Espace Femmes

Haïti-Séisme : Des cellules mobiles d’intervention psychosociale pour soutenir les femmes dans les abris


vendredi 9 avril 2010

Par Ronald Colbert

P-au-P, 09 avril 2010 [AlterPresse] --- Avec l’appui du Fonds des Nations Unies pour la femme (Unifem), les organisations de promotion des droits des femmes, Kay Fanm (Maison des femmes) et Solidarite fam ayisyèn (Sofa), ont commencé à déployer, depuis la mi-mars 2010, une structure mobile d’intervention psychosociale, en vue d’accompagner et d’encadrer les femmes dans les abris, issus du tremblement de terre du 12 janvier 2010, selon les informations obtenues par l’agence en ligne AlterPresse.

Il est nécessaire de poursuivre les actions de sensibilisation pour faire cesser la violence domestique et mettre frein à la tendance aux viols sur les femmes, constatées dans les abris, préconise Yolette André Jeanty, coordonnatrice de Kay Fanm.

La militante féministe convie à des efforts collectifs de solidarité pour changer le mode de vivre ensemble national et agir avec davantage de responsabilité dans le sens du bien-être de chacune et de chacun, confrontés à une nouvelle situation de promiscuité après le séisme.

Au lieu de les voir comme des souffre-douleurs, les hommes devraient se rapprocher des femmes pour combattre la violence domestique et apprendre à pratiquer le respect de la vie, en transformant leur mentalité qui les porterait à “voir les femmes comme des objets sexuels, devant assouvir leurs instincts”, à oublier les interdits sociaux.

Dans les abris, vite établis après le tremblement de terre du 12 janvier, les femmes font face à une réalité de promiscuité, d’absence d’intimité propre (espaces adéquats pour se baigner et s’habiller) que certains hommes considèrent comme “une opportunité”, “une chance inespérée”, “une possibilité de revanche” ou “une victoire” par rapport à différents tabous envers les femmes.

Des hommes n’hésitent pas à qualifier les femmes de “kokorat”, renvoyant à nouveau une image stéréotypée et déformée de la femme, susceptible de “devenir leur proie, à portée de main” dans les nouveaux espaces de concentration de personnes déplacées, générés par le séisme.

Frustrés et ne cachant pas leurs bas instincts, ces hommes se vantent de rechercher d’assouvir leurs besoins sexuels sur des jeunes filles et de jeunes femmes.

“Ce moment difficile, que nous traversons, doit être approprié pour nous permettre de nous réunir, de nous rassembler, debout comme une seule femmme et comme un seul homme face à l’adversité”, insiste la coordonnatrice de Kay Fanm.

Les abris, rapidement accomodés, manquent d’éclairage, en plus du manque de sécurité, renforcé par la rareté de patrouilles policières fixes et mobiles.

Les nouvelles conditions d’existence des personnes déplacées seraient de nature à faciliter les violeurs et autres agresseurs des femmes dans leurs forfaits, explique Kay Fanm qui recommande aux femmes de s’entourer de proches pour prévenir les agressions physiques et sexuelles envers leur personne.

L’organisation féministe suggère aux organismes humanitaires d’oeuvrer vers la mise en place de meilleures conditions “plus humaines” au profit des personnes déplacées et de plus d’un million de sans abris.

Des dizaines de cas de viols de femmes et de fillettes ont été recensées dans la zone métropolitaine de la capitale Port-au-Prince, dans des abris institutionnels, les camps communautaires et dans les rues, entre la mi-janvier et la mi-mars 2010, après le tremblement de terre.

Parmi ce nombre, il convient de mentionner ceux d’une fillette de 3 ans et d’une autre de 5 ans, dont les agresseurs ont été arrêtés.

La mission des Nations Unies pour la stabilisation en Haïti (Minustah) et la Police nationale d’Haïti (Pnh) auraient multiplié leurs patrouilles dans les camps en ce qui a trait à la protection des enfants et la violence basée sur le sexe, suivant les informations disponibles.

Des cas d’hommes, ayant violenté leurs partenaires femmes dans des camps, ont fait l’objet d’arrestations par des agents de la Pnh qui ont transféré les dossiers à la justice, apprend AlterPresse.

Des mandats ont été délivrés en ce qui concerne plusieurs cas de violence domestique, dont différents auteurs auraient pris la fuite.

63 000 Haïtiennes devraient accoucher quelques mois après le séisme du 12 janvier 2010, rapporte Asha-Rose Migiro, vice-Secrétaire générale des Nations Unies, citant les estimations du Fonds des Nations unies pour la population (Unfpa).

“Les histoires émouvantes de femmes enceintes dans les situations de catastrophes – qui accouchent dans des voitures, sous des tentes, sur un banc dans un square ou à même le sol, sans eau, sans soins médicaux – nous rappellent de manière poignante que le cycle de la vie ne ralentit pas ni ne s’arrête simplement parce qu’un séisme frappe”, signale Migiro.

Il est inacceptable, dit-elle, que la mère, qui est source de vie, se retrouve soudain dans le rôle de celle qui met la vie de son bébé en danger.

“Pour rechercher un abri, les mères parcourent de longues distances en portant leur enfant dans les bras et des sacs sur la tête, ployant sous le poids du fardeau. Il leur faut souvent s’aventurer à l’extérieur du camp où elles sont exposées à de nouveaux risques, allant du vol aux sévices sexuels. Les familles sont déchirées. Les enfants, qui sont trop jeunes pour comprendre ce qui arrive, sont souvent séparés de leurs parents”.

“Lorsque les femmes épuisées arrivent dans les camps installés par les organisations d’aide, elles font souvent face à la même division du travail qu’elles subissent depuis longtemps. Elles doivent pourvoir aux besoins de leur famille”.

Evoquant le séisme du 12 janvier 2010, qui a frappé Haïti, la vice-secrétaire générale des Nations Unies préconise la mise en place de mesures de prévention efficaces et une attention particulière aux besoins des femmes et des enfants, afin d’atténuer les conséquences de la catastrophe.

“Il faut, pour cela, considérer la catastrophe sous tous ses aspects, offrir des mesures de prévention et répondre à la situation d’une manière aussi vaste que possible. Il est nécessaire d’adopter une perspective sexospécifique pendant la phase de planification. Durant les catastrophes, il faut non seulement fournir des vivres, mais aussi des soins médicaux, une éducation et préparer un avenir productif”, souhaite Asha-Rose Migiro. [rc apr 09/04/2010 0:30]