Regard

Haiti-Séisme/Reconstruction : La conférence du 31 mars ou la dette du monde !


lundi 29 mars 2010

Par Roody Edmé *

Exclusif pour AlterPresse

La conférence autour du financement à long terme du développement d’Haïti a lieu ce 31 mars à New York. Ce n’est certes pas la première fois qu’un tel exercice se déroule autour de notre pays et souvent, trop souvent, la montagne a accouché d’une souris.

Seulement cette fois, il y a le poids du tragique. Un drame aux dimensions apocalyptiques qui hante la mémoire collective du monde. Une sorte d’Armageddon sorti des entrailles de la terre et qui nous rappelle notre fragilité devant les forces colossales de la nature. Et cela peut sonner le glas de la fin d’un monde : celui du sous-développement. De la fragilité excessive d’une nation, laquelle est accablante aussi bien pour les nationaux que pour les étrangers qui « coopèrent » depuis longtemps avec cette catastrophe annoncée.

Le 31 mars est l’occasion d’un bilan mais aussi d’un nouveau départ. Pour l’heure, il y a un scepticisme quasi-général. Trop d’occasions ont été ratées, trop de promesses non tenues, trop d’exercices en futilités dans des cénacles aseptisés ont conduit à l’irréparable. Mais l’espérance n’est pas morte. Cette nation de résistants est prête à saisir encore une fois sa chance, à profiter du « développement qu’elle mérite », pour reprendre les mots de l’administratrice du programme des Nations-Unies pour le développement. A noter que l’assemblée générale des Nations-Unies a, dans une unanimité spontanée, salué la semaine dernière la contribution inestimable de la révolution haïtienne à l’universalité des droits de l’Homme.

Plus de cent pays se préparent à se pencher sur le « mal » haïtien et c’est de bonne guerre que nous puissions profiter de tant d’alliés dans cette bataille désormais épique contre le sous-développement. Mais cela exige que nous disposions d’une vision « churchillienne » du présent et de l’avenir. Et que l’Etat développe une pédagogie pour engager la nation dans son ensemble dans cette lutte pour l’émancipation économique et sociale.

Cette intégration réclame de l’Etat qu’il fasse siennes certaines initiatives audacieuses de groupes de citoyens de nos différentes régions qui ont, ces dernières années, « imploré » la décentralisation du pays. Devant la belle indifférence de gouvernements successifs : les docteurs Michel Lominy, Frantz Large, l’industriel Pierre léger sont apparus comme des hurluberlus porteurs de rêves chimériques… jusqu’à ce qu’une sanglante réalité s’abatte telle une effroyable guillotine sur une capitale qui concentre la majeure partie de nos activités économiques. Haïti décapitée erre depuis comme un zombi !

A ce propos, le gouvernement aux prises avec une catastrophe sans précédent bafouille, cafouille mais tente de maintenir la tête hors de l’eau. Il faut plus cependant, il faut inclure et encore inclure. Pour que le défi devienne collectif ! Pour que la refondation ne soit perçue comme l’affaire d’un gouvernement dont les « frustrés » attendraient au prochain tournant l’échec annoncé. Cela ne peut-être que préjudiciable à notre peuple qui attend depuis longtemps de la classe politique toute tendance confondue un bel élan de solidarité dans l’adversité.

Le gouvernement aux commandes doit encore donner l’exemple. S’il ne peut inclure tout le monde dans l’élaboration d’un plan post-séisme… il peut au fur et à mesure du déploiement du plan intégrer démocratiquement les préoccupations des secteurs sociaux, des organisations de base qui vivent au jour le jour la misère du peuple.

Mais pour ceux qui sont familiers des choses de chez nous, le problème n’est pas le plan qui est une vision que l’on peut progressivement affiner. C’est la culture de résultats. Ce sont les voies et moyens de l’exécution du plan : les calendriers, les activités et les dates de bouclage.

Tout bêtement, on a besoin de voir à la télévision la maquette de la nouvelle capitale. De connaitre quand débuteront les chantiers de la décentralisation. A quels résultats devrons-nous nous attendre à la fin des premiers dix-huit mois ? On n’a pas le temps de poser des « premières pierres », on a besoin d’actions rapides et visibles, de voir pour croire !

On veut être sur que l’autorité de reconstruction aura un mandat ferme qui lui permettra d’échapper à la volatilité changeante de notre république, au chantage politicien en raison des milliards qu’elle va gérer, aux luttes d’influence qui feront peu cas de l’intérêt collectif. En même temps qu’il faudra trouver des mécanismes pour qu’elle puisse rendre compte aux élus de sa gestion.

Bref une nouvelle politique intelligente, loin des mesquineries habituelles et des manœuvres suicidaires. Sans ces manèges politiciens qui donnent le tournis et qui font perdre le nord à toute une nation qui cherche sa voie.

Après tout, comme l’affirmait le confrère Nicolas Janvier, vivre sur des plaques est loin d’être une fatalité. Les Etats les plus riches du monde sont construits sur les failles les plus actives. Il s’agit pour nous d’être à la hauteur de ces défis écologiques.

* Éducateur, éditorialiste