Español English French Kreyòl

Español English French Kreyòl

200 ans après la dette odieuse imposée à Haïti ; NON au mépris persistant de la France

Tribune collective, mardi 22 avril 2025

Transmis à AlterPresse le 22 avril 2025

Deux siècles après l’imposition d’une dette coloniale injustifiable à Haïti, la France continue de fuir ses responsabilités.

Nous, collectifs, membres de la société civile et militant·e·s solidaires, exprimons notre profonde indignation face à la déclaration du président Emmanuel Macron, qui refuse toujours de reconnaître pleinement la nature odieuse de cette dette et d’engager le processus de réparation.

Nous, actrices et acteurs de la société civile, membres d’organisations de solidarité internationale et défenseur·e·s de l’autodétermination des peuples, unissons nos voix pour rappeler une vérité longtemps occultée : Haïti est la victime d’une dette injuste, d’un mal-développement structurel et d’une violence historique dont la France demeure comptable.

Il aurait été temps que justice soit faite, que la France reconnaisse officiellement la dette odieuse qu’elle a imposée à Haïti. 

Il aurait été temps qu’elle restitue ce qu’elle a extorqué. Qu’elle répare. Mais il n’en fut rien !

Le président Emmanuel Macron, ce 17 avril 2025, a manqué ce moment historique. Sans geste solennel, sans discours à la hauteur des enjeux historiques et humains, il a esquivé le rendez-vous de ce bicentenaire en un silence assourdissant. Un mépris néocolonial de plus.



Une dette injuste, fruit de la vengeance coloniale

Haïti, première République noire indépendante, a conquis sa liberté en 1804, au terme d’une révolution antiesclavagiste exemplaire. Mais, cette victoire fut lourdement sanctionnée : en 1825, la France imposa à cette jeune nation une indemnité de 150 millions de francs-or pour "indemniser" les anciens colons – une exigence inique, extorquée sous la menace des canons.

Cette dette, qualifiée à juste titre d’odieuse, fut en réalité une rançon, qui a étranglé l’économie haïtienne pendant plus d’un siècle.

Pour la payer, Haïti a dû emprunter aux banques françaises et européennes, entrant dans une spirale d’endettement et de dépendance. La dernière tranche fut remboursée en 1947 – mais les conséquences économiques, sociales et politiques de cette dette continuent de peser.



Un héritage colonial toujours vivant

Ce fardeau s’inscrit dans une continuité historique d’exploitation. Pillée pendant la colonisation, puis abandonnée à un ordre mondial inégal, Haïti fait aujourd’hui encore les frais d’un système, où les puissances occidentales – dont la France – refusent de reconnaître leur responsabilité, où des Tonton Macoutes aux Gangs, est soumise à des régimes d’extrêmes-droites d’une extrême violence...

À la dette coloniale, s’ajoute désormais une dette climatique : Haïti, faiblement émettrice de gaz à effet de serre, subit, pourtant, les ravages des catastrophes climatiques, aggravés par la déforestation et l’insécurité alimentaire.

À cela, s’ajoutent des décennies d’ingérences étrangères – notamment américaines – , qui ont contribué à déstabiliser les institutions haïtiennes, remis en cause son agriculture, favoriser la corruption et les violences armées, et priver le peuple de sa souveraineté.

Un mal-développement structurel imposé

Haïti, autrefois surnommée "la perle des Antilles", est aujourd’hui prisonnière d’un mal-développement structurel : santé, éducation, infrastructures, sécurité – tout est en crise. Les urgences se superposent : violences extrêmes, féminicides, contrôle de territoires par des groupes armés, catastrophes naturelles, effondrement institutionnel.

Ce drame n’est pas le fruit du hasard. Il est le résultat d’une histoire de spoliation, de domination, de silence.

Nous exigeons : justice, restitution, réparation

Face à cela, nous exprimons notre profonde indignation.

Nous attendions de la France un acte fort, historique, symbolique et concret.

Mais une fois encore, l’État français s’est dérobé à ses responsabilités.

