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Assassinat de Jovenel Moïse : A Miami, le jury face à deux récits irréconciliables

Après huit semaines d’audiences, le procès de l’assassinat de Jovenel Moïse entre dans sa phase finale, entre contestations de la défense, zones d’ombre persistantes et affrontement de deux récits irréconciliables.

Par Gotson Pierre

P-au-P., 3 mai 2026 [AlterPresse] --- Le procès fédéral de Miami sur l’assassinat du président haïtien Jovenel Moïse entre dans une phase décisive, avec des plaidoiries finales attendues après huit semaines de témoignages et de confrontations entre accusation et défense.

Au cours de la huitième semaine, marquée par la clôture du dossier de l’accusation, les avocats de la défense ont entamé la présentation de leurs arguments dans un climat de tensions procédurales, de débats sur l’admissibilité des preuves et de contraintes persistantes liées à l’accès à certains acteurs clés restés en Haïti.

À ce stade du procès, les accusés Antonio Intriago, James Solages, Arcángel Pretel Ortiz et Walter Veintemilla ont choisi de ne pas s’exprimer. Un autre mis en cause, Christian Emmanuel Sanon, devrait être jugé ultérieurement.

Défense sous contraintes

Après plusieurs semaines dominées par les témoins du gouvernement, la défense s’est attachée à fragiliser la cohérence du dossier, en mettant en avant ses zones d’ombre et ses failles, selon les informations croisées consultées par AlterPresse, notamment celles du Miami Herald.

Elle dénonce toutefois des limitations importantes : impossibilité de faire comparaître certains témoins jugés essentiels, notamment des responsables de la police haïtienne ou l’ex-fonctionnaire Joseph Félix Badio, incarcéré à Port-au-Prince, ainsi que des restrictions sur des éléments issus de l’enquête menée en Haïti.

Ces contraintes alimentent l’argument d’un déséquilibre procédural. Malgré cela, la défense a clos sa présentation sans faire témoigner les accusés, qui ont tous exercé leur droit au silence.

Deux récits irréconciliables devant le jury

Le procès se cristallise désormais autour d’une divergence majeure.
L’accusation défend la thèse d’une conspiration structurée, initialement conçue comme une opération d’enlèvement avant d’évoluer vers un assassinat, avec une implication coordonnée des accusés dans son financement et sa mise en œuvre.

La défense, à l’inverse, soutient une lecture fragmentée : succession de projets, évolution imprévisible et absence d’intention commune clairement établie. Certains avocats évoquent même l’intervention possible d’acteurs extérieurs, notamment au sein des dispositifs de sécurité haïtiens.

Au cœur des délibérations à venir : la capacité du jury à établir - ou non - une chaîne de responsabilité cohérente.

Mandat d’arrêt en question

Un autre point de tension porte sur la tentative de présenter l’opération comme fondée sur une base légale.

Des documents préparés en amont - projets de mandat d’arrêt et accords liés à une transition politique - ont été mobilisés par la défense. Mais leur validité a été fortement mise en cause, notamment après le témoignage du juge haïtien Jean Roger Noëlcius, qui a reconnu ne pas disposer de l’autorité nécessaire pour émettre un tel mandat.

La cour a, à plusieurs reprises, rejeté cette argumentation, estimant qu’aucune preuve ne permettait d’établir une autorisation officielle.

Bataille d’expertises

La huitième semaine a également ravivé les débats techniques.

Une experte médico-légale appelée par la défense a soulevé des interrogations sur l’interprétation de certaines blessures, tout en confirmant que la mort du président résulte de tirs par arme à feu.

Par ailleurs, les images de drone captées dans la nuit du 7 juillet ont été remises au centre des débats. La défense y voit un possible décalage entre l’arrivée des commandos colombiens et le moment des tirs, suggérant une chronologie différente de celle avancée par l’accusation.

Ces éléments restent toutefois ouverts à interprétation et ne permettent pas, à ce stade, d’établir une séquence incontestée des faits.

Persistance de zones d’ombre

À l’approche des plaidoiries finales, le dossier demeure marqué par des incertitudes : rôle exact de certains acteurs absents, articulation entre les différents niveaux d’implication et circonstances précises de l’exécution de l’assassinat.

Si l’accusation a posé les bases d’une lecture structurée, la défense s’est attachée à en souligner les discontinuités.

Vers les plaidoiries finales

Avec la fin des témoignages et l’entrée dans la phase des instructions au jury, le procès aborde désormais son ultime séquence.

Les plaidoiries finales devraient opposer deux lectures irréconciliables : celle d’un complot coordonné et celle d’un enchevêtrement d’initiatives aux finalités divergentes.

C’est sur cette ligne de fracture que se jouera, dans les prochains jours, l’issue judiciaire d’un dossier aux implications politiques, financières et sécuritaires majeures. [gp apr 03/05/2026 10 :00]

MÉMOIRE D’ALTERPRESSE


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