Regard

Regard (Chronique hebdo)

Casse-tête chinois ?


lundi 23 août 2010

Par Roody Edmé

Spécial pour AlterPresse

La Chine vient de ravir au Japon la deuxième place de l’économie mondiale. L’empire du Milieu n’a jamais cessé depuis des années d’expérimenter une croissance insolente qui rend jalouses les puissances traditionnelles. Mais jusqu’à présent, l’on se contentait de parler de la Chine comme d’une puissance émergente que l’on mettait volontiers dans la catégorie des poids moyens avec le Brésil et l’Inde. Mais les derniers calculs économiques viennent de classer cette puissance démographique derrière les Etats-Unis, coiffant au poteau un Japon solidement ancré dans cette deuxième place depuis des décades.

L’on connaissait la puissance exportatrice du textile chinois capable de couvrir d’un bout à l’autre le continent européen, mais la Chine c’est aussi aujourd’hui une technologie agressive qui rivalise avec celle du Japon et, certains produits hauts de gamme qui supportent la comparaison avec des produits allemands et français. C’est donc un pays qui travaille plusieurs secteurs de production et qui entend soutenir la concurrence internationale sur les terrains mêmes de ses concurrents.

Mais cette économie fait parfois flèche de tout bois et certains affairistes n’hésitent pas à mettre sur le marché des produits qui menacent la santé des consommateurs. Comme quoi tout est bon pour faire de l’argent et célébrer le « vau d’or » de la croissance.

Mais la Chine n’aime pas projeter une image arrogante. Elle préfère avancer masquer. Et ce pour plusieurs raisons : tout d’abord, elle sait qu’elle doit balayer devant sa porte, ne serait-ce qu’en raison du coût écologique et humain de la croissance soutenue de 10% sur de longues années. Mais il y a aussi cette insoutenable pauvreté qui constitue l’envers du décor de ses mégapoles futuristes.

Un autre aspect signalé par un chroniqueur du magazine Foreign Policy est que le modèle chinois est calqué sur le modèle japonais et peut par conséquent charrier les mêmes défauts de fabrique. Comme on dit chez nous « bab kanmarad ou pran difé …. ». Le « capitalisme d’Etat » façon mandarin doit trouver l’équilibre entre la croissance soutenue et un certain développement durable qui, pour l’instant, déserte les campagnes. Certaines provinces chinoises sont en effet exclues des dividendes de la croissance. Et surtout, l’un des défis demeure la création d’un pouvoir d’achat sûr et stable pour les classes moyennes qui sont parmi les plus pauvres des pays riches.

En dépit de ses succès, attestés par « un tourbillon de performances comptables », la Chine reste la grande muette. Elle dispose aujourd’hui de missiles redoutables capables de couler des porte-avions qui se hasarderaient dans la mer de Chine ; un dangereux challenge pour la sixième flotte américaine. Et pourtant, Pékin ne fait pourtant nullement la gorge chaude. La Chine préfère utiliser les surplus de sa croissance en Afrique et en Amérique latine, pour projeter de la puissance sur un mode feutré.

Tout en continuant à jouer au pays en voie de développement !