Regard

Regard (Chronique hebdo)

La diplomatie haïtienne en question ?


jeudi 5 août 2010

Par Roody Edmé*

Spécial pour AlterPresse

Le président dominicain Leonel Fernandez était ce weekend dans nos murs pour relancer les travaux de la Commission mixte Haitiano-Dominicaine. La conjoncture actuelle s’y prête bien à de telles assises. Quand on songe à la nouvelle dynamique qui caractérise les relations entre les deux pays au lendemain de la manifestation sans précédent de solidarité de l’Etat dominicain vis-à-vis des malheurs qui frappèrent le pays le 12 janvier dernier.

Dans la foulée, le président dominicain posa la première pierre d’un campus universitaire à Limonade, dans le Nord d’Haïti. Un geste symbolique qui par-delà son aspect de support fraternel nous rappelle que la république voisine est devenue pour la jeunesse haïtienne, une terre de « refuge » académique. Notre Université aujourd’hui délabrée est devenue la rampe de lancement de toutes les contestations sociales et politiques, faute de mieux, de pouvoir offrir les outils de résolution de nos problèmes les plus récurrents. Livrée à elle-même dans une autonomie factice, sans les moyens réels d’une telle politique, elle tourne à vide ! Ce qui met en péril l’avenir de notre pays et celle d’une jeunesse avide de savoir et de désir d’avenir.

Une chose mérite cependant d’être retenue, c’est la position des organisations sociales engagées des deux côtés de la frontière qui souhaitent que cette Commission mixte tire les conséquences de l’échec de la précédente. Leurs propositions comportent deux volets : un premier purement programmatique portant sur des questions d’intérêt commun aux deux peuples, entre autres la prévention des catastrophes et les réponses y afférentes, la question migratoire et ses aspects irritants. Et un second volet, l’opérationnalité effective d’une Commission aussi stratégique pour nos deux peuples. Les travaux de la dite Commission devront trouver racine dans l’humus du réel que confronte nos deux pays.

Il n’est pas question donc qu’elle soit une comète qui fasse long feu et qui réapparaitrait, comme on dit chez nous, « chaque Saint Sylvestre ». Au contraire, elle devra saisir le momentum actuel pour changer la donne des relations aussi passionnées que heurtées entre les deux sociétés.

La diplomatie haïtienne doit se faire pro-active et saisir les multiples opportunités qui se présentent dans les relations Sud-Sud qui peuvent, dans le sens de nos intérêts bien compris, faire la différence.

Une coopération énergétique s’annonce pour le moins fructueuse avec le Brésil. Et sur le plan sportif une délégation de très jeunes footballeurs haïtiens s’apprête à séjourner là-bas pendant deux ans en résidence d’études dans les meilleurs centres de football de ce pays, et ce n’est pas peu dire. Cela ne doit pas demeurer l’initiative heureuse mais fortuite d’un ministre, mais participer d’une coopération sur le long terme. Il y a moyen de faire plus et d’amplifier ces contacts, pour en tirer le meilleur dans le sens de la refondation, si nous voulons aller au-delà du slogan. L’idée maitresse serait une approche plus intégrée de nos relations avec ces divers pays dans une diplomatie haïtienne qui aurait sa propre doctrine et ce, sur plusieurs années.

Les présidents dominicain et vénézuélien citent souvent Pétion et Bolivar comme les précurseurs de cette diplomatie émancipatrice des Amériques. Nous autres haïtiens avons besoin de renouer avec certaines légitimes ambitions qui correspondent à notre passé. Pour cela, il faut retrouver ce vouloir vivre ensemble consacré dans notre devise nationale, mais qui a du mal à s’incarner dans notre quotidien de peuple. Le premier mandataire dominicain a salué les premiers vagissements d’un nouvel entreprenariat dominicain bien décidé à participer à la refondation économique d’Haïti.

Il faudra bien qu’un jour les hommes d’affaires de ce pays, avec l’appui politique de notre diplomatie, puissent envisager de se projeter sur le marché caribéen.

Ce weekend, Radio France Internationale annonçait que l’Algérie avait atteint l’autosuffisance céréalière. Et que ce pays se préparait dans les prochains mois à être exportateur de blé dur et tendre.

Ces résultats sont le produit de politiques publiques conséquentes qui pourraient inspirer ce gouvernement et les groupes qui se préparent à le succéder.

On attend d’entrer dans le vif de la campagne électorale pour sonder les intentions de tous ceux qui veulent « servir » ce pays. On annonce une foule de candidats, parmi les plus atypiques.

On attend surtout des débats de fond qui devront l’emporter, d’un côté, sur le besoin « quasi-infantile et narcissique des uns d’être aimés et de séduire », et sur celui, de « la répétition compulsive des expériences d’opposition » de certains autres.

Quoiqu’il en soit, des chantiers pharaoniques attendent nos élites politique et économique. Mais gare à la tour de Babel !

*Éducateur, éditorialiste