Regard

Regard (Chronique hebdo)

« This time for Africa ? »


lundi 12 juillet 2010

Par Roody Édmé

Spécial pour AlterPresse

Le rideau est tombé sur la Coupe du monde de football. Le moins que l’on puisse dire est que le pays organisateur a été à la hauteur de l’évènement. L’Afrique du Sud n’a nullement démérité et a prouvé qu’avec de la planification et de la volonté, toutes les nations, à quelque continent qu’elles appartiennent peuvent atteindre les plus grands desseins ! L’Homme qui incarne cette nation « arc-en-ciel », le sieur Nelson Mandela, avait déjà donné au monde une leçon d’abnégation et de dépassement. « Le premier des Noirs », encore en vie, emblème de toute l’humanité, a rassemblé ses dernières forces pour un salut inoubliable en mondovision.

Et il aura vu de son vivant, un pays uni, en dépit de la persistance de quelques problèmes, accueillir dans la paix, le monde entier et célébrer avec grande distinction, la fête mondiale du sport le plus populaire. Il reste à ce grand pays de transformer cet évènement en dividendes pour les habitants jusqu’ici marginalisés des townships. Pour que tout l’argent dépensé ne soit pas que pour le prestige.

L’Afrique du Sud, vitrine de tout un continent a fait mentir les oiseaux de mauvais augure qui annoncèrent un imbroglio logistique et une fièvre insécuritaire avec l’arrivée de plusieurs milliers de touristes dans un Johannesburg réputé peu sûr. Après avoir longtemps agacé, les fameuses trompettes de Johannesburg, les vuvuzela ont fini par faire tomber les murailles culturelles et sont devenues les produits touristiques les plus demandés.

Cette Coupe du monde a vu l’ascension triomphante de pays « émergents du football ». Un Japon au football ondoyant et divers, une Corée du Sud pétillante de vitalité, une Serbie vaillante et accrocheuse. Et un Ghana, sérieux prétendant à la finale qui fit vaciller les cœurs !

A propos du Ghana, ses performances ne sont nullement un hasard. Ce pays depuis maintenant une vingtaine d’années s’impose par sa stabilité, sa créativité et ses résultats économiques. Si bien qu’un commentateur des questions internationales en parle comme d’un « modèle footballistique et politique » pour tout le continent noir.

La « magie » africaine a aussi irradié jusqu’au cœur de l’Europe, plus précisément à Oberhausen en Allemagne, ou réside Paul le poulpe, la pieuvre-oracle qui a réveillé en nous, toute civilisation confondue, des croyances dormantes. Certains ont voulu, comme au temps jadis, lui dresser un autel, d’autres le bouffer tout cru ou à toutes les sauces. Ses 60.000 amis sur Facebook rappellent que nous sommes quand même au 21e siècle !

En Haïti, une grande mobilisation des instances nationales et internationales a permis de suivre le Mondial sur l’ensemble du territoire. L’Electricité d’Haïti, par moments « hors jeu » a quand même été un acteur clé dans la diffusion des évènements. Lesquels ont fait pleurer de bonheur et de peine, tout un peuple dont l’ardeur dans la survie est proportionnelle à son sens de la fête.

Mais ce peuple qui pleure et espère avec les autres, en témoigne cette gigantesque chorégraphie dans les rues de Léogane au rythme du « waka waka » de Shakira, qui aime si passionnément le football, mérite un jour de voir son équipe nationale lui redonner un peu de sa fierté.

Éducateur, éditorialiste