Nous appelons donc à une mobilisation internationale pour exiger :

La reconnaissance officielle et sans ambiguïté de la dette odieuse imposée à Haïti ;

La restitution immédiate des sommes extorquées ;

Le versement de réparations justes et appropriées pour les crimes coloniaux et l’esclavage ;

Un soutien concret, sans ingérence, aux institutions haïtiennes et à la société civile ;

L’annulation de toute dette actuelle illégitime et un engagement réel en faveur d’un développement juste et durable.

Haïti mérite un avenir digne, libre, éclairé .Le peuple haïtien mérite justice.

Nous ne nous tairons pas. Nous resterons mobilisé·es.

Pour Haïti. Pour la mémoire. Pour la vérité. Pour la justice.

PREMIERS SIGNATAIRES :

La Plateforme française de solidarité avec Haïti (Pfsh)

Françoise Vergès, auteure, militante

Frédéric Thomas, politologue spécialiste d’Haïti, chargé d’études au Centre tri-continental (Cetri) à Louvain-la-Neuve (Belgique) et auteur de l’ouvrage "Haïti notre dette"

Verónica Carrillo Ortega, Promotora pour la Suspension du paiement de la dette publique au Mexique, membre du réseau CADTM AYNA, Mexique 

Camille CHALMERS, économiste, professeur, représentant de la Plateforme haïtienne de plaidoyer pour un développement alternatif (Papda), membre du réseau CADTM-AYNA et CADTM Internacional

Thérèse Di Campo, photojournaliste indépendante 

Murielle Guibert & Julie Ferrua, Union Syndicale Solidaires

Laurence MARANDOLA , Porte-Parole de la Confédération Paysanne

Maxime Perriot - CADTM International

Fabien Cohen, secrétaire général de France Amérique Latine et Caraïbes (Fal) et conseil d’administration du Crid

Ruth Pierre, Haut conseil de coopération et de développement pour Haïti ; co- fondatrice Ayiti Chanje

Jean-Pierre Giordani, Président Centre Anacaona droits humains Haïti (Cadhh)

Jane-Léonie Bellay, militante Enjeux et Mobilisations Internationales, ATTAC France

Priscillia Ludosky, Présidente du Clse

Sadrac Charles, Festival Haïti Monde ; co-fondateur Ayiti Chanje

Samuel Colin, Forum haïtien pour la paix et le développement durable (Fohpdd) 

Ornella Braceschi, Présidente Collectif Haïti de France (Chf)

Mackendie Toutpuissant, Président d’honneur de la Plateforme des associations franco- haïtiennes de France (Pafha)

Christian Mahieux, syndicaliste & éditeur

Nils Anderson, Agir contre le colonialisme (Acca)

Capdevielle Colette, députée Parti Socialiste, Bayonne

Adja Meissa Gueye, secrétaire générale de l’Addea Sénégal

Serigne Sarr, membre de l’Association pour la défense des droits à l’eau et à l’assainissement (Addea), Sénégal 

Clémence Lukeba Dialakana, fondatrice du Parlement des Femmes, militante Franco-Congolaise

Tania Nioka, présidente de l’association Rdjeunes

ILUNGA Désiré, Co-fondateur de Team-Congo

Nasteho Aden, conseillère municipale et territoriale Stains, présidente carré citoyen, afro feministe 

Augusta Epanya Coordinatrice générale de la Dynamique Unitaire Panafricaine, Cameroun

Gérard Halie, ancien co secrétaire national du Mouvement de la Paix

Collectif Viêtnam Dioxyne

Union pour le Reconstruction Communiste (Urc)

Haut commissariat des congolais Hccf-E

Réseau syndical international de solidarité et de luttes

Synergie Outre-Mer

Christian Mahieux, syndicaliste & éditeur

Patricia Pol, militante Attac France

David Redon, militant Guyanais

CUSSEY Marie-Claire, militante Guadeloupe

Paul Laury-Ann, militant Martinique

Morland Lourdy 

Rudy Louis-Philippe

MÉMOIRE D’ALTERPRESSE


Depuis 2001

Explorer toutes les archives