Le procès fédéral de Miami sur l’assassinat de Jovenel Moïse entre dans sa phase finale avec des instructions clés au jury, des faits désormais considérés comme établis et de nouvelles zones d’incertitude autour de certains éléments du dossier.
Par Gotson Pierre
P-au-P., 5 mai 2026 [AlterPresse] --- Le procès fédéral de Miami sur l’assassinat de Jovenel Moïse entre dans sa phase finale. Après huit semaines d’audiences, les débats sont clos et les jurés entament désormais les instructions du tribunal avant les plaidoiries finales.
À ce stade, le dossier change de nature : certains faits ne seront plus débattus et devront être considérés comme établis par le jury, selon les éléments validés au cours de la procédure et les analyses d’observateurs spécialisés suivant le procès.
Le rôle du jury devient alors déterminant. Il ne s’agit plus seulement de confronter des récits opposés, mais de choisir entre deux interprétations irréconciliables des mêmes faits.
Les accusés Antonio Intriago, James Solages, Arcángel Pretel Ortiz et Walter Veintemilla ont tous exercé leur droit au silence. Un autre mis en cause, Christian Emmanuel Sanon, devrait être jugé dans une procédure distincte.
Des faits désormais imposés au jury
Le tribunal a intégré plusieurs éléments dits de “stipulations”, c’est-à-dire des faits sur lesquels l’accusation et la défense se sont mises d’accord. Ces éléments sont désormais considérés comme établis, sans besoin de nouvelles preuves ni débats devant le jury.
Parmi eux figure l’analyse d’un téléphone saisi en Haïti au moment de l’enquête. Les expertises américaines ont conclu que l’appareil avait été réinitialisé après sa saisie, un point que les jurés doivent désormais tenir pour acquis.
Les instructions du tribunal incluent aussi des informations transmises aux autorités américaines concernant Joseph Félix Badio. Selon ces éléments, des communications auraient eu lieu autour de la nuit de l’assassinat impliquant cette figure de l’enquête.
Le dossier mentionne également des données non vérifiées faisant état de déplacements et d’une possible présence de Badio dans la période ayant suivi les faits.
Des informations sensibles autour de Joseph Félix Badio
Le dossier inclut également des indications non confirmées selon lesquelles Joseph Félix Badio aurait pu se déplacer ou être localisé après l’assassinat, notamment vers la fin de l’année 2021.
Ces éléments évoquent aussi, sans conclusion établie, des facilités de circulation ou des contacts possibles dans un contexte où certaines autorités haïtiennes ont reconnu des limites de moyens et de coordination dans la conduite de l’enquête.
À ce stade, aucune preuve formelle ne permet d’établir qui aurait pu l’aider ni dans quelles conditions ces déplacements auraient eu lieu.
Une discussion technique sur les preuves médicales
Un autre point abordé dans les derniers jours concerne les analyses médico-légales.
Une experte appelée par la défense a estimé que certains éléments des examens médicaux pouvaient être interprétés différemment, notamment la position de certaines blessures et des projectiles observés sur les images radiologiques.
Elle n’a pas contesté que le décès résulte de tirs par arme à feu, mais a soulevé des interrogations sur la manière dont certaines conclusions techniques ont été établies.
La défense a aussi soulevé des questions sur le moment des blessures et les conditions dans lesquelles le corps a été pris en charge après le décès, évoquant des zones d’incertitude dans la séquence des événements.
Une bataille d’interprétation entre les deux parties
Avec plusieurs éléments désormais figés dans le cadre du procès, le débat se déplace vers leur interprétation.
L’accusation demande au jury d’y voir un ensemble cohérent d’indices s’inscrivant dans une organisation structurée autour du projet ayant conduit à l’assassinat.
La défense, elle, insiste sur des éléments fragmentés, des informations incomplètes et des zones d’incertitude qui, selon elle, empêchent d’établir une responsabilité claire et commune.
Dans les prochains jours, l’issue judiciaire de cette affaire majeure reposera entièrement sur les interprétations d’un dossier où certains faits sont désormais figés, mais où les conclusions restent profondément disputées. [gp apr 05/05/2026 00 :30]
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