Regard

Regard (Chronique hebdo)

La nouvelle écologie politique ?


jeudi 3 décembre 2009

Par Roody Edmé *

Exclusif pour AlterPresse

“L’eau est le premier maillon du développement durable”. C’est la phrase-source qui débuta cette semaine, sur TV5, un reportage à propos de fermiers indiens communément appelés « les gardiens de l’eau ».

L’Inde est de ces pays qui rivalisent en ingéniosité pour protéger l’eau, une ressource stratégique menacée de disparition dans quelques régions du monde. Dans certains villages de l’Inde millénaire, on expérimente un procédé artisanal mais efficace de captage de rosée. Goutte à goutte, le précieux liquide recueilli dans les « condenseurs » de rosée sert au bout du petit matin à l’arrosage de plantes et autres produits maraîchers.

Sur un autre site visité par l’équipe de TV5, une équipe de microbiologistes a développé une technique de nettoyage « bio » des eaux usées. Les eaux usées sont récupérées dans des nappes où vont se condenser les micro-organismes, puis les eaux débarrassées de leur surplus de bactéries continuent de s’écouler vers des bassins destinés à la pisciculture.

Des scientifiques principalement indiens et brésiliens en raison des nombreux challenges environnementaux auxquels sont confrontés leurs pays ont développé un « marché » de solutions les unes plus originales que les autres. Ces innovations ont le mérite de tenir compte du casse-tête que représentent les coûts financiers de la mise en place dans les pays du Sud de technologie douce non prédatrice de l’environnement.

Le sommet de Copenhague dans les prochains jours augure de décisions importantes pour l’avenir du monde. Dans le sillage de Rio et de Kyoto, on devra enfin passer à des mesures contingentes et résolues en vue de la réduction du plafond global d’émissions de gaz. Les pays riches, responsables historiques du phénomène devront selon les experts, agir les premiers puisqu’ils sont à l’origine des deux tiers du stock de gaz accumulé dans l’atmosphère et qui réfléchissent les rayons du soleil dans une sorte « d’effet pare-brise ».

L’Union européenne envisagerait de se montrer pro-active dans ce domaine et prévoirait une réduction allant jusqu’à 40% du gaz échappé des usines et voitures. Aux Etats-Unis, de nouvelles législations sont préparées en vue de négocier en douce le passage d’un « american way of life » pour le moins agressif à un mode de vie plus respectueux de l’environnement.

André Gorz, penseur écologiste avant la lettre, avait vu juste lorsqu’il critiquait un mode d’organisation de la société fondé uniquement sur l’efficacité sèche et brutale. Un mode de production fabricant l’exclusion et mettant sous haute tension ceux qui ont la chance de travailler, développant de nouvelles pathologies du mal-être au travail aboutissant à ce qu’un psychanalyste a appelé : « chacun pour soi et la solitude pour tous ».

Cette crise générale de l’économie mondiale couplée aux menaces écologiques est une occasion pour les penseurs du monde entier de repenser nos modes de croissance et de développement.

Haïti ne peut se permettre de ne pas poser les fondamentaux écologiques de son avenir. Les réflexions autour de cette problématique organisées tous les jeudis, depuis maintenant plusieurs semaines, aux forums organisés par Arnold Antonin méritent un large écho dans nos universités et au sein… des nombreuses plates-formes et regroupements politiques qui se préparent aux grandes manœuvres électorales, mais dont les projets de société demeurent jusqu’ici dans des généralités trop longtemps ressassées.

Il est temps de soumettre la rationalité du 21e siècle à des objectifs solidaires et écologiques, de mettre les équations mathématiques au cœur du bonheur humain.

* Éducateur, éditorialiste