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23 août : Reconnaître l’insurrection de 1791 contre l’esclavage comme un geste de restauration de l’humanité

À l’occasion du 235e anniversaire de l’Insurrection de 1791 à Saint-Domingue, le politiste Jean-Léon Ambroise appelle l’Unesco à reconsidérer la portée du 23 août. Il propose d’en faire une journée mondiale en mémoire non seulement de la traite négrière et de son abolition, mais du geste de restauration de l’humanité porté par les personnes esclavagées insurgées.

Tribune

Par Jean-Léon Ambroise

Soumise à AlterPresse le 23 août 2026

Lettre Ouverte
au Bureau de l’Unesco en Haïti

Objet : Nécessité de la re-considération du 23 août comme journée mondiale en mémoire du geste de restauration de l’humanité par l’Insurrection des personnes esclavagées de 1791.

Mesdames, Messieurs,

Nous prenons un grand plaisir d’observer les efforts incessants de l’Unesco pour se tenir aux côtés des peuples et pour s’engager continûment dans la célébration des multiples incarnations de l’humanité que nous voudrions être commune et partagée par chacune et chacun d’entre nous dans le monde.

Ces efforts ont pris l’aspect depuis 1998, de la reconnaissance du 23 août comme une journée mondiale, à laquelle est attribuée la nécessité du souvenir de la traite négrière et de son abolition. Nous voyons bien en cela l’effort de prendre en compte à la fois l’insurrection contre l’esclavage dans la colonie saint-dominguoise dans la nuit du 22 au 23 aout 1791 autant que l’abolition de l’esclavage qui s’en est suivie. C’est un grand pas que le monde a réalisé dans la quête d’une humanité réconciliée avec elle-même à travers la mémoire. Nous saluons encore une fois tous ceux et toutes celles qui ont contribué à la reconnaissance de cette date comme journée mondiale.

Cependant, nous croyons nécessaire de revenir sur l’appellation de cette journée mondiale autant que sur le texte narratif qui lui sert de cadre, et qui à nos yeux n’épuisent pas, dans toute sa dimension, la portée de cette date.
Nous croyons nécessaire de souligner que cette date du 23 août ne colle en rien à la condition d’esclaves, ni aux multiples souffrances qu’ont connues toutes celles et tous ceux soumis-e-s à l’infernale machine coloniale esclavagiste. D’autres dates plus parlantes peuvent venir exprimer cette solidarité à ces multiples vies éclatées. Ce n’est donc pas en tant qu’objet et matières à broyer de cette machine coloniale esclavagiste que la mémoire du 23 aout nous interpelle. C’est plutôt dans une toute autre perspective que les corps et les vies volées pour être mis en esclavage ont interrogé l’histoire sur la commune humanité qu’on ne leur a pas reconnue en être de dignes tributaires. En ce sens que ce n’est pas en tant que victimes d’esclavage ni bénéficiaires de quelque geste noble venant d’ailleurs, qu’ils-elles ont pris place dans l’histoire. C’est de préférence en étant dotés de puissance d’agir et dans l’élargissement de l’humanité pour faire place à leurs corps et leurs vies.

Cette date du 23 août fait corps avec le Congrès politique du Bois-Caïman emmené par Dutty Boukman pour s’inscrire dans l’histoire générale du monde comme un évènement fondationnel qui a exigé la reconfiguration du monde dans ce qu’il est des plus grandes promesses d’émancipation autant que dans ses contradictions. L’intérêt de cette date pour l’histoire politique du monde et la théorie politique doit se comprendre dans son importance pour un ensemble d’autres évènements qui lui sont étroitement et intimement liés, particulièrement les dernières luttes contre le rétablissement de l’esclavage en 1802.

Nous croyons que la date du 23 aout est trop importante pour la modernité politique du monde dans son effort de se réconcilier avec lui-même à travers les promesses d’émancipation ; qu’il nous incombe de considérer cette journée mondiale en mémoire du geste de restauration de l’humanité par l’Insurrection des personnes esclavagées de 1791, enclenchant le long processus d’abolition de l’esclavage dans le monde moderne.

Ce n’est pas en tant que victimes auxquels nous devons solidarité dans le souvenir, qu’il nous faut remémorer le geste de ces femmes et hommes du 23 août 1791, mais en tant qu’individus agissant ayant garanti depuis l’infernale situation coloniale saint-dominguoise, les conditions de possibilité de ce rappel nécessaire que nous faisons ici et maintenant auprès de l’Unesco au 235ème anniversaire de l’Insurrection générale des personnes faites esclaves par la machine coloniale.

Le 23 août 2026, Jacmel Haïti.

*Politiste
Directeur de l’Institut Yves Dejean

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