Le marché haïtien de
"Treinta de Mayo" à Barahona
Par Gotson Pierre, République Dominicaine,
novembre 2000
A
Barahona, n'importe qui peut vous indiquer la rue
où se trouve le marche haïtien : "Treinta
de mayo". Les Haïtiens occupent tout un
bloc de la capitale de cette province du sud de
la République Dominicaine. Le marché se situe
non loin de la gare desservant une partie de la
région frontalière, correspondant à l'Ouest
d'Haïti, particulièrement la ville de Jimani,
où se trouve le principal poste frontalier.
Les commerçants haïtiens déclarent que depuis
1996 ils ont obtenu le droit d'étaler leurs
marchandises à la rue "Treinta de
Mayo", car "nous payons les droits de
douane". Avant, les militaires dominicains
intervenaient et brûlaient tout,
poursuivent-ils. Ils ajoutent qu'a présent
"les soldats dominicains effectuent des
opérations de fouille, sans maltraiter les
commerçants. Mais des arrestations ont lieu,
lorsque, parmi les produits transportés, les
soldats dominicains découvrent de la drogue et
des armes".
Femmes et hommes gèrent sur les trottoirs leurs
étalages de vêtements et de chaussures, en
grande partie usagés, communément appelés
"pèpès". La police dominicaine est
là et veille à ce que les activités ne
débordent pas, pour ne pas gêner la circulation
automobile.
Lorsqu'on pénètre dans les corridors qui
débouchent sur "Treinta de Mayo", il
est aisé de constater le volume de marchandises
stockées dans des dépôts improvisées. Plus
loin, dans un espace intérieur et étendu,
quelques Dominicains se créent une place pour
leurs produits aux cotés de ceux des Haitiens.
Certains étalagistes, dont Betty, revendeuse
depuis 6 ans de chaussures et sandales, se
réjouissent de ne plus rencontrer de
difficultés dans les affaires à Barahona. Le
mari de Betty est également son partenaire dans
le commerce des produits usagés. Il vient
d'ailleurs de se rendre à Port-au-Prince pour
s'approvisionner en "pèpès", nous
apprend Betty.
Interrogée sur ses références pour
l'approvisionnement en "pèpès" à
Port-au-Prince, elle mentionne les anciens
quartiers du bas de la capitale, réputés dans
ce genre de commerce. Souvent, ajoute-t-elle,
nous nous rendons également dans d'autres
régions, particulièrement Miragoane, ville
côtière de l'Ouest d'Haïti.
Selon les informations disponibles sur le
terrain, les investissements de chaque commercant
sont de l'ordre de 1.000 Dollars américains.
L'appréciation du Dollar en Haïti ces derniers
temps "affecte les affaires", déclare
Mathieu. Ainsi, selon cet étalagiste, après
avoir payé les droits de douane et le transport,
"il est difficile d'espérer un vrai
bénéfice".
D'autant que, chaque jour de nouveaux acteurs
entrent sur le marché, et surtout "des gens
qui ne respectent pas les règles", se
plaint Marie-Carmel, qui est dans le circuit
depuis 13 ans. En outre, le trafic d'illégaux
haïtiens dans la zone frontalière affecte
également les activités. Des transporteurs
publics, disent les commerçants, font partie
d'un réseau par lequel des Haitiens sont
acheminés au marché sans aucune référence.
"N'était-ce la solidarité des
étalagistes, ces compatriotes mourraient de
faim".
Les commerçants haïtiens dénoncent par
ailleurs le comportement de la police dominicaine
qui, souvent, demeure passif face à l'action des
voleurs.
Mais, tout compte fait, Marie-Carmel constate
avec satisfaction que le marché de "Treinta
de Mayo" facilite la vie aux "pères et
mères de famille dominicains, qui échappent
ainsi aux prix exhorbitants des grands
magasins". Evidemment, conclut-elle, les
propriétaires de magasins donneraient le ciel et
la terre pour obtenir l'interdiction du marché
de la rue "Treinta de Mayo" à
Barahona.
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