Perspectives

Haïti-Séisme : Réouverture timide des écoles à Jacmel, 2 mois après


vendredi 19 mars 2010

Par Karenine Francesca Théosmy

P-au-P, 19 mars 2010 [AlterPresse] --- Deux mois après le tremblement de terre du 12 janvier, les établissements scolaires recommencent à fonctionner, mais timidement à Jacmel, la capitale du département géographique du Sud-Est qui a été très affectée dans le séisme, constate l’agence en ligne AlterPresse.

C’est avec joie que les élèves, filles et garçons, ont repris l’école depuis le lundi 15 mars, confie à AlterPresse le directeur du centre Alcibiade Pommayrac, Gérard Borne.

Au Centre Alcibiade, les classes se déroulent sous des structures en bois et en paille, et tous les élèves ont répondu présents pour cette reprise.

Même constatation pour l’école congréganiste Frère Clément qui, en plus, a accueilli une trentaine d’enfants scolarisés à Port-au-Prince, et hébergé deux autres écoles.

Ces écoles travaillent suivant la formule de double vacation.

Dans les rues de Jacmel, à l’entame de cette deuxième quinzaine du mois de mars 2010, il est difficile de ne pas remarquer petits et moins grands dans leurs uniformes.

« Pour eux, c’est la seule solution d’échapper à leurs problèmes, à leur tristesse, quand ils ont perdu des proches ou des parents, d’échapper au camp de sinistrés ou ils se trouvent », souligne Gérard Borne.

Malgré tout, à Jacmel, de nombreux enfants n’ont toujours pas repris le chemin de l’école.

Certains établissements n’ont pas été déblayés, tandis que d’autres accueillent des sinistrés du séisme, comme c’est le cas au grand Complexe Wolf.

« Le plus grand défi : que l’ensemble des établissements puissent être aidés (aussi), puissent avoir des moyens pour s’installer sur des terrains disponibles, que tout cet argent international (qui rentre dans le pays) serve aussi (en partie) à l’éducation », suggère le directeur du Centre Alcibiade.

Parents mobilisés

Il a fallu 3 à 4 semaines de travail pour la reprise des cours à l’école congréganiste Frère Clément, mais cela avec le support des mères qui, en majorité, ont mis la main à la pâte, indique le frère Yves Allain.

« Moi, je pense qu’il faut se mobiliser. Ce n’est plus le moment de parler de solidarité, c’est le moment de la vivre. Tout seul je n’aurais pas réussi, j’apprécie beaucoup la solidarité des parents. Il y a des mamans qui sont venues brouetter des roches pour faire un terrain ici. Des élèves de 6e année fondamentale sont venus nous aider à monter des tentes. », raconte t-il.

A présent, « c’est comme si on a tourné une page, ajoute t-il. On a tourné le dos à l’événement ».

D’autres établissements de la ville ont programmé leur réouverture pour le mois d’avril 2010.

Mais déjà, pour ces élèves, celles et ceux qui ont pu retrouver leur camarades, il s’agit d’un moment particulier.

Ecolières et écoliers de Jacmel, interrogés par AlterPresse, ne cachent pas leur enthousiasme.

« Il faut que chaque élève ait sa chance, il faut que l’école reprenne. Il faut que les examens aient lieu, il faut que les enfants, les adolescents et les jeunes adultes (qui étudient) puissent sentir qu’on s’occupe d’eux et qu’on s’occupe surtout de leur avenir » souhaite Gérard Borne.

Jacmel est l’une des villes les plus touchées par le séisme du 12 janvier qui a fait environ 250 000 morts, selon un dernier décompte officiel.

La reprise des activités scolaires à Jacmel traduit un effort exceptionnel.

Le gouvernement a annoncé la réouverture des écoles comme sa priorité, avec un nouveau délai se situant au mois d’avril prochain.

Outre des tentes, promises par le fonds des Nations Unies pour l’enfance (Unicef), aucun autre support - pouvant toucher, notamment, les parents -n’est avancé. [kft rc apr 19/03/2010 0:12]