Perspectives

Haïti-Salaire minimum : Casse de véhicules, arrestations et panique au cours d’une manifestation en faveur des 200 gourdes


lundi 10 août 2009

P-au-P, 10 août 09 [AlterPresse]--- Des véhicules incendiés de la police nationale d’Haiti (Pnh) et d’autres entités de l’administration publique, des vitres de voitures cassés : c’est le bilan d’une manifestation ouvrière pour réclamer la libération de deux militants, appréhendés dans la matinée du 10 août 2009 par des agents la Pnh au parc industriel métropolitain de la Société nationale des parcs industriels (Sonapi), a observé l’agence en ligne AlterPresse.

Guerchang Bastia, 21 ans, étudiant en troisième année en sociologie à la faculté des sciences humaines et Patrick Joseph, 36 ans, membre de l’organisation Comité Duvivier ont été arrêtés alors qu’ils appelaient les ouvrières et ouvriers à sortir à nouveau dans les rues pour réclamer l’application du vote parlementaire portant le salaire minimum journalier à 200.00 gourdes (5.00 dollars américains ; US $ 1.00 = 41.75 gourdes aujourd’hui).

A l’heure actuelle, ils seraient détenus au Pénitencier national, mais ni leur famille, ni leur avocat, pas même les membres de la Plateforme des Organisations Haïtiennes de Droits Humains (Pohdh) n’ont été autorisés à les voir.

Les autorités soutiennent qu’ils ne pourront recevoir de visite que dans trois jours.

Jugeant l’affaire « étrange », Antonal Mortimé, secrétaire général de la Pohdh, dit ne pas comprendre cette hâte dans la procédure et surtout le non respect de celle-ci.

Les deux jeunes hommes sont entre les mains de la police depuis très tôt dans la matinée et à trois heures (locales) de l’après midi (20:00 gmt), ils n’ont toujours pas pu voir leur famille, ni reçu de nourriture.

Pour Antonal Mortimé, il s’agit d’une violation du droit à l’alimentation.

« On ne peut détenir quelqu’un uniquement, parce qu’il participe à une manifestation. Le droit de manifester est garanti par la déclaration universelle des droits humains, le pacte des droits civils et politiques, et même la constitution de 1987 ».

Le commissaire Félix Léger aurait déposé un mandat de dépôt à l’encontre des détenus. Mais cette information reste non confirmée, précise Mortimé qui insiste sur le fait qu’on ne peut pas les maintenir en détention sans qu’aucune charge ne soit retenue contre eux.

En fin de matinée de ce lundi 10 août 2009, leur mise en garde à vue au commissariat de Delmas 33 (municipalité au nord-est de la capitale) a attiré plusieurs milliers de manifestantes et manifestants.

Un véhicule transportant des agents de la Compagnie d’intervention et de maintien de l’ordre (Cimo), une unité spécialisée de la Pnh, a été bloqué par la foule. Des pierres ont été lancées en direction de la police nationale, laquelle a alors fait usage de gaz lacrymogènes et tiré des coups de feu en l’air pour disperser les manifestants.

Dans la panique qui a suivi, plusieurs personnes ont été piétinées par la foule. Un policier, touché au bras par une pierre, s’en est tiré avec une ecchymose.

Par la suite, la manifestation s’est dispersée, mais les étudiants ont repris les revendications à l’avenue Christophe (au centre de Port-au-Prince). Deux véhicules, dont l’un appartenant au parquet du tribunal civil de Port-au-Prince, ont été incendiés.

Selon les dires des étudiants, la police nationale n’aurait pas été irréprochable dans l’incendie du premier véhicule (un minibus immatriculé 00021) qui a explosé sous l’impact du feu mis dans son réservoir.

L’instant d’après, un autre véhicule, débouchant à l’avenue Christophe, a été encerclé par les étudiants qui ont fait déguerpir les occupants en vitesse avant d’y mettre le feu dans un concert de cris et d’applaudissement.

Une occupante de l’auto explique, en pleine hystérie, que la voiture lui aurait été « prêtée par le commissaire afin qu’elle aille participer à un camp à Lascahobas » (municipalité à environ une centaine de kilomètres au nord-est de Port-au-Prince).

Selon les étudiantes et étudiants, le mot d’ordre est clair. La mobilisation ne cessera pas, tant que Guerchang Bastia et Patrick Joseph ne seront pas libérés. Ils annoncent des manifestations durant toute la semaine jusqu’au samedi 15 août 2009.

« Si on ne libère pas les étudiants, ce ne sont pas seulement les usines de sous-traitance qui seront fermées, mais toutes les institutions du pays. Plus rien ne fonctionnera jusqu’à ce qu’on les libère. », prévient un étudiant. [kft rc apr 10/08/2009 16:05]