Documents

Haiti : Départ de Max Sam, dernier dirigeant du Parti Socialiste Populaire


lundi 8 février 2010

Par Claude Roumain

Soumis à AlterPresse le 8 février 2009

La nouvelle de la mort de Max Sam m’a été communiquée par un ami au téléphone le 1er février dans l’après-midi. Elle survient à un moment douloureux pour le pays et pour tous les Haïtiens où qu’ils se trouvent qui se posent la lancinante question de la survie…Haiti a-t-elle un avenir ? Question stupide et provocatrice à l’entendement des patriotes que nous sommes mais qui tourmentait déjà les derniers survivants du mouvement socialiste des années quarante.

Vieux de 98 ans, le cœur de Max n’a pas résisté à cette dernière catastrophe sur Haïti.

Max était le petit-fils de Tirésias Simon Sam et le fils de Démosthène Sam qui tenait à ce que son fils cadet soit médecin. Max s’inscrivit donc à la faculté de Médecine et apporta le diplôme à son père Démosthène. Mais le Docteur Max Sam ne pratiqua jamais la médecine.

Complètement indifférent aux choses matérielles, la seule chose à laquelle il accordait de l’importance était sa tenue vestimentaire. Il aimait en effet s’habiller coquettement : souliers deux-tons, veston, foulard de soie qui le faisaient ressembler à un dandy socialiste. Max a toujours vécu soit à la maison familiale du Chemin des Dalles soit dans une chambre d’une pension de famille et finalement à l’hôtel de son ami le Dr. Rindal Assad, la Villa Créole.

J’ai vu Max lors des activités de commémoration du 100ème anniversaire de la naissance de Jacques Roumain. Je l’ai bien observé et on a échangé brièvement des points de vue sur l’actualité. Max m’a rappelé mon père Michel Roumain qui faisait bien attention à ne pas froisser mon enthousiasme à la fin des années 80 suite au départ de la dictature duvaliériste. Max m’a paru amer, pas vraiment découragé mais triste : « rien n’est fait pour que le pays prenne un grand départ…nous traînons loin derrière. Ce n’est pas sérieux…Ce n’est pas la voie tracée par Jacques », m’a-t-il dit en cette occasion comme un reproche adressé à je ne sais qui…

Max n’a pas survécu à cette dernière épreuve. Son cœur de 98 ans a flanché. Avec lui disparait le dernier dirigeant du Parti Socialiste Populaire (PSP) dont les plus connus ont été Etienne Charlier, Max Hudicourt, Michel Roumain, Anthony Lespès, Regnord Bernard, pour ne citer que ceux de la même génération que celui qui vient de nous quitter.

L’ami fidèle

« François Duvalier sait qu’il ne peut m’empêcher d’être l’ami de Michel Roumain ». C’est en ces termes que Max Sam a acueilli les réserves de ma mère qui lui disait qu’il n’était pas prudent de s’exposer en allant avec nous (ma mère et moi âgé de 10 ans) aux Gonaïves où mon père Michel Roumain devait être remis en liberté à minuit suite à une « grâce présidentielle »…

En effet, c’est dans la voiture de Max, une chevrolet noire de modèle 1950 sans doute, que ma mère et moi nous sommes allés accueillir le prisonnier à sa sortie tandis que la cathédrale des Gonaïves finissait de sonner les douze coups de minuit ce 24 décembre. Max n’avait pas hésité une seconde pour nous amener aux Gonaïves à cette occasion, faisant le reproche à ma mère de ne pas l’avoir sollicité.

Max était toujours là pour nous quand mon père se trouvait en prison ou en cavale. C’est lui qui très souvent, le soir, nous enmenait ma mère et moi chez des amis sûrs pour ne pas rester seuls dans la maison du Bois Verna où les cagoulards étaient venus enlever mon père Michel.

Max Sam était donc de ma famille de mille manières. Le mot « Max » a fait partie de mon vocabulaire d’enfant de 2 ans apprenant à parler. Il disait lui-même que Michel était son frère. Ils se connaissaient depuis leur enfance. Ils étaient du même âge et se rendaient à l’école ensemble. Ils ont été du même bord politique, du même Parti.

Max était là lors de l’enterrement de mon père, tout naturellement devant le cercueil, soutenant ma mère.

En le regardant en 2007, je me demandais s’il atteindrait le centenaire. Il est parti à 98 ans laissant derrière lui une capitale détruite et un pays en lambeaux…

Ceux qui le connaissaient et l’aimaient se souviendront de son grand éclat de rire unique mais surtout de son grand cœur où il n’y avait pas de place pour la haine.