Par Gotson Pierre
P-au-P., 21 mai 2025 [AlterPresse] --- À compter du dimanche 25 mai 2025, l’Organisation des États américains (Oea) sera dirigée par le diplomate surinamais Albert Ramchand Ramdin, dans un contexte régional tendu, où la crise haïtienne s’impose comme un défi de premier plan.
Son entrée en fonction survient, alors que l’Oea est de plus en plus sollicitée pour jouer un rôle central dans la recherche de solutions à une situation devenue explosive, observe AlterPresse.
Ancien représentant permanent de son pays auprès de l’Oea (1997-1999), conseiller principal de l’ex-secrétaire général César Gaviria (2001-2004), puis secrétaire général adjoint sous José Miguel Insulza (2005-2015), Ramdin entame un mandat de cinq ans renouvelable, dans une Amérique fragilisée par des fractures politiques, la montée du crime organisé et l’essoufflement du multilatéralisme, analysent des experts.
Mais, c’est bien Haïti qui occupe le devant de la scène. Dans une interview accordée au média The Washington Diplomatdepuis son bureau dans la capitale américaine, le futur secrétaire général s’est montré lucide : « Vous ne pouvez pas attendre grand-chose à ce stade. La situation est si grave qu’il faut d’abord rétablir un minimum de normalité ».
Un tournant décisif pour Haïti et l’Oea
Le timing ne pourrait être plus symbolique : à peine trois jours avant l’entrée en fonction de Ramdin, un symposium international se tiendra au siège de l’Oea, à l’initiative du Conseil présidentiel de transition haïtien (Cpt), de concert avec le secrétariat général de l’organisation hémisphérique, avec la participation de hauts responsables haïtiens, de diplomates, d’experts et de figures clés du système interaméricain.
L’objectif de cette rencontre de haut niveau : mobiliser les soutiens régionaux autour d’un plan de sortie de crise, face à la spirale de violence et à l’effondrement institutionnel en Haïti. Le symposium abordera notamment la dimension transnationale des gangs armés, les failles sécuritaires et judiciaires, ainsi que les mécanismes prévus dans la Convention interaméricaine contre le terrorisme.
« On ne peut plus laisser les gangs prendre le contrôle du pays, c’est leur objectif », a averti Ramdin, tout en plaidant pour une approche graduelle : aide humanitaire, soutien aux institutions de santé et de justice, puis construction d’un consensus politique avant toute perspective électorale.
Pressions américaines pour un leadership renforcé de l’Oea
La pression s’intensifie sur l’organisation hémisphérique, particulièrement de la part de Washington. Le secrétaire d’État américain Marco Rubio a exhorté l’Oea, le 20 mai 2025, à « prendre les devants » en formant et conduisant en Haïti une « force régionale élargie ». Il a toutefois salué le rôle du Kenya à la tête de la Mission multinationale d’appui à la sécurité (Mmas).
La Mmas, autorisée par les Nations unies en octobre 2023, vise à appuyer la Police nationale d’Haïti dans la lutte contre les gangs armés, mais peine à atteindre son plein déploiement. Ses effectifs actuels — environ 1,000 policiers issus de six pays — restent loin de l’objectif initial de 2 500.
Les États-Unis, principaux bailleurs de l’Oea (près de 50 % du budget annuel), entendent peser dans l’orientation stratégique de l’organisation.
La récente désignation des gangs haïtiens Viv Ansanm et Gran Grif comme organisations terroristes étrangères, annoncée par le Département d’État le 2 mai 2025, témoigne d’un durcissement de la posture américaine. Elle vise à légitimer une réponse régionale plus musclée.
Un pays au bord du gouffre
La situation en Haïti continue de se détériorer rapidement. Selon les données les plus récentes des Nations unies, 5,601 personnes ont été tuées par les gangs en 2024, et plus d’un million de personnes ont été déplacées. Entre janvier et mars 2025, on recense déjà 1,617 morts et 580 blessés, tandis que le nombre de personnes déplacées internes a explosé de 48 % en six mois, atteignant plus d’un million (1,041,229).
« Déployer des troupes ne suffit pas. Il faut aussi un véritable soutien à la reconstruction de l’État de droit », a souligné Ramdin, conscient de la complexité de la mission à venir.
Un mandat placé sous le signe du réalisme
À la tête d’une organisation souvent critiquée en Haïti et ailleurs pour son inefficacité ou son alignement sur les intérêts des grandes puissances, Ramdin devra démontrer que l’Oea peut redevenir une actrice pertinente dans la gestion des crises régionales.
Haïti, plus que tout autre dossier, pourrait devenir le test décisif de sa capacité à relancer le multilatéralisme dans un environnement politique marqué par le repli sur soi et le protectionnisme.
« Je vais consacrer beaucoup de temps à Haïti », a-t-il promis.
Mais dans une Amérique divisée, face à une crise haïtienne multidimensionnelle et à des attentes croissantes, l’ancien diplomate surinamais sait que le défi sera immense — et scruté de très près. [gp apr 21/05/2025 20:50]
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