Après 39 jours d’audience, le procès de l’assassinat de Jovenel Moïse franchit une étape décisive : les plaidoiries sont closes et le jury entame ses délibérations, au terme d’un affrontement serré entre accusation et défense.
Par Gotson Pierre
P-au-P., 6 mai 2026 [AlterPresse] --- Le procès fédéral de Miami sur l’assassinat du président haïtien Jovenel Moïseentre dans sa phase finale. Après 39 jours d’audiences marquées par des témoignages, des expertises techniques et des débats contradictoires, l’accusation et la défense ont livré leurs derniers arguments pour clore les plaidoiries, selon des comptes rendus d’audience consultés par AlterPresse.
À partir du 6 mai, le dossier est officiellement confié à un jury de douze membres, chargé de trancher sur la responsabilité des accusés Antonio Intriago, James Solages, Arcángel Pretel Ortiz et Walter Veintemilla. Un autre mis en cause, Christian Emmanuel Sanon, devrait être jugé dans une procédure distincte.
Durant près de six semaines, les deux parties ont présenté un ensemble d’éléments : témoignages directs, expertises médico-légales, données téléphoniques, images captées la nuit de l’attaque et documents liés à la préparation de l’opération.
Ces éléments ont donné lieu à des interprétations divergentes, mettant en lumière les zones d’incertitude d’un dossier aux ramifications complexes.
Une défense centrée sur la chronologie et les hypothèses alternatives
La défense a concentré son argumentation sur un point central : la chronologie de l’attaque.
S’appuyant sur un message envoyé à 1h09 du matin - “Listos para salir”, soit “prêts à partir” - par un membre du commando, elle soutient que l’équipe colombienne n’était pas encore sur les lieux au moment où les tirs auraient débuté, vers 1h selon le témoignage de Martine Moïse, épouse du président, blessée lors de l’attaque.
Pour la défense, cet écart temporel remet en question la présence effective du groupe au moment critique et, par conséquent, la chaîne de responsabilité avancée par l’accusation.
Elle a également structuré sa plaidoirie autour de deux hypothèses distinctes :
une opération d’arrestation impliquant les accusés et des ex-militaires colombiens ;
et un complot d’assassinat impliquant d’autres acteurs, notamment liés à des structures sécuritaires et politiques haïtiennes.
Cette lecture cherche à dissocier les intentions initiales des accusés des circonstances ayant conduit à la mort du président.
La défense est allée plus loin en évoquant des scénarios alternatifs sur le déroulement des tirs, incluant des hypothèses de manipulation d’éléments de preuve ou d’armes modifiées.
Ces arguments, fortement contestés, n’ont toutefois pas été appuyés par des preuves déterminantes au cours des débats.
L’accusation recentre le débat sur la conspiration et les éléments matériels
De leur côté, les procureurs ont recentré le débat sur la notion juridique de conspiration.
Ils ont rappelé que, selon le droit américain, la culpabilité ne dépend pas de l’exécution directe de l’acte, mais de l’existence d’un accord et d’une intention commune de commettre le crime.
L’accusation s’appuie également sur un élément matériel clé : une photographie du corps du président, extraite d’un téléphone attribué à un suspect colombien.
Les données associées indiquent que l’image a été prise à 1h58 du matin, à l’intérieur de la résidence présidentielle - un élément présenté comme une preuve de présence sur les lieux à un moment critique.
Le jury entre en scène
Désormais, la décision repose entièrement sur le jury.
Les douze jurés devront déterminer si les preuves présentées permettent d’établir, au-delà de tout doute raisonnable, la culpabilité des accusés.
La question centrale porte sur l’existence d’une conspiration : un accord et une intention commune de commettre les crimes reprochés.
Leur décision devra s’appuyer uniquement sur les éléments présentés au procès et les instructions juridiques de la juge Jacqueline Becerra.
Les instructions données au jury rappellent par ailleurs qu’il ne s’agit pas de reconstituer l’ensemble du contexte politique haïtien, mais d’évaluer uniquement la responsabilité individuelle de chaque accusé.
Un verdict à forte portée
Au-delà des accusés, le verdict attendu dans les prochains jours aura une portée plus large.
Il pourrait contribuer à éclairer certains aspects de l’assassinat, tout en laissant subsister des zones d’ombre sur d’éventuels acteurs non jugés dans cette procédure.
Sur le plan judiciaire, l’enjeu est aussi celui de la capacité du système américain à produire une lecture cohérente d’un dossier complexe, à la croisée de dimensions politiques, sécuritaires et financières.
Le procès met ainsi en tension deux lectures opposées : celle d’une opération coordonnée à partir des États-Unis, et celle d’un enchevêtrement d’initiatives locales et étrangères dont la responsabilité pénale reste à établir. [gp apr 06/05/2026 00 :30]
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