyizan.
Par cette mobilisation, le Sommet des peuples entend accentuer la pression en faveur d’un financement climatique équitable, évoquant notamment la question des « dettes écologiques ». Les revendications portent également sur une transition juste intégrant non seulement les énergies renouvelables, mais aussi l’emploi, la souveraineté alimentaire et les droits territoriaux, rapporte l’ONU. [cj gp apr 18/11/2025 10:00]
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