Travailleurs sur exploités,
chômeurs ou clandestins trafiqués...
Ils meurent comme des
chiens...
Par Gotson
Pierre, République Dominicaine, juillet 2000
Beaucoup
de travailleurs des bateys, braceros et autres,
se retrouvent sans emploi. Dans les milieux
informés, on estime que 75% des travailleurs de
diverses branches des bateys ont été
révoqués, depuis que le gouvernement dominicain
a entrepris de privatiser ce secteur au début de
l'année 2000.
"Ceux qui ont pu garder leur emploi ont
bénéficié de leurs accointances personnelles
avec les nouveaux employeurs", affirment des
intervenants dans les bateys. Les
"ingenios" ou usines sucrières qui
appartenaient au Conseil d'État du Sucre (sigle
en Espagnol: CEA) ont été cédés a des
particuliers, souvent étrangers, dénoncent-ils.
On indique que les révocations ont surtout
frappé les anciens travailleurs haïtiens
auxquels le CEA devait des prestations légales.
Pour les nouveaux propriétaires ils
représenteraient "un fardeau". De
même les victimes d'accidents du travail,
handicapés d'une manière ou d'une autre, ont
aussi été "abandonnés", avec les
conséquences que cela suppose: entre autres,
l'expulsion des baraques branlantes construites
depuis des années par le CEA. Question de faire
place nette aux nouveaux arrivants.
En ce qui concerne la nouvelle organisation du
travail, elle génère des problèmes qui
pénalisent les coupeurs de canne. Des braceros
passent leurs journées a couper la canne et
attendent désespérément les wagons qui souvent
n'arrivent pas, apprend-t-on sur place. Il faut
savoir que tant que la canne coupée n'est pas
récupérée, l'ouvrier ne sera pas rémunéré.
Les véhicules préposés a la traction des
wagons ont été redistribués de manière a
servir au moins deux usines a la fois.
Sirana Dorlus, du Mouvement des Femmes
Dominico-Haïtiennes (sigle en Espagnol MUDHA),
situe dans le contexte de la privatisation des
centrales sucrières le massacre par l'armée
dominicaine le 18 juin dernier de 6 haïtiens et
un dominicain dans la municipalité de Guayubin,
près de la zone frontalière nord entre Haïti
et la République Dominicaine.
Elle explique que le "commerce" de la
main d'uvre en provenance d'Haiti s'est
intensifié avec la privatisation des
"ingenios". Les circuits d'embauchage
clandestin fonctionnent, selon elle, a plein
rendement. Le quotidien dominicain "El
Caribe" rapporta des témoignages indiquant
que les victimes de Guayubin avaient payé de 700
a 1000 Pesos pour être conduits en République
Dominicaine et que des militaires dominicains
étaient impliqués dans le trafic.
Elle dénonce le traitement accordé par l'État
dominicain a la tuerie de Guayubin.
Si les victimes etaient autres que des Haitiens,
le gouvernement dominicain serait déjà
contraint de prendre des dispositions claires sur
la question. De son coté, "le gouvernement
haïtien traite cette question avec beaucoup de
faiblesse ", pense-t-elle.
Au début de juillet, une Commission
d'investigation envoyée par le gouvernement
haïtien a séjourné en République Dominicaine
ou elle s'est entretenue avec des responsables du
gouvernement et du parlement dominicains ainsi
que des survivants du massacre. La Commission
avait exprimé sa confiance que les coupables
seraient châtiés et que les victimes
trouveraient réparations. L'armée dominicaine
penche actuellement pour un traitement militaire
de cette question.
Divers secteurs haïtiens et dominicains ne
cessent de condamner ce massacre et de réclamer
justice. Ce 21 juillet encore, Nassef Perdomo, un
responsable de la Fondation Institucionalidad y
Justicia réprouvait l'attitude de l'armée
dominicaine et déclarait que "les
Dominicains n'ont donné carte blanche a aucune
autorité dominicaine pour mitrailler des
citoyens haïtiens".
Sirana Dorlus rappelle qu'a plusieurs reprises
durant les dernieres annees des dizaines
d'Haitiens ont été tues au nord et au sud de la
Republique Dominicaine, lors d'accidents de
camion transportant des clandestins dans des
conditions restées troubles. A la fin des
années 80, un de ces accidents, a Villa
Altagracia, au nord du pays, avait fait plus
d'une quarantaine de morts. "Qu'est ce qui
s'en est suivi ?", s'interroge-t-ellle :
"- rien". Des Haïtiens meurent
continuellement dans des conditions anormales en
République Dominicaine, dans le silence le plus
complet, affirme-t-elle.
